Désormais, je n'aurais plus jamais le même idéal masculin. Jane, ô Jane, qu'as-tu fait mon existence? A quel destin as-tu damné ma vie sentimentale? Et, plus important: où se trouve Mr Darcy?
J'ai le plaisir de vous annoncer que j'ai terminé mon cours sur Jane Austen, et voici mon classement:
1. Pride & Prejudice
2. Mansfield Park
3. Sense & Sensibility
4. Emma
5. Northanger Abbey
Et hors classement: Persuasion, que je n'ai pas eu le temps de lire.
, l'oeuvre la plus connue et la plus aimée de cette chère Jane.
Mr et Mme Bennet ont cinq filles, ce qui aux yeux de la législation de l'époque, constitue un drame financier: la propriété étant héritée de père en fils, au moment du décès de Mr Bennet, Mme Bennet et ses cinq filles se retrouveront sans rien. Leur seule solution: se marier, se marier riche, et vite. Ce qu'indique d'emblée la première phrase du roman:
"It is a truth universally acknowledged that a single man in possession of a good fortune must be in want of a wife." (Voir le premier chapitre
).
Le village entier est en effet en émois lorsqu'arrive Charles Bingley, un homme célibataire qui vient d'acquérir le château avoisinant. Il est accompagné de son meilleur ami, le riche mais hautain Mr Darcy, et de sa soeur Caroline Bingley, déterminée à s'attirer les attentions de Darcy. En même temps, voici qu'est annoncée l'arrivée de la milice anglaise, pleine de second fils de bonne famille... Elizabeth Bennet, la deuxième fille de Mr et Mme Bennet, semble pourtant décider d'effectuer un mariage d'amour. Et ce, malgré les insistances de sa mère, qui jette ses filles dans les bras du premier célibataire venu, et malgré l'intérêt que lui porte le ridicule et pompeux Mr Collins, l'héritier légal de la propriété Bennet. Je n'ai qu'un mot à dire: excellent, ce roman est excellent. Il décrit sur un ton léger la fragilité de la situation de la femme dans l'Angleterre du 19e siècle, tout en faisant bouillonner des personnages ridicules ou émouvants, mais en tous cas inoubliables...
Concrètement parlant, je peux vous prêter le
roman, mais aussi
l'adaptation de 1995 de la BBC. Quand au film hollywoodien avec Keira Knightley (autrement surnommée "Bouche de Mérou"), vous pouvez l'oublier: il respecte très peu le roman, et Keira, tout aussi bonne actrice soit-elle dans d'autres films, constitue une insulte à Elizabeth.
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Il est par contre beaucoup plus surprenant que j'aie adoré
Mansfield Park, une oeuvre très souvent "respectée à défaut d'être aimée". L'héroïne est maladivement timide et passive, le sens moralisateur très fort, et si le roman parlait peu aux gens de l'époque, il parlera encore moins aujourd'hui, à cause des nombreuses références historiques, socio-économiques et culturelles.
Et bien figurez-vous que ce que les gens ont détesté, moi, j'ai adoré. Car ce document constitue un trésor pour l'histoire, vous n'imaginez même pas tout ce qu'on y trouve, et je suis moi-même quelqu'un de maladivement timide.
L'introduction est un peu lourde, mais une fois qu'on a passé les 20 première pages, cela devient passionnant. Lady Bertram, l'épouse du richissime Baron Bertram de Mansfield Park, a deux soeurs: Mrs Norris, une femme avare qui a épousé le pasteur de Mansfield, et qui à ce titre passe ses journées à Mansfield Park à usurper le rôle de la maîtresse de maison; et Mrs Price, qui s'est mariée par amour, mais qui se retrouve à présent ruinée, avec un mari alcoolique et une ribambelle d'enfants dont elle ne sait que faire. Lady Bertram décide de faire un geste envers son infortunée soeur et de prendre à sa charge l'éducation de Fanny Price, la première de ses filles. Fanny arrive donc à Mansfield Park, complètement déracinée, traitée comme une inférieure par ses deux cousines de son âge. Le seul à lui montrer de la gentillesse est son cousin Edmund, de cinq ans son aîné, dont elle tombe progressivement amoureuse (mais ce n'est pas immoral pour l'époque).
Tous atteignent l'âge de l'adolescence, et commencent à penser mariage, lorsque leur vie se trouve bouleversée: leur père tyrannique, Lord Bertram, doit mater une révolution d'esclave dans ses terres américaines et part; tandis qu'arrivent dans le voisinage les cosmopolites, pétillants et très décadents Henry et Mary Crawford, frère et soeur célibataires à la recherche d'épousailles...
J'ai le
livre, mais aussi
l'adaptation avec Billie Piper, qui ressemble à un cheval.
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Sense&Sensibility est incontestablement un des grands classiques de la littérature anglaise, et est également le premier roman publié par Austen. Il porte ainsi la marque des premiers romans des grands écrivains: un roman très travaillé, dans lequel Austen y a vraiment mis tout son coeur.
Le roman s'ouvre sur le décès de Mr Dashwood, propriétaire de Norland Park. La propriété doit passer à John Dashwood, fils d'un premier mariage, marié à une femme avare et capricieuse. Sa seconde épouse, Mrs Dashwood, et ses trois filles (Elinor, Marianne et Margaret) se retrouvent sans rien, à la merci de la générosité de John et se son épouse pour leur survie... Et donc à la porte de chez elles. Elles ne survivent que de la générosité d'un cousin de Mrs Dashwood qui leur offre un petit cottage, très loin de Norland. Mais Elinor, l'aînée, a laissé son coeur derrière elle, en la personne du frère de son horrible belle-soeur. Tandis que Marianne croisera le chemin de l'impétueux Willoughby, dont les belles paroles sont plus que douteuses... Sense&Sensibility, c'est l'opposition entre Elinor et Marianne, Elinor représentant la raison, et Marianne les sentiments. Mais c'est aussi une dénonciation de l'injustice des lois de l'époque, et de la fragilité du statut de la femme.
Dans Sense&Sensibility, cependant, le talent de Jane Austen est encore en formation. Le roman, d'abord écrit sous forme épistolaire, a été tellement retravaillé qu'il en a un peu perdu de sa flamme d'origine. Austen veut trop bien faire, ce qui résulte en une oeuvre dont l'histoire est passionante, mais dont le style est sec.
J'ai le roman, et aussi la
fabuleuse interprétation cinématographique d'Emma Thompson. Et si vous voulez regarder la toute nouvelle adaptation de la BBC en streaming (mais chut chut, c'est illégal), c'est
ici.
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Je me surprends moi-même d'avoir moins accroché avec
Emma, qui pourtant est excellent sur tous les points de vue. J'ai bien aimé, mais je ne le relirai pas. Je pense que c'est une question d'affinité personnelle avec le personnage. Contrairement à tous les autres romans,
Emma n'a pas un fond de Cendrillon. Emma Woodhouse est riche, jolie et intelligente. Fille unique de l'homme le plus important d'Highbury, elle n'a d'autre problème que celui de trouver des gens qui lui soient égaux. Un beau piedestal dont il est clair qu'elle devra tomber... De toutes les héroïnes de Jane Austen, c'est la seule qui n'a pas besoin de se marier. Elle fera donc usage de son temps libre pour aider les jeunes filles qui n'ont pas eu sa bonne fortune à faire des mariages avantageux. Tout en faisant plus de mal que de bien, se trompant totalement sur les sentiments des gens qu'elle veut réunir. Sa plus grosse erreur de jugement, cependant, est bien celle de son propre coeur...
Je suppose que j'ai moins aimé Emma car il n'y a jamais de réel enjeu: elle commence riche et finit riche. Les autres personnages, par contre, sont beaucoup plus intéressants: Miss Bates, une vieille fille souffrant d'incontinence verbale; Mrs Elton, une femme insupportablement suffisante, ne parlant que d'elle et d'elle et d'elle; Harriet Smith, une fille tellement indécise que le dernier qui parle a toujours raison; Mr Woodhouse, hypocondriaque au point de vivre, à 45 ans, comme un homme du double de son âge; etc, etc, des tonnes et des tonnes de personnages rocambolesques, dont le seul qui semble pouvoir les juger correctement est le ténébreux Mr Knightley... Aaaah! De la sérieuse concurrence à notre ami Mr Darcy, si vous voulez mon opinion.
J'ai le roman, et l'adaptation avec Gwyneth Paltrow.
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Quand à
Northanger Abbey, il s'agit en réalité d'une parodie d'un autre roman. Sorti de son époque, donc, il n'a directement plus le même charme... C'est un peu comme si on décidait de faire une parodie d'Harry Potter et de la lire dans 200 ans. Bien écrit, ironique à souhait, mais à moins d'être un spécialiste des romans populaires du 19e siècle, vous risquez de ne pas en comprendre toute la subtilité.
J'ai le roman et le film.
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Et puis
Persuasion, hors classement notoire, j'avoue ne pas avoir eu le temps de le lire. Mais il paraît que j'aimerai bien. J'ai beaucoup d'attentes quand à cette petite Anne Eliott, et je vous dirai quoi.
Ah, Jane! Ton génie littéraire! Qu'auras-tu fait de moi? Je vous prête tout, tout, tout ce que j'ai si vous voulez, j'ai ses romans en double exemplaire et blindé de DVD que je n'ai pas mentionnés ici.
Pour la
petite note biographique, Jane Austen a vécu au début du 19e siècle en Angleterre, fille d'un pasteur et passionnée de littérature depuis son plus jeune âge. Sa vie commence comme celles de ses héroïnes: elle se fait demander en mariage par un homme riche mais qu'elle n'aime pas; elle accepte, puis refuse. Mais elle n'aura pas eu le happy ending qu'elle méritait. Elle n'aura pas d'autre offre de mariage, et au décès de son père, vivra dans la pauvreté aux pendants de la générosité de ses frères. Elle se consacrera alors à l'écriture, mais ses romans se vendaient peu... Puis décédera de la maladie d'Addison à l'âge de 42 ans. Comme ça, vous savez. Et vous pouvez rejoindre mon propre Jane Austen Book Club...