J'ai remarqué dernièrement que les gens n'aimaient pas le sujet des ongles incarnés. Je ne sais pas pourquoi, mais à chaque fois que j'entame le sujet, j'en vois certains ciller des sourcils, défaillir, changer de couleur, voire s'exclamer en pleine rue, "Oui mais Bibil mais c'est DEGUEULASSE ce que dont tu me parles, là".
Et pourtant.
J'ai un ongle incarné.
Voilà, c'est dit, et si vous avez tressailli à cette évocation, je vous conseille de ne pas lire plus loin, car je suis sur le point de vous relater ma visite chez le podologue; le podologue qui est, précisons-le, un spécialiste des pieds.
Je prends rendez-vous, donc, toute guillerette d'avoir trouvé quelqu'un détenant la solution à mes petits problèmes, et je fais part de mon exultation à mon colocataire qui a souffert jadis du même mal, lorsque celui-ci me répond en substance:
"Ah ouais pas de bol, moi on a du m'opérer, c'était hyper gore. Tu t'imagines pas la taille de l'aiguille, c'est un truc énorme, et ça fait hyper mal, en plus on te la met dans l'orteil, c'est vachement sensible; et le pire de tout ça c'est que dans la partie qui est infectée le produit ne marche pas super bien, donc tu sens tout. J'ai trop touché mon slip."
Et là j'ai commencé à paniquer.
Il ne pouvait pas savoir, évidemment, pour ma phobie des piqûres; ou alors il savait, et il avait une vengeance particulière à prendre sur moi, parce que du coup les trois nuits qui me séparaient de mon rendez-vous, je n'ai pas dormi.
Puis est venu le jour fatidique.
Je suis arrivée chez la podologue, stressant comme un goret qui aurait vu des rillettes. Mais elle m'a très sympathiquement m'a accueillie dans son bureau, qui ne sentait même pas le pied. Elle m'a fait enlever mes chaussures et chaussettes et allonger sur cet espèce de tapis surélevé en caoutchouc que tous les docteurs ont, justement à leur disposition, quand il s'agit de faire une piqûre. Mais elle restait très sympathique. Je suis alors entrée dans une longue tegiversation avec moi-même quant à la nécéssité de faire part de mes craintes versus l'envie de sauver quand même un minimum de dignité. Pendant ce temps elle déballait ses instruments de torture, tous pointus, voire piquants. Puis elle a mis le courant. Sur une fraise.
iiik.
erk erk erk.
Une.
Fraise.
J'ai eu peur.
Alors bon. Elle a dû m'expliquer que ça ne ferait pas mal. Et moi j'ai cherché du regard les sparadraps mickey qu'on me donnait à chaque fois qu'on me disait que ça ne ferait pas mal, parce qu'après on me dirait que bon d'accord ça faisait quand même un tout petit peu mal, mais que j'avais été très courageuse. Enfin ça c'était quand j'avais 10 ans, mais le traumatisme est toujours là, donc j'ai toujours le réflexe de checker les sparadraps mickey. Et il n'y en avait pas. Pas de sparadrap mickey, pas de docteur qui ment aux petits enfants, et donc pas de charcutage de pieds, me suis-je dit. Je me suis temporairement relaxée jusqu'à ce que je réalise que la podologue était en train de mettre du désinfectant sur un bout de coton.
Houla.
Mauvais, mauvais, mauvais, mauvais, mauvais.
Elle a désinfecté mes orteils, elle a clippé mes ongles (mais hééé je l'avais fait la veille), elle m'a dit qu'il ne fallait pas que je cherche à suivre la courbure de l'ongle quand je les coupais, sinon ça faisait des ongles incarnés, et puis elle a commencé à nettoyer mes orteils avec ses instruments pointus. Elle a viré quantité de peaux mortes et crasses coincées entre mes ongles et mes orteils, à grater, à racler, à arracher, tout ça. Mais elle ne m'avait pas menti, ça ne faisait pas mal.
Diantre, que c'était déconcertant. Mais où se trouvait le gore? L'orteil ouvert? L'ongle arraché? Etait-ce là une technique d'amadouage?
Je commençais à entretenir une paranoïa doucerette lorsque mes soupçons ont été soudainement confirmés. Elle a entamé la conversation, à savoir, elle a essayé de faire en sorte que je pense à autre chose.
Et ça JE LE SAIS. Tous les docteurs qui veulent me faire parler ont clairement l'intention de me détendre, pour mieux me frapper quand la partie stressante arrivera. Genre, à ma dernière prise de sang, on m'a demandé quel était mon lieu favori de vacances, et j'ai commencé à vanter les mérites de la montagne tandis que c'était marrant ça, hololo, elle n'avait pas piqué la bonne veine, il fallait recommencer, et ah tiens celle-là non plus.
Enfin bref.
On a parlé de sport. De course à pied, puis de fil en aiguille, des chaussures de course, puis des chaussures que je porte dans la ville de tous les jours, puis des anormalités multiples que présentaient ma plante de pieds, la preuve que je ne marche pas bien, que je m'appuie trop sur l'avant, et d'ailleurs c'est marrant ce que vous me dites là parce que mon centre de gravité sur la Wii Fit est toujours trop en avant, ah mais c'est bien la Wii Fit alors? Parce qu'on ne m'en a pas donné de tellement bons échos...
Et hop, en disant ça, elle saisit sa fraise, qui rententit d'un énorme BZZZZRRRRRrrrrRÔÔÔAZZRRR. Et voilà, je savais que j'étais en train de me faire avoir.
"Non mais détentez-vous mademoiselle, on n'est pas chez le dentiste ici, et puis d'ailleurs ça ne fait pas mal."
Et elle avait raison, ça ne faisait pas mal.
A que cela ne tienne. Elle n'avait pas encore approché l'objet de mes douleurs, le mal de mes jours, enfin mon ongle incarné. Parce que je me dois de vous fournir une petite explication à ce sujet. Voyez-vous, il arrive de temps en temps qu'un ongle subisse un traumatisme, comme par exemple faire une expédition de montagne de 8 jours avec des chaussures mal adaptées. Pour l'expliquer de façon poétique, et toujours par exemple, l'ongle devient rouge, puis bleu, puis noir, puis passe par une série de tons jaunes et bruns qui font qu'on évite de le regarder sous la douche. Puis un beau jour, on découvre un nouvel ongle. Tout beau, tout neuf, enfin c'est ce qu'on devine, car ce nouvel ongle, et bien il pousse en dessous de l'ancien.
Et quand l'ancien tombe, par exemple en une belle journée ensoleillée de février, genre le jour où je me suis ruée sur mon téléphone pour prendre rendez-vous; et bien ce jour-là, on se rend compte que l'ongle n'a pas seulement poussé sous l'ancien ongle, mais aussi sous la peau qui se trouvait en dessous de l'ancien ongle. Et que donc que l'on a de la peau en guise d'ongle, et un ongle en guise de peau.
Vous avez chancellé là? Non mais si, vous pouvez me le dire hein, faites pas vos gonzesses non plus.
D'ailleurs la podologue allait m'apporter la preuve que mon autodiagnostic était faux, doublement faux, car ce que je pensais être un ongle sous une peau, était en réalité une espèce de grosse croute cicatrisée dégueulasse qu'elle allait justement m'enlever. Mais oui m'enlever, mais c'est tout à fait possible, et ça ne fait pas mal.
Et c'est là qu'elle a sorti une lame, et une deuxième dose de désinfectant. Mais je ne devais pas m'inquiéter.
Ah oui.
Et ça n'a pas fait mal.
C'était même plutôt agréable, elle me massait les pieds en même temps que de lancer la conversation sur la bénignité de mon cas, et des cas médicaux qu'elle avait déjà vus, et des progrès de la médecine de nos jours.
Louche.
Mon coloc m'aurait-il menti?
J'ai donc hasardé le sujet de la piqûre gore, enfin juste pour savoir, non pas que je me sois inquiétée à ce sujet, mais bon. Et la podologue m'a assuré que non, que je n'aurai pas de piqûre, que dans un mois si mon ongle ne poussait pas correctement on me mettrait une protèse en résine pour faire office de tuteur, mais l'opération était totalement superflue, mais ahlala oui elle était d'accord que ça faisait drôlement mal cette piqûre, et que le pire était les jours qui suivaient, car ça continuait à faire très mal, au point que les gens ne savaient plus dormir, parce que le contact avec les draps était trop douloureux. Mais cela ne me concernait pas, enfin du moins à présent, parce qu'on ne sait jamais ce que nous réserve l'avenir.
Puis elle a terminé.
Nous avons pris rendez-vous pour la pose de la résine, la conversation était toujours des plus sympathiques, tout allait bien, il faisait beau dehors, et je suis ressortie de là sans la moindre douleur, détendue de ce massage, en me disant que ça restait louche, mais que vraiment, finalement, en fait, c'était le pied.
Et pourtant.
J'ai un ongle incarné.
Voilà, c'est dit, et si vous avez tressailli à cette évocation, je vous conseille de ne pas lire plus loin, car je suis sur le point de vous relater ma visite chez le podologue; le podologue qui est, précisons-le, un spécialiste des pieds.
Je prends rendez-vous, donc, toute guillerette d'avoir trouvé quelqu'un détenant la solution à mes petits problèmes, et je fais part de mon exultation à mon colocataire qui a souffert jadis du même mal, lorsque celui-ci me répond en substance:
"Ah ouais pas de bol, moi on a du m'opérer, c'était hyper gore. Tu t'imagines pas la taille de l'aiguille, c'est un truc énorme, et ça fait hyper mal, en plus on te la met dans l'orteil, c'est vachement sensible; et le pire de tout ça c'est que dans la partie qui est infectée le produit ne marche pas super bien, donc tu sens tout. J'ai trop touché mon slip."
Et là j'ai commencé à paniquer.
Il ne pouvait pas savoir, évidemment, pour ma phobie des piqûres; ou alors il savait, et il avait une vengeance particulière à prendre sur moi, parce que du coup les trois nuits qui me séparaient de mon rendez-vous, je n'ai pas dormi.
Puis est venu le jour fatidique.
Je suis arrivée chez la podologue, stressant comme un goret qui aurait vu des rillettes. Mais elle m'a très sympathiquement m'a accueillie dans son bureau, qui ne sentait même pas le pied. Elle m'a fait enlever mes chaussures et chaussettes et allonger sur cet espèce de tapis surélevé en caoutchouc que tous les docteurs ont, justement à leur disposition, quand il s'agit de faire une piqûre. Mais elle restait très sympathique. Je suis alors entrée dans une longue tegiversation avec moi-même quant à la nécéssité de faire part de mes craintes versus l'envie de sauver quand même un minimum de dignité. Pendant ce temps elle déballait ses instruments de torture, tous pointus, voire piquants. Puis elle a mis le courant. Sur une fraise.
iiik.
erk erk erk.
Une.
Fraise.
J'ai eu peur.
Alors bon. Elle a dû m'expliquer que ça ne ferait pas mal. Et moi j'ai cherché du regard les sparadraps mickey qu'on me donnait à chaque fois qu'on me disait que ça ne ferait pas mal, parce qu'après on me dirait que bon d'accord ça faisait quand même un tout petit peu mal, mais que j'avais été très courageuse. Enfin ça c'était quand j'avais 10 ans, mais le traumatisme est toujours là, donc j'ai toujours le réflexe de checker les sparadraps mickey. Et il n'y en avait pas. Pas de sparadrap mickey, pas de docteur qui ment aux petits enfants, et donc pas de charcutage de pieds, me suis-je dit. Je me suis temporairement relaxée jusqu'à ce que je réalise que la podologue était en train de mettre du désinfectant sur un bout de coton.
Houla.
Mauvais, mauvais, mauvais, mauvais, mauvais.
Elle a désinfecté mes orteils, elle a clippé mes ongles (mais hééé je l'avais fait la veille), elle m'a dit qu'il ne fallait pas que je cherche à suivre la courbure de l'ongle quand je les coupais, sinon ça faisait des ongles incarnés, et puis elle a commencé à nettoyer mes orteils avec ses instruments pointus. Elle a viré quantité de peaux mortes et crasses coincées entre mes ongles et mes orteils, à grater, à racler, à arracher, tout ça. Mais elle ne m'avait pas menti, ça ne faisait pas mal.
Diantre, que c'était déconcertant. Mais où se trouvait le gore? L'orteil ouvert? L'ongle arraché? Etait-ce là une technique d'amadouage?
Je commençais à entretenir une paranoïa doucerette lorsque mes soupçons ont été soudainement confirmés. Elle a entamé la conversation, à savoir, elle a essayé de faire en sorte que je pense à autre chose.
Et ça JE LE SAIS. Tous les docteurs qui veulent me faire parler ont clairement l'intention de me détendre, pour mieux me frapper quand la partie stressante arrivera. Genre, à ma dernière prise de sang, on m'a demandé quel était mon lieu favori de vacances, et j'ai commencé à vanter les mérites de la montagne tandis que c'était marrant ça, hololo, elle n'avait pas piqué la bonne veine, il fallait recommencer, et ah tiens celle-là non plus.
Enfin bref.
On a parlé de sport. De course à pied, puis de fil en aiguille, des chaussures de course, puis des chaussures que je porte dans la ville de tous les jours, puis des anormalités multiples que présentaient ma plante de pieds, la preuve que je ne marche pas bien, que je m'appuie trop sur l'avant, et d'ailleurs c'est marrant ce que vous me dites là parce que mon centre de gravité sur la Wii Fit est toujours trop en avant, ah mais c'est bien la Wii Fit alors? Parce qu'on ne m'en a pas donné de tellement bons échos...
Et hop, en disant ça, elle saisit sa fraise, qui rententit d'un énorme BZZZZRRRRRrrrrRÔÔÔAZZRRR. Et voilà, je savais que j'étais en train de me faire avoir.
"Non mais détentez-vous mademoiselle, on n'est pas chez le dentiste ici, et puis d'ailleurs ça ne fait pas mal."
Et elle avait raison, ça ne faisait pas mal.
A que cela ne tienne. Elle n'avait pas encore approché l'objet de mes douleurs, le mal de mes jours, enfin mon ongle incarné. Parce que je me dois de vous fournir une petite explication à ce sujet. Voyez-vous, il arrive de temps en temps qu'un ongle subisse un traumatisme, comme par exemple faire une expédition de montagne de 8 jours avec des chaussures mal adaptées. Pour l'expliquer de façon poétique, et toujours par exemple, l'ongle devient rouge, puis bleu, puis noir, puis passe par une série de tons jaunes et bruns qui font qu'on évite de le regarder sous la douche. Puis un beau jour, on découvre un nouvel ongle. Tout beau, tout neuf, enfin c'est ce qu'on devine, car ce nouvel ongle, et bien il pousse en dessous de l'ancien.
Et quand l'ancien tombe, par exemple en une belle journée ensoleillée de février, genre le jour où je me suis ruée sur mon téléphone pour prendre rendez-vous; et bien ce jour-là, on se rend compte que l'ongle n'a pas seulement poussé sous l'ancien ongle, mais aussi sous la peau qui se trouvait en dessous de l'ancien ongle. Et que donc que l'on a de la peau en guise d'ongle, et un ongle en guise de peau.
Vous avez chancellé là? Non mais si, vous pouvez me le dire hein, faites pas vos gonzesses non plus.
D'ailleurs la podologue allait m'apporter la preuve que mon autodiagnostic était faux, doublement faux, car ce que je pensais être un ongle sous une peau, était en réalité une espèce de grosse croute cicatrisée dégueulasse qu'elle allait justement m'enlever. Mais oui m'enlever, mais c'est tout à fait possible, et ça ne fait pas mal.
Et c'est là qu'elle a sorti une lame, et une deuxième dose de désinfectant. Mais je ne devais pas m'inquiéter.
Ah oui.
Et ça n'a pas fait mal.
C'était même plutôt agréable, elle me massait les pieds en même temps que de lancer la conversation sur la bénignité de mon cas, et des cas médicaux qu'elle avait déjà vus, et des progrès de la médecine de nos jours.
Louche.
Mon coloc m'aurait-il menti?
J'ai donc hasardé le sujet de la piqûre gore, enfin juste pour savoir, non pas que je me sois inquiétée à ce sujet, mais bon. Et la podologue m'a assuré que non, que je n'aurai pas de piqûre, que dans un mois si mon ongle ne poussait pas correctement on me mettrait une protèse en résine pour faire office de tuteur, mais l'opération était totalement superflue, mais ahlala oui elle était d'accord que ça faisait drôlement mal cette piqûre, et que le pire était les jours qui suivaient, car ça continuait à faire très mal, au point que les gens ne savaient plus dormir, parce que le contact avec les draps était trop douloureux. Mais cela ne me concernait pas, enfin du moins à présent, parce qu'on ne sait jamais ce que nous réserve l'avenir.
Puis elle a terminé.
Nous avons pris rendez-vous pour la pose de la résine, la conversation était toujours des plus sympathiques, tout allait bien, il faisait beau dehors, et je suis ressortie de là sans la moindre douleur, détendue de ce massage, en me disant que ça restait louche, mais que vraiment, finalement, en fait, c'était le pied.






