Dilemne moral
Nous étions 200 candidats. Il y a eu une préselection qui a restreint la liste à vingt. J'étais dedans. On m'a recontactée pour un test écrit d'une heure. Puis la liste a été restreinte à six candidats. J'étais dedans aussi. On m'a recontactée pour une interview de groupe.
Le poste? Online fundraising assistant pour une ONG promouvant la résolution de conflits par la non-violence.
Nous étions six à cette interview. Après un bref tour de table, où il apparaît clairement que je suis la moins bien habillée de tous, et pour compléter le tout la seule en retard, nous avons: une Allemande, avocate, deux ans d'expérience. Une Belge, doctorat en résolution de conflit, connait quatre langues. Un Français d'origine nigérienne, un doctorat à Stockolm, deux livres publiés. Une Vietnamienne, doctorat à l'UCL, expérience sur le terrain. Un Américain, a travaillé pour la Commission. Et moi.
Mon selling point?
Mes connaissances IT.
Après une discussion de groupe d'à peu près une heure, nous passons aux interviews individuelles.
"Comment définiriez-vous le web 2.0?" "Êtes-vous familière avec le Content Management System?" "Aaaah vous utilisez Dreamweaver, c'est bien..."
Aujourd'hui, nous avons eu les résultats de la sélection finale. C'est moi qui suit prise.
Oui mais mais MAIS ça ne m'arrange PAS DU TOUT ça!
Arguments contre:
1. "Online", "Web 2.0", "Content Management System", "Dreamweaver", ceci ne me rappelle-t-il pas furieusement une autre interview? Voyons voir, pour le stage que je déteste et que je suis en train de quitter?
2. Non rémunéré. Que dalle, rien, niet, nada, survie sur emprunt à mes généreux parents, impliquant un séjour prolongé sous leur toit, et une sensation constante de vivre à leurs dépends car étant incapable de trouver un job où on voudrait bien me payer.
3. Mes disponibilités. Mon plan initial, c'était de finir mon stage actuel fin novembre, me la jouer peinard en décembre, commencer un doctorat, travailler un peu dessus, partir en vacances en février, et commencer le stage de la Commission en mars.
Argument "mais enfin Bibil ça ne tient pas ce que tu dis":
Je fais mes plans sur un stage que je n'ai pas encore obtenu et que je ne suis pas garantie d'avoir, car après tout on m'y a déjà refusée une fois...
Arguments pour:
1. J'aime travailler pour les ONG. J'aime me lever le matin et me dire: "je vais travailler pour une cause", "aujourd'hui je vais rendre ce monde meilleur", au lieu de me dire: "je vais faire de l'IT toute la journée pour qu'une agence de communication économise des frais, parce qu'il faut bien dire que maintenant qu'elle ne gagne plus de projets, la boite a besoin de restreindre son budget".
2. Rhaaaa mais on ne refuse pas un job pour lequel il y avait 200 candidats nom d'un sandwish boulette! Quand aurais-je de nouveau une occasion comme celle-ci?
3. La joie intense que cela me procurera quand j'annoncerai à mon boss actuel: "Je pars demain. Démerde-toi avec ce site web que tu voulais me faire créer pour économiser les 2000 euros que tu n'as pas voulu payer pour engager un vrai professionnel".
Je ne sais, je confuse, je pèsoie le pour et le contraire.
Simplifions cela de la sorte: j'ai très envie de prendre ce stage, mais ce serait de la folie. Je cumule les stages depuis août, je me suis à peine reposée, et je sais très bien que si je continue comme ça je vais de nouveau me retrouver dans une situation de fatigue extrême comme l'année passée. En même temps si je refuse ce stage je vais le regretter... Un stage pour lequel je vais me mettre dans la m*rde au niveau financier et pour lequel je vais probablement faire de l'IT. Oui mais un stage pour lequel j'ai été sélectionnée parmi 200 candidats.
Et voilà, maintenant je me sens super coupable par rapport aux 199 autres candidats qui voulaient tous ce poste plus que moi.
POURQUOI n'ais-je pas choisi une voie me menant vers un job simple, à horaires fixes et à salaire garanti?