Showing posts with label Dans ma tête. Show all posts
Showing posts with label Dans ma tête. Show all posts

Sunday, January 03, 2016

Et bonne année, hein!

Aaaah que voici venu le moment d'une année nouvelle... Un moment de réflexion et d'évaluation sur l'année écoulée, des résolutions sur la façon de s'améliorer, de viser à la perfection, d'atteindre les étoiles... Ou alors simplement la survie à un mois entier de bonne nourriture et boissons trop abondantes. Raclettes, tartiflettes, croziflettes, foie gras et autres viandes en sauce, enfin bref, c'est le moment où on roule sur une nouvelle couche de gras quand on se tourne dans son lit, et où les blogs de cuisine vous proposent du light et du détox.
Il est fréquent dans les conversations de cette année, 1. de se souhaiter la bonne année à outrance jusqu'à l'envie de défenestration, et 2. d'exposer ses bonnes résolutions. D'un côté, il y a ceux qui disent qu'ils ne prennent pas de résolution, que leurs résolutions c'est toute l'année (lire: ils n'ont pas le foie suffisamment en crise pour lâcher le champagne et le canard au calvados). Et d'autres qui tentent quand même de se fixer un objectif. Pour ma part, ma fin de thèse et ma gastrite ont décidé pour moi des restrictions gastronomiques et festives de 2015 et de me faire vivre en ascète pour la majeure partie de l'année. D'ailleurs je pense qu'on peut le dire sans crainte: l'année qui vient de s'écouler n'a pas été ma meilleure. J'ai dû apprendre à vivre seule. J'ai dû terminer ma thèse. J'ai été en crise de mars à octobre, avec gastrite, sciatique, tendinite, et même si en relativisant on réalise que rien de cela n'est mortel, vivre avec la douleur jour et nuit pendant six mois, ce n'est pas de nature à vous rendre le moral guilleret. En bref, j'en ai bavé. L'année se termine sur une note positive, cependant, puisque j'ai une réelle perspective de rendre ma thèse, et que je pourrai enfin passer à autre chose, et je l'espère me trouver un emploi assez rapidement. 
Mes bonnes résolutions, une fois ma thèse rendue, sera de retourner à la vie sociale, quitte à limiter la couture s'il le faut (arg! drastique!). Il est vrai que la plupart des occasions sociales tournent autour de la nourriture et des boissons, le plus souvent le soir, et quand on a eu une dure journée, il faut vraiment se forcer. On est vite tentés de se faire une soirée canapé. Ma thèse n'est pas encore rendue, ma gastrite est toujours là, et j'ai toujours piscine, couture, écriture créative et yoga en plus de mon planning thèse et des cours de néerlandais que je vais commencer demain. Bref, j'ai réalisé que je ne voyais plus les gens que par concours de circonstance, alors qu'avant j'étais assez proactive dans l'entretien de mes amitiés. S'il y a une bonne résolution à prendre en 2016, c'est bien celle-là.
Ca, et me coudre des blouses. Plein de blouses.

PS: Pour les soldes, il y a 20% de réduction sur le Fil de Bibil à partir de 15€ d'achat en introduisant le code "soldes"... Offre jusqu'au 31 janvier!

Monday, May 12, 2014

Faire partie du club

Une de mes plus grandes surprises du passage de la trentaine, c'est qu'à l'âge où nous sommes sensés avoir vécu de belles et nombreuses expériences, et bien étonnamment les conversations deviennent très limitées. Les enfants, la conjugaison du travail et des enfants, les allergies des enfants, les crèches des enfants, ce qu'on ne peut plus manger quand on attend des enfants, ou la répartition des tâches ménagères quand on a des enfants. Bref, toutes des choses que je peux m'imaginer, mais sur lesquelles il n'y a pas beaucoup d'échange possible quand on n'a pas, justement, des enfants. Au point que parfois j'ai l'impression que tous les parents font partie d'un club, dont j'ai non seulement raté la deadline d'inscription mais apparemment aussi le concours d'entrée. La plupart du temps, quand je vais quelque part, je suis en minorité totale, la seule à venir seule. D'ailleurs il y a certaines personnes que je ne vois plus. Cela devient pénible parce que quand on se voit, on ne sait parler que de bébés. De leurs bébés.
Donc ça m'a bien surpris quand j'ai entendu dire, "avec Bibil ça devient pénible parce que quand on se voit, on ne sait parler que de travaux". Je réalise qu'en fait, je fais exactement pareil. C'est juste une question de sujets d'obsession. 
Je m'explique.
Quand je vais chez des gens, j'attends presque avec enthousiasme qu'on me pose la question. Vous savez. "Comment vont tes travaux". Les travaux, le planning des travaux, les choses qui ne se passent pas comme prévu dans les travaux, les corps de métier qui réalisent les travaux, les relations de voisinage à cause des travaux... Il y a toujours quelque chose de neuf à dire, un nouveau développement. Quand on me lance, je suis intarissable. J'ai besoin de partager, de libérer et d'évacuer toute la pression, mais aussi toute la fierté qui se construit autour de la chose. A présent j'évalue le succès de ma progression personnelle par rapport à la progression des travaux. Ma projection dans l'avenir ne se fait que dans les futures pièces de ma maison. Toutes les nuits je fais au moins un rêve sur le sujet. Mes travaux me stressent et me boostent en même temps, me dépriment puis me font vibrer. Le temps passe à une vitesse incroyable depuis qu'ils sont là. A chaque étape du planning se succède une autre, quand ce ne sont pas les rideaux c'est la peinture, ou ce sont la dimension des plinthes. Je suis tout le temps à cocher une case à ma to-do list, mais à en rajouter deux par la suite. Et ce n'est pas juste que ça prend du temps. C'est que je suis totalement et irrévocablement obsédée par la chose. Je suis accroc, totalement dépendante. Il n'y a plus rien d'autre qui m'intéresse; la thèse, la vie sociale, la famille, le blog, et même Knacki, tout ça, ça passe après.
Et le pire c'est qu'il y a pas mal de gens qui sont aussi accrocs que moi. Et je le vois bien, ceux qui font partie du club; ceux qui font des travaux, ceux qui en ont fait, ceux qui me demandent des photos "parce que ça a dû avancer depuis", puis qui me montrent les leurs "parce que ça a avancé depuis". Ceux qui connaissent mes horaires de réunion de chantier, ceux à qui je peux demander des échantillons de peinture et des adresses de parqueteurs ou des conseils de vis à gyproc. Ceux qui sont dans la même galère que moi, mais une galère qu'on vit comme un certain épanouissement quand même, et qui nous manquera quand elle ne sera plus là.
Et puis, il y a ceux qui ne font pas partie du club. Ceux que cela n'intéresse pas. Ceux qui viennent visiter mon chantier comme s'ils me faisaient une faveur, et qui baillent aux corneilles dès que je m'emballe sur la nuance de mes carrelages. Et puis ceux qui m'écoutent avec envie, pour ajouter ensuite que j'ai trop de chance, qu'eux ne parviennent pas à obtenir de prêt, ou ne savent pas se projeter dans l'avenir. Ou ceux qui complexent parce que vraiment, tout le monde s'y met, il serait temps qu'eux aussi. Ceux à qui mon chantier leur rappelle la pression sociale, que la vie est une compétition à qui réussit le mieux et que dans cette course, ils ont une case qui n'est pas cochée. 
Alors s'il y en a parmi vous qui rentrent chez eux tout déprimés en se disant qu'ils n'en sont nulle part, alors que tellement d'autres personnes y sont... Tout est relatif, finalement. Ce qui convient à l'un ne convient pas forcément à l'autre, le tout est de trouver vos propres sujets d'obsession.
Et puis vraiment, savoir si je trouve ça normal qu'un pédiatre refuse de prescrire autre chose que de l'homéopathie à votre enfant... C'est vraiment aussi fascinant que quand je vous parle de mes poutrelles HEA.

Friday, March 01, 2013

Irrationnel

Quand on est dans une situation de stress générale, disons par hasard en fin de thèse, il est parfois difficile de voir les choses rationnellement et d'un air détendu. Il y a toute une série de petites croyances et superstitions irrationnelles qui occultent notre bon jugement. Et pourtant on le sait qu'on n'est pas objectif, que ce sont des postulats non-fondés, et ce en total paradoxe avec le degré d'intellectualité qu'on essaie d'insuffler à la thèse.
Un exemple.
"Je peux juger l'efficacité de mon travail par le nombre d'heures que j'ai passé dessus". Peu importe que parfois on atteint un stade où on est juste pas productif et que de veiller jusqu'aux petites heures ne changera rien. On ne voit plus son avancement qu'en termes de pages rédigées ou d'heures de travail; la notion du "temps relatif" est une inconnue totale. 
Un autre exemple. 
"Comme je n'y connais rien en travaux de rénovation et je vais me faire exploiter et arnaquer et on va abuser de ma naïveté". Genre on va me placer des prises à des endroits bizarres, ou on va me poser des faux planchers et me le faire payer prix du massif, ou on va totalement nier de mettre des isolants à certains endroits ou de raccorder de la tuyauterie à mes égouts, et le tout avec des retards absolument scandaleux. Qu'est-ce que je peux en savoir de toutes façons, dans le devis c'est écrit pareil. Et les primes je vais me les brosser, et la commune trouvera toujours un moyen pour me faire payer plus, on sait très bien que je ne vais pas parvenir à aller repérer la faille dans la législation. 
Un autre exemple.
"Passé 30 ans je suis officiellement vieille, je ne peux aller que vers le déclin". En d'autres termes, d'ici l'année prochaine, je n'ai plus le même corps que maintenant. Variante: "si je ne suis pas parvenue à hameçonner le poisson et à le coincer dans un mariage avant mes 30 ans alors que j'avais un corps encore correct, il y a peu de chances que j'y parvienne après." Mais enfin Bibil relativise, ce n'est pas parce que tu vas aller vers tes 40 ans que, bon, enfin, bon, enfin quand même en fait.
Un autre exemple.
"Il va m'arriver un truc dramatique avant que je ne puisse terminer cette thèse". Ca, c'est sans doute la croyance la plus stupide, et en même temps la plus anxiogène. Depuis que j'ai fait cet accident de voiture avec ma soeur en Suède, et depuis que j'ai des amis qui ont développé des maladies et accidents cardio-vasculaires graves, j'ai réalisé qu'on était pas invincible et qu'il s'en fallait de peu pour que tout se termine. C'est un grand classique de la crise du quart de siècle parait-il. Du coup, j'ai peur de manquer de temps, de ne pas pouvoir accomplir toutes les choses que je souhaite réaliser, et je deviens totalement paranoïaque: le moindre essoufflement, la moindre raideur musculaire, le moindre mal de tête, ne serait-ce pas un symptôme de mon corps qui me trahit? Est-ce que je n'aurais pas du cholestérol déjà aggloméré en un caillot quelque part dans mes veines, n'attendant que son heure pour me porter le coup fatal? Ou une tumeur vraiment bien planquée et qui ne sera détectable que quand il sera trop tard? Est-ce que prendre le volant en ayant accumulé tellement de fatigue, ou me laisser conduire par quelqu'un en qui je n'ai pas confiance, ce ne serait pas ça ma fin? Puis les questions dérivées: de combien de temps est-ce que je dispose encore, exactement? Non mais parce que sérieusement, il faut me le dire, si c'est pour maintenant! Quoi, c'est pour maintenant? Ne puis-je pas avoir une année de plus, juste une année pour terminer tout ce que j'ai à faire? 
Cette paranoïa, ce n'est pas tellement la peur d'avoir des regrets, mais surtout celle de ne pas remplir les objectifs que je me suis fixée, et d'avoir fait tellement d'efforts pour au final les voir gâchés parce que je n'aurais pas été là au moment crucial de leur conclusion. C'est un peu comme une émission de télévision où le participant accumule des sous à chaque nouvelle étape, voit la somme potentielle de ses gains augmenter, mais tant qu'il n'a pas sécurisé un certain plafond, il peut encore tout perdre. 
Un autre exemple.
"Je suis certainement en train de passer à côté d'une théorie existentielle ou d'un discours fondateur ou d'un développement inattendu, et c'est évident pour tout le monde sauf pour moi, et ça va me retomber dessus à ma défense de thèse". Variante, en fonction de mon degré de remise en question de ma thèse: "En fait je n'ai aucune idée de ce que je fais, je suis une fraude totale et même si on m'accorde un diplôme après, je ne l'aurai pas mérité. En tous cas ce serait bien la preuve qu'on n'a pas relu ma thèse attentivement."
Et finalement, dernier exemple, enfin là c'est partiellement vrai j'espère:
"Ma thèse intéresse tout le monde et les gens adorent m'entendre en parler, en face à face, sur facebook, sur le blog, par sms, on meurt d'impatience de savoir ce que j'ai à apporter à la communauté scientifique et mon état mental est d'une cruciale importance. D'ailleurs dans la vie des autres il ne se passe rien comparé à la mienne. La preuve c'est que ma défense de thèse est attendue comme l'événement marquant de cette année 2013." 
... Non?
Comment ça, non?
 

Tuesday, November 13, 2012

La routine

Kant, parait-il, avait développé une routine. Il se levait à 5 heures du matin, fier de pouvoir dire qu'il ne dormait jamais plus longtemps, même s'il trouvait cela difficile. Après s'être levé, il buvait deux tasses de thé et fumait la pipe. Il dédiait le temps où il fumait à la méditation. Après, il préparait ses cours et travaillait sur ses livres jusque 7h. De 7h à 11h, il donnait cours. Puis il travaillait à son écriture jusqu'au repas. Le reste de sa journée se passait de la sorte, gouverné par ses petits rituels, de sorte que le respect de sa routine en devenait obsessionnelle.
Ah, la routine, dites! Elle fait toujours l'objet de débats. Quand quelqu'un partage sur facebook la fameuse citation de Paul Coelho, ("Si vous pensez que l'aventure est dangereuse, je vous propose d'essayer la routine… Elle est mortelle."), il se trouve toujours une dizaine de contacts pour aller la liker. (Et un autre pour remarquer que "facebook n'est-il pas une forme de routine?" mais je me perds). 
Et bien, aujourd'hui (puisque j'ai l'habitude d'updater ce blog tous les deux à trois jours, finalement), je vous écris un petit post en défense de la routine. Pas de la forme obsessionnelle de Kant, mais des petites habitudes qui reviennent à une certaine fréquence et qui font que le quotidien est un peu régulé. Par exemple:
- Tous les lundis, je vais nager avec des amis.
- Tous les mercredi, j'ai écriture créative.
- Le dimanche matin, j'aime écouter "Lazy Factory" sur Pure FM
- Le matin je mange du porridge (trop bon le porridge).
- Le soir, avant de dormir, je prends une tasse de tisane (trop bon la tisane). Je note aussi des idées d'écriture pendant cette période de limbe entre le moment où on a décidé d'aller dormir et le moment où on éteint effectivement la lumière. Ou alors j'ai des livres de chevet, qui sont surtout des livres de cuisine ou des manuels de point de croix pour planifier mes prochains projets.
- J'ai toujours un projet de couture en cours pour les soirs où je ne fais rien.
- Deux fois par mois, je vais manger des sushis à midi avec D. et M (trop bon les sushis).
- Je pars du bureau vers 18h30, pour observer depuis ma super vue sur Bruxelles les embouteillages qui se forment puis se résorbent juste au moment où je pars.
- Le lundi soir, j'ai toujours un certain soulagement de savoir que je n'ai plus allemand. Mais par contre je regrette les fish sticks que j'avais l'habitude de me faire avant d'y aller. (trop bon les fish sticks).
Bref. Tout ceci forme, il me semble, une certaine routine, qui est bien sûr adaptable de semaine à semaine, mais qui sont des activités récurrentes que j'aime bien faire. Le reste de la semaine comporte sa part de diversité et de surprise, ce qui fait que je n'ai jamais vraiment l'impression que ma vie soit répétitive. Je pense que si j'ai tellement stressé quand j'étais à l'étranger, c'est parce que je manquais d'un certain ancrage dans mes activités quotidiennes. Au final c'est rassurant de savoir que certaines choses sympathiques vont se répéter, que mon avenir proche est en quelque sorte planifié selon une grille de base assez flexible, et que je peux développer des automatismes pour certaines choses.
Et vous, dites-moi, quelle est donc votre routine?
(Bon ici vous devez me laisser au minimum un commentaire, sinon vous n'imaginez pas le vent).

Thursday, November 08, 2012

Bibil sauve des vies

Comme certains d'entre vous le savent, j'ai une phobie. Enfin, j'ai plutôt deux phobies qui se rejoignent assez fort: d'un côté la phobie des piqûres, et d'un autre la phobie des guêpes (parce qu'elles piquent)(mais bizarrement je n'ai pas peur des autres insectes qui piquent, allez savoir, il n'y a pas de logique). J'y ai déjà fait allusion à plusieurs reprises sur ce blog, mais aujourd'hui je vais vous développer la chose.
D'abord, d'où est-ce que cela me vient? Rétrospectivement, je peux mettre le doigt sur certains événements marquants de mon enfance: la guêpe qui s'est coincée dans mes cheveux et qui a piqué neuf fois pour s'en sortir; ou encore la fois où on m'avait dit que je ne sentirais rien pour mon vaccin mais que dites donc, qu'est-ce que j'ai douillé. Mais déjà à ces moments-là je n'étais déjà pas fan des piqûres, donc j'imagine qu'on ne partait pas de rien. Ce sont des peurs qui se sont accumulées sur d'autres peurs et qui ont formé quelque chose de monstrueusement anxiogène. Quand on essaie de me piquer j'ai de la colère qui remonte, de l'anxiété, de la panique. Pour moi, les piqûres représentent une forme extraordinaire de violence que je ne parviens pas à rationaliser. N'essayez pas de me piquer juste pour rire un peu, je suis capable de vous casser le bras dans un geste d'auto-défense.
Bref. Il a fallu quelques temps pour que l'on réalise que je ne jouais pas juste à la comédie, mais que j'avais réellement un stress psychologique - notamment à onze ans après un épisode où deux médecins ont dû me retenir pendant qu'un troisième m'injectait un vaccin par la force. Et il a fallu encore plus de temps avant que moi-même, je n'accepte que ce problème, je devais le résoudre, parce que parfois dans la vie il n'y a juste pas d'autre choix que de faire ses vaccins. Depuis ces dernières années, donc, j'essaie de faire face à mes phobies. Je sais que je ne serai jamais totalement à l'aise avec la chose, mais je me suis fixée quelques objectifs pour parvenir à gérer ce stress.
Pour vous décrire la situation. A 25 ans, je pleurais encore pendant une demi-heure dans ma voiture après chaque prise de sang, et je ne parvenais plus à utiliser mon bras pendant les trois heures qui la suivaient. L'été, je ne parvenais pas à manger dehors, j'étais toujours anxieuse qu'une guêpe n'arrive pour rôder autour de mon plat; les réceptions de mariage étaient un calvaire; tous les weekends à la mer étaient astucieusement évités de crainte de ces fameuses poubelles à guêpes sur les plages. Je détestais l'été, et l'hiver quand je me les pelais sous le gel, je me disais, 'au moins en ce moment il y a des guêpes qui sont en train de mourir'. Bref, on ne le dirait pas comme ça, mais la situation était un tout petit peu handicapante.
Cinq ans plus tard, je vous dirais que tout ceci est une question de préparation psychologique. Je ne suis pas plus à l'aise avec la chose mais je parviens à me maitriser en public. C'est un peu du masochisme, quand on y pense, parce que je m'expose volontairement à un truc qui me stresse à fond et je souris comme si de rien n'était, me concentrant sur la fierté et le soulagement que je ressentirai une fois que je serai en sécurité. C'est pour les prises de sang que j'ai réalisé le plus de progrès. J'angoisse toujours quelques heures avant mais quand même moins que dans le temps, et sur place je ferme les yeux et je respire, même quand j'ai une stagiaire qui cherche ma veine à trois reprises et oublie qu'elle devait prendre encore un tube une fois que tout est fini. Pour les guêpes c'est un peu plus laborieux, parce qu'on ne sait jamais deviner quelle sera leur trajectoire et quand elles vont piquer, mais je suis capable de la regarder voler sans faire une crise de panique - bon évidemment il faut toujours que quelqu'un se dévoue pour la tuer sinon je n'arrêterai pas de penser qu'elle est encore là, quelque part, en vie, prête à revenir me hanter.
Dans ma tête, j'ai deux benchmarks ultimes dans la lutte contre mes phobies:
1. Etre capable de continuer à manger et à converser alors qu'une guêpe tourne autour de mon assiette, et le cas échéant, être capable de a. tuer ladite guêpe, et b. me débarrasser de son corps.
2. Donner mon sang. 
Et c'est de ce second cas de figure que je vais vous parler aujourd'hui, après toute cette longue introduction. Car voyez-vous je suis O+, donc presque donneur universel, et j'éprouve toujours de la culpabilité à chaque fois qu'il y a un appel aux dons à l'université, parce que je suis en bonne santé, jeune, j'ai une bonne qualité de vie et je serais capable de donner beaucoup de sang avec mon mètre quatre-vingt et la corpulence qui va avec. Je pourrais faire de belles choses, mais je suis trop trouillarde. Et donc à chaque fois que je traverse ce hall de guerre où se font perfuser huit étudiants à la chaine en me concentrant sur ne pas m'évanouir, je me fais cette promesse: si un jour, quelqu'un venait personnellement à moi en me suppliant de lui sauver la vie, et bien à ce moment-là, je ne serai pas chiche.
Vous pensez peut-être que c'est ne pas prendre beaucoup de risques. Et bien figurez-vous que c'est ce qui est arrivé.
Des amis de mes parents ont envoyé un email décrivant une situation absolument dramatique. Leur fils est en attente d'une greffe de moelle osseuse, mais a développé une maladie pulmonaire en attendant et il ne peut s'en sortir que grâce à un don de globules blancs du groupe sanguin O+. Que diantre! Un message de l'au-delà! Dans un mouvement d'esprit chevaleresque, j'ai immédiatement proposé mon aide, et sans me laisser le temps d'avoir des arrières-pensées, on fixé la date de la collecte.
Alors, au début, c'était plutôt cool, quand j'annonçais la chose on n'arrêtait pas de me dire que j'étais vraiment une fille bien, que je faisais quelque chose de courageux, que peu de gens auraient la volonté de se lancer dans cette procédure. Puis, quelqu'un a eu la présence d'esprit de m'expliquer ladite procédure. Et là c'était beaucoup moins cool. En fait on ne va pas juste prendre mon sang et sélectionner les globules blancs par la suite, comme je l'imaginais naïvement. Non. On va commencer par me gaver de médicaments et de cortisone pendant cinq jours pour booster ma production de globules blancs. Puis le jour de la collecte on va m'installer une sorte de circuit dans mes veines pour détourner mon sang vers une machine qui filtrera d'abord mes globules blancs, puis me remettra mon sang dans mon organisme par la suite. Ca devrait durer trois heures. Après ça, je ne dois pas m'attendre à me sentir en forme. 
Alors bon, déjà ça, j'ai envie de dire, ce ne faisait pas du tout partie du deal original.
Puis il y a mes amis qui font partie de la profession médicale. Quand je leur explique mon projet héroïque, au lieu de m'encourager dans cette direction, c'est soit, "non mais tu es sûre de ce que tu veux faire là, Bibil? Parce que ces machines c'est quand même beaucoup plus risqué qu'une seringue, les risques que tu te choppes un truc qui traine sont beaucoup plus grands." Ou alors, "il faut faire attention à la coagulation de ton sang après, il va falloir quelques temps avant que cela ne se remette en place, si jamais il t'arrive quelque chose... C'est quel médicament qu'on te donne au juste? Parce que je ne les recommanderais pas tous." Ou encore, "dis Bibil, c'est bien joli tout ça, mais tu sais que la cortisone, ça fait quand même bien grossir?"
Et enfin il y a ma soeur, qui est O+ elle aussi, et qui rigole bien. "Non mais déjà que moi je n'étais pas très chaude, alors bon, toi, tu vas tomber dans les pommes avant qu'on n'ait pu faire quoi que soit".
Autant vous dire qu'à ce stade j'avais sérieusement la pétoche, je m'avançais vers l'abattoir, ça allait être une véritable boucherie.
Enfin, la première étape de tout ce long processus, c'était quand même le test de compatibilité à la Croix Rouge. Qui s'est passé plus ou moins comme ceci.
Docteur: "Est-ce que vous êtes enceinte?"
Moi: "Heu, non."
Docteur: "Est-ce que vous êtes atteinte d'une maladie vénérienne?"
Moi: "Heu, non."
Docteur: "Est-ce que vous avez résidé au Royaume-Uni ou en Irlande entre 1989 et 1996?"
Moi: "Heu, non".
Docteur: "Est-ce que vous êtes allée dans un pays tropical dans les six derniers mois?"
Moi: "Heu, non."
Docteur: "Est-ce que..."
Moi: "Ah si, attendez! Je suis allée au Mexique en août. C'est un pays tropical, ça?"
Docteur: "Heu, oui."
Moi: "Ah."
Docteur: "Ben voilà. Désolée, on va contacter un autre donneur."
Ahlala. Je me suis montée la tête, préparée psychologiquement, j'avais même sélectionné le livre que j'allais prétendre lire comme si de rien n'était alors que j'étais en train de me faire dépecer le bras ("Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire" de Jonas Jonasson). Et tout ça pour un gigantesque flop. Par contre je ne vous décris pas le sentiment de soulagement quand je suis retournée dans ma voiture après, je vous jure que je ne parvenais pas à comprendre ma chance, j'avais l'impression d'avoir été rescapée d'une catastrophe nucléaire, au moins. C'est que cela devait être un message de l'au-delà, ça aussi.
Ne croyez pas que j'abandonne si facilement, ceci dit. J'ai bien l'intention de récidiver. Mais la prochaine fois que mon esprit chevaleresque me dira d'aller sauver une vie, je pense que je commencerai par un don de sang classique, pas trop trash, hein. 
Et j'irai choisir un endroit discret où on me donnera un jus d'orange et un cookie après.
Parce que bon, huit étudiants à la chaine qui tiennent le coup et leur assistante qui tombe dans les pommes, ça le fait moyen quand même...

Tuesday, October 02, 2012

Et voilà, l'Année de l'Enfer a officiellement commencé

Hier, 1er octobre 2012, a marqué la date officielle de ma dernière année de financement, ce qui veut dire que dans un an, jour pour jour, les vivres me seront officiellement coupées. Cela marquait aussi, sur papier du moins, le jour où j'aurais dû commencer la rédaction de la thèse, afin de pouvoir la défendre dans le cadre de l'année académique 2012-2013 (oui). A la place je me retrouve avec plein d'entretiens non retranscrits, pas de budget pour engager des esclaves étudiants, et encore tout à coder dans NVivo. Bref. Hier marquait la date officielle du début de l'Année de l'Enfer. 
Pour l'instant ça va, je ne suis pas encore au stade critique du "je-pleure-dans-le-couloir". J'ai juste eu un énorme coup de stress quand j'ai dû retourner à Paris pour terminer de consulter les archives. Mon corps s'en est rappelé avant mon esprit d'ailleurs, parce que qu'est-ce que je me sentais mal rien qu'en faisant mes valises! Et quand j'ai débarqué sur place tout m'est revenu d'un coup: la fatigue, le stress, la pression, la mentalité parisienne, et juste à quel point cette ville est désagréable et prétentieuse, avec ses beaux bâtiments et la misère sur ses trottoirs. 
Mais bon, Paris c'est fini, d'ailleurs mes terrains sont (presque) finis, et c'est avec grande fierté que j'ai apporté les résultats de ma collecte de données à mon comité d'accompagnement, se réunissant (en théorie) pour la dernière fois hier, afin de me donner le feu vert officiel pour la rédaction (haha). Le moins qu'on puisse dire c'est que malgré tous mes problèmes de stress sur mes terrains, j'ai été hyper efficace, tant dans mes entretiens que dans mes dérogations d'accès aux archives que dans l'obtention de documents totalement officieux... Aaaah, le plaisir d'avoir dû retrouver tous ces noms d'anciens responsables qui de toutes façons ne travaillent plus sur le sujet, et ces sous-départements de sous-ministères qui de toutes façons n'existent plus non plus. Enfin ça c'est derrière moi, c'est fini, stocké sur ma dropbox et sur quelques centaines de disques durs externes répartis selon une géographie aléatoire pour être bien certaine de ne rien perdre.
A part ça, le dernier (?) comité d'accompagnement s'est bien passé, j'ai présenté ma problématique et mon plan de thèse, et j'ai obtenu comme commentaires qu'on avait l'impression que j'étais en train de défendre une thèse que j'avais déjà écrite, malgré quelques lacunes dans mon cadre analytique (à savoir le chapitre théorique, surnommé Chapitre de l'Enfer, vous en entendrez encore parler). Et là je dois vous faire deux aveux.
1. J'ai l'air stressée comme ça mais en fait je suis quand même assez impatiente de commencer la rédaction. J'ai tellement de trucs à dire, vous ne vous imaginez pas les centaines de pages que je pourrais remplir. Pas plus de 400 a supplié mon promoteur. (Il avait l'air inquiet quand j'ai essayé de négocier 600).
2. Mais si j'ai l'air stressée c'est qu'en fait je suis stressée. (Vous suivez?) S'il vous est souvenance de ce post où je vous exposais qu'à Paris j'avais fait quelques grosses crises de panique et que j'avais un niveau d'anxiété quand même bien élevé... Et bien l'affaire ne s'en est pas arrêtée là. Je m'attendais à ce qu'à Berlin cela aille mieux, puisqu'il ne s'agissait plus de Paris, et que c'était Paris qui me stressait (logique). Mais en fait la vraie raison de mon anxiété n'était pas juste d'être dans la mauvaise ville, c'était d'être à l'étranger tout court, à devoir m'habituer à courte échéance à plein de nouveaux trucs, et avec une pression de temps énorme pour récolter toutes mes infos en un minimum de temps. J'étais clairement en surmenage à Paris, et à Berlin je suis passée au niveau supérieur, le genre de niveau pour lequel on va chez un docteur. Outre les aspects psychologiques de ce stress, il faut dire que j'avais une série de symptômes physiques qui traduisaient ce malaise. Anxiété constante ponctuée de crises d'angoisse, obsession sur une vision pessimiste de l'avenir, prise de poids rapide, gros problèmes dermatologiques, problèmes de tension, problèmes musculaires, problèmes hormonaux... Avec le recul, c'est fou comme je me sentais mal, mais aussi comme cela me semblait être normal, juste faire partie de la vie. Le fait de rentrer en Belgique a retiré ma principale source de stress, et je vais beaucoup mieux maintenant, il est vrai après beaucoup de cortisone, vitamines, substances homéopathiques douteuses, bilans complets de santé et autres joyeusetés.
Il reste cependant quelques facteurs qui potentiellement pourraient me faire retomber dans mes anciens travers. Je nomme par exemple l'Année de l'Enfer, ou l'approche de mes trente ans (l'Anniversaire de l'Enfer), ou encore tous ces bébés qui ont débarqué de nulle part et qui semblent être la dernière tendance en matière de couple - le couple étant lui-même une tendance d'il y a quelques années que je dois encore rattraper. Je reste malgré tout très fatiguée, mon humeur est volatile, un rien peut m'atteindre. Par exemple, il m'arrive encore de faire la crise d'angoisse occasionnelle en observant une personne âgée manger seule au restaurant, ou quand je ne trouve pas de place de parking.
Bref, quand je vous dis que je suis stressée, et que vous vous dites mentalement que j'ai beau dos de dire ça, que le doctorat c'est la glande, et attendez que je fasse un vrai métier pour voir ce que c'est le stress, révisez votre jugement. La thèse c'est un peu le bout quand même. 
Surtout quand on fait régime en même temps.
Mais ça, c'est le sujet d'un nouveau post. (Création d'une aura de mystère - un nouveau post? Mais quand?) (Mais je m'en voudrais, en même temps, d'augmenter votre anxiété par ce suspense insoutenable).

Monday, July 30, 2012

Berlin, c'est la fin...

Et voilà, Berlin, c'est la fin! A l'heure actuelle je devrais etre dans l'avion du retour, avec Sophie et Rodolphe qui portent mes bagages, et espérons que cette fois-ci je ne me sois pas trompée d'aéroport!
Berlin, c'était bien, c'était fin, cela se mangeait sans faim... (pfu dites il y a plein de choses qui riment avec Berlin!). C'était vraiment une ville hautement sympathique, agréable à vivre, avec un bon esprit et pas bling bling pour un sou. J'étais là aussi à une bonne période, avec la coupe d'Europe et le retour de l'été berlinois (apparemment pourri cette année, même si je pense que c'est une insulte à la Belgique que de dire des choses pareilles, qu'ils aillent faire un tour à Bruxelles pour voir ce qu'est un vrai été pourri). Mon seul regret aura été de ne pas maitriser suffisamment la langue, ce qui ne m'a pas permis de me fondre dans la masse, et m'a sans doute fait passer à coté de belles choses. Mais d'un autre coté j'ai vécu à fond l'expérience d'expat, et je suis restée suffisamment longtemps que pour être ecoeurée de la pils et de la nourriture allemande! (Ce qui est toujours signe d'un séjour réussi - c'est un peu la même chose que quand on est écoeuré par les barbecues au bout d'une semaine trop estivale).
Je suis triste de partir mais en même temps, je vous avoue que je suis aussi très heureuse de revenir! Cela fait un an et demi que je voyage, et ce système de trois mois par pays, s'il semblait etre idéal au début, s'est en fait avéré être très angoissant sur la fin. Quoiqu'on en dise il y a toujours un stress initial à arriver dans un nouveau pays: trouver un logement, déménager, se faire à son nouveau domicile, à son nouveau lieu de travail, à ses nouveaux collègues, à une nouvelle langue, se faire des amis... Pendant les premières semaines, en fait, on ne fait que travailler à se faire une place! Et puis une fois que c'est fait, et bien, il faut déjà repartir. Les amis qu'on a laissés traitent ton départ comme quelque chose de temporaire, et continuent à t'inviter à tous des trucs cools, et tu as envie de retourner les voir, mais en même temps tu es déjà en train de recommencer le processus d'adaptation ailleurs... Et pour la buffer zone de trois mois en Belgique entre chaque terrain, c'est globalement pareil: on n'a même pas le temps de reprendre ses marques qu'on est déjà reparti. C'est très frustrant! Trois mois c'est trop court pour être un long séjour, et trop long pour être un court séjour.
A présent je contemple la perspective d'une année entière en Belgique comme un luxe absolu... Je suis contente de retrouver un peu de stabilité, de ne plus être sur une deadline de départ, de pouvoir investir dans des amitiés et dans des activités étendues dans le temps... Et surtout de savoir où j'habite. C'est ça qui était le plus usant je pense, c'était de ne pas pouvoir trouver une réponse franche quand on me demandait, "et en fait, heu, tu habites où?"
J'ai d'ailleurs plein de projets pour le mois de septembre. D'abord, je vais commencer par retrouver ma famille, mes amis, mes lieux familiers, Danio, mon lit, ma garde-robe, ma machine à coudre, ma collection de livres de Jamie, et mon Delhaize local. Je pourrai appeler et envoyer des sms à un tarif local. Je pourrai recommencer mes cours d'écriture créative, planifier des cours de sport (yoga anyone?), lancer des diners à thème, me recréer une routine, rattraper mes projets de couture et de scrapbooking laissés en plan depuis avril 2011. Et aussi faire un bon régime: j'accuse à présent dix kilos de plus qu'au début de ma thèse. Ils sont venus insidieusement sous le titre de "découverte de la gastronomie locale", ou au contraire de "rhaaa un steak frites belge ça fait si longtemps". Mais surtout à cause du stress. 23 août, rendez-vous chez une diététicienne, c'est annoncé.
Mais tout cela c'est pour plus tard. En attendant, je vous annonce que je pars en vacances, et que le Bibilblog aussi! Le programme bloggeste de ce mois d'août sera donc: 1. bien entendu la série de l'été "La Vie des Autres" tous les mercredis, 2. des posts programmés et photos de frère en hot dog, et 3. des guests posts! Vous allez vite remarquer que quelques lecteurs privilégiés vont avoir accès à mon blog jusque fin septembre et qu'ils pourront en faire ce que bon leur semble. Pendant ce temps je serai à l'autre bout du monde en train de me dorer les orteils (sortis de leurs birkenstocks) sur une plage de sable fin, m'abritant du soleil trop brutal sous un sombrero mexicain avec un cocktail plein de tequila et de mangue fraiche!
(Puis aussi de terminer un document intitulé "plan de thèse", et des retranscriptions d'entretiens)
Bonne vacances les amis!

Thursday, May 17, 2012

Berlin, la suite


Cela fait deux semaines que je suis là, et globalement je dirais que ça se passe bien. Je me rends compte à quel point j'appréhendais ce terrain avant de venir ici: à cause de la différence de langue, de la sensibilité de mon sujet de thèse en Allemagne, de la perspective d'une fois encore me retrouver seule dans un pays étranger, de ceci ou de cela... Je suis réellement surprise de voir que cela ne m'empêche pas de me plaire ici!
En fait, je me rends compte que je me préparais mentalement à ce que ce terrain-ci ressemble à celui de Paris. A chaque fois que je me posais des questions sur ce que j'allais trouver en Allemagne, tout se rapportait à cela, "pourvu que ce ne soit pas comme Paris". Et c'est là que je me rends compte à quel point ce terrain parisien m'avait sapé le moral, et à quel point j'avais pris l'habitude de voir ce qui m'attendait d'un oeil négatif.
Ce n'étaient pas tant les gens, pourtant. J'ai quelques bons amis à Paris et j'ai passé de bons moments avec eux. Mes collègues, une fois un douloureux moment d'auto-introduction passé, se sont avérés être très sympas. Mes colocs étaient cools, mon logement était bien, mon environnement de travail était favorable, bref il n'y avait pas de raison rationnelle pour que cela se passe mal.
Mais j'étais constamment stressée. Je n'ai eu aucun résultat pendant près de deux mois, apprenant à mes dépends qu'il ne fallait pas essayer de contacter un ministère français à l'approche de Noël ("à l'approche" signifie de début novembre à début janvier). J'ai donc du cavaler pour tout récolter pendant le mois de janvier, j'avais entre deux et trois entretiens par jour tous les jours; puis évidemment comme je n'en avais jamais terminé, j'ai continué les aller-retours Bruxelles-Paris jusque fin avril. La pression temporelle était énorme.
Puis il y avait la ville, l'hiver, le rythme de vie, l'ambiance. Jamais hors du bureau avant 20h30. Les gens désagréables partout. La météo. Le gris omniprésent. J'avais toujours l'impression de faire un pas de travers. Le manque d'infrastructures pour les doctorants. Aucune cohésion de groupe parmi eux. Le prix de la vie horriblement cher, pour le seul terrain où je n'ai pas obtenu de bourse. Toutes les étapes me semblaient extraordinairement difficiles, et je me sentais extraordinairement seule. Et mis à part mes amis, tout le monde me semblait extraordinairement malheureux.
Tout cela est très paradoxal évidemment, puisqu'en termes objectifs mon terrain a été un succès incroyable. 41 entretiens, des propositions de conférence, l'accès à des archives confidentielles, je pense que j'ai du atteindre une sorte de record. Mais moralement parlant, quelle catastrophe!
Dès décembre j'ai commencé à avoir des crises d'angoisses, ce qui était une nouveauté pour moi. Elles étaient d'abord sporadiques et toujours déclenchées par quelque chose. J'avais alors des idées très noires, très très noires; des idées qui impliquaient généralement de me projeter à 40 ans et de constater à quel point le pire était encore à venir. De me demander qui parmi mes proches et amis seraient les premiers à vieillir, tomber malades, décéder, perdre des parents, des enfants; et si moi-même je serais encore là pour le voir, ce qui de toutes façons me semblait plus enviable que de finir seule, prématurément vieille et à la carrière gâchée. D'une certaine façon je m'étais auto-persuadée qu'à partir de ce moment la situation ne pouvait que s'empirer, mon corps se dégrader, et que le futur ne me prévoyait que des épreuves. 
A partir de janvier les crises d'angoisses sont devenues fréquentes, tous les deux jours, tous les jours, plusieurs fois par jour, parfois en public. Il ne fallait plus rien pour les déclencher, j'étais tellement stressée en permanence que ce n'était plus nécessaire; et ces crises étaient tellement horribles que je commençais à angoisser à l'idée d'avoir des crises d'angoisse, c'est vous dire le cercle vicieux. Mais je me disais, je n'ai que quelques mois à tenir, après tout ira mieux.
Sauf qu'une fois rentrée en Belgique, ce n'est pas allé mieux. C'était peut-être le fait de tout-le-temps devoir retourner à Paris et de ne jamais pouvoir laisser ce terrain derrière moi; c'était peut-être de devoir en plus déménager et m'occuper de 10 000 autres choses pour lesquelles je n'avais pas de temps; ou alors, c'était peut-être juste la météo. J'étais épuisée. Les activités que j'aimais faire auparavant me semblaient vides de sens. Plus rien ne m'enthousiasmait. Je regardais la situation de haut et je me disais, "c'est ça ma vie? Et bien, c'est drôlement chiant". Et je continuais à avoir des crises d'angoisses. Je ne rentrais plus dans mes vêtements, contrôler ma nourriture était un effort que je ne parvenais plus à faire. Et devoir terminer, terminer à tout prix ce terrain parisien qui n'en finissait plus de ne pas se finir. Pas étonnant que j'avais assez peur de ce que me réservait Berlin.
Puis j'ai déménagé ici, en Allemagne, et je suis étonnée de voir que non, ce n'est pas horrible, le futur ne me réservait pas que le pire après tout. Mon poids est de nouveau stable. Je n'ai plus d'idées sombres. J'ai encore de temps en temps quelques moments d'anxiété, mais qui n'ont plus rien à voir avec ceux de Paris. Je parviens à prendre du recul et à me dire que cette période-là, cette période à Paris, ce n'était pas normal. Pas dans le sens clinique du terme, mais néanmoins quelque chose qui ne devrait pas avoir fait partie de mon quotidien.
Quand j'en parlais autour de moi, j'étais surprise de constater que j'étais loin d'être la seule dans mon cas; en fait, c'était bien à cela qu'on essayait de me préparer quand on me disait, "tu sais la thèse c'est pas juste un grand mémoire."Et me reviennent en tête mes collègues en fin de thèse qui semblaient être également en fin de vie: celles qui pleuraient dans les couloirs, celles qui perdaient 10 kilos, celles dont la vie sentimentale se détruisait sous la pression... Mais aussi certaines de mes amies, dont la vie a pourtant l'air si simple et si bien tracée, qui m'ont avouée être passée par là elles aussi. Chacun réagit différemment au stress, je dirais que dans mon cas je me suis projetée 10 ans en avant pour ne pas devoir me poser la vraie question, la seule, l'unique: et après la thèse, il se passe quoi?
Mais c'est vrai ça, après la thèse, il se passe quoi, hein?
A priori, je pourrais tout aussi bien continuer la thèse jusqu'à mes 40 ans. Et voilà! Problème résolu. Comme quoi il y a une solution à tout.
Et en attendant je vais aller me chercher une boule de Berlin.

Sunday, May 06, 2012

Bon, et qu'est-ce que j'ai fait pendant ces deux dernières semaines?

Facile.
1. J'ai fait une dépendaison de crémaillère.
Big extension de table!
Les derniers jours de ma colocation étant dangereusement proches, j'ai fait ce qui se fait généralement dans de telles circonstances: j'ai mis tous les habitués des lieux autour d'une table pour une dernière cène. Parce que j'aime faire ça, j'ai fait des burgers.
Burger 1
Avec plein de trucs à mettre dedans. Comme par exemple, ketchup, mayonnaise, tomates, salade, fromage.
Burger 2
Mais aussi guacamole, fourme d'ambert, oignons rouges, cornichons.
 Burger 4
Enfin bref, mmmmh quoi.
Burger 3
Et en dessert, le fameux traïfeul
Le trifle
Pendant que certains ont même fait la vaisselle.
 La vaisselle
On aurait pu croire que cela aurait été un peu nostalgique, mais en fait j'étais juste contente de pouvoir faire un dernier bon grand diner comme j'en avais tellement donnés avant, et cela ne me semblait pas du tout comme étant le dernier!
Bref. Après cela, ça a été beaucoup moins drôle. Parce que
2. Il a fallu déménager.
Déménagement
(Et ça ce sont juste les caisses dans lesquelles j'ai mis mes livres - livres de cuisine inclus - que je ne vais pas lire pendant l'année à venir).
Ca m'a pris mais juste des plombes, à tel point que je me suis retrouvée au milieu de tous ces trucs étalés partout, complètement découragée, et que ça m'a tellement fait penser à ma thèse que ça m'a découragée encore plus. Puis j'ai commencé à me brainstormer avec les slogans du "ne pense pas à la fin, avance pas par pas et ça ira" ou "tu te débrouilles bien, continue, tu te débrouilles bien" qu'on se repasse en boucle quand le doctorat est super dur, ou bien pendant les 20km de Bruxelles quand on peine à arriver au km7. Enfin bon, des petites phrases toutes faites pour se persuader qu'on n'est pas du tout au bout du roll, alors qu'il faut le dire, j'étais tellement fatiguée de terminer mon terrain Paris/préparer mon terrain Berlin/préparer des interviews à Bonn/déménager/mentalement me faire à l'idée que je retournais vivre chez mes parents/trouver un sens à ma vie qu'en fait, oui, j'étais totalement au bout du roll.
Enfin, quoi de mieux que de combattre un agenda très chargé en y ajoutant des trucs pour le charger encore davantage, et donc, le lendemain,
3. Je courais les 10 Miles d'Anvers.
Antwerp 10 miles
Ce que je n'ai absolument pas regretté, même si au final Maman s'est portée volontaire pour me conduire à Anvers parce qu'elle a vu que le roll était au bout et que je ne pouvais pas possiblement m'y amener moi-même, ce dont je la remercie sinon je n'y serais pas parvenue. C'était la première course où je n'essayais pas de faire un score toute seule de mon côté mais juste de profiter de la course en bonne compagnie, et au final, c'était totalement parfait.

Puis, j'ai pris une douche, je me suis hâtée vers la gare d'Anvers, pour
4. Me diriger vers Paris.
Ben oui, on fait ce qu'on peut avec le temps qu'on a, et je devais absolument finir ce terrain, alors j'ai travaillé au finish. (Pas tout à fait. J'y retourne en août) (Puis je retourne sur mon terrain Londres) (mais ne nous désespérons pas. Avançons pas à pas sans penser à la fin) (car penser à la fin impliquerait penser à l'après-thèse, et on n'a pas vraiment envie de commencer là-dedans).
Bref. Une fois à Paris, j'ai converti - oui! converti! - Gabrielle au point de croix.
Le point de croix de Gabrielle
Mais j'ai trouvé un point faible dans ma possession d'un livre de patrons pour faire Beatrix Potter au point de croix.
Ci-dessous, je vous retransmets avec émotion ses premiers débuts. A vous de deviner ce que c'est. (Indice: Gabrielle pourrait bien être en train de vous montrer le patron sur la photo précédente).
Le point de croix de Gabrielle
Bref. Parce que moi aussi j'ai mes petites faiblesses, j'ai refait des burgers.
Burger!
Ou plus précisément, j'ai forcé Sophie à nous recevoir chez elle pour que je puisse cuisiner des burgers.
Burger!
Ce qui avait été plus ou moins mon attitude pendant tout mon terrain à Paris cet hiver, une manière de trouver un juste équilibre entre mon besoin de compenser le fait de ne pas avoir de cuisine et l'envie des gens de pouvoir recevoir chez eux sans devoir cuisiner.
Et puis, devinez qui j'ai revu!
Kanako et Kiara
Exactement, Laurent, Kanako, et leur petite Kiara (oui bon Laurent était behind the screen), qui étaient venus faire un tour en Europe pour présenter leur fille à la famille. Je ne les avais pas vus depuis 2008, mais quatre ans ont passé et au final c'est comme si on ne s'était pas vus depuis le mois d'avant! C'est là que je vois que facebook est assez balèze pour garder en contact les gens qui ne veulent pas perdre contact...
Et hop! J'en ai profité pour revoir Noor, qui avait fait le trajet depuis Beirut pour l'occasion.
Kanako, Kiara, Noor et moi
Je regrette de ne pas avoir pu rester plus longtemps, un moment donné j'ai dû leur fausser compagnie pour retourner bosser, la thèse, le finish, le bout du roll, tout ça.
Et puis après tout ça je suis retournée à Bruxelles pour, hop hop hop,
5. Le mariage d'Alexia et Robert-Guy
Wedding
(Où ils ont servi une espèce de scandale de carpaccio de saumon - huile de truffe, je m'en souviendrai toute ma vie tellement c'était bon).
Et pour conclure ce beau weekend en beauté,
6. Les 30 ans d'Emilie.
Oh! Un gâteau.
Oh! Un gâteau.
Oh! Un gâteau.
Oui, je sais, ça fait beaucoup de photos du même gâteau, mais que voulez-vous. 0,3% des Français me diront que c'est un Martien qui m'y a obligée.
***
Prenons une pause, voulez-vous, et remarquons le relatif retour du beau temps en Belgique et la floraison des cerisiers du Japon...
Cerisiers du Japon
Mais au final qu'est-ce que ça me fait, puisque le lendemain,
7. J'étais à Bonn.
Ben oui, parce que bon, les ministères allemands ne sont pas encore totalement à Berlin, et que ces interviews étaient essentielles pour que je puisse aller à Berlin, et devaient être faites avant Berlin, enfin vous suivez.
2h30 le trajet aller, en voiture parce que le vrai fun est que tout n'était pas accessible en transports en commun. J'ai mangé des sandwiches au gouda rapidement dans ma voiture, pour me rendre compte que mon interlocuteur m'attendait devant un repas (oooh my God on me donne à manger!), ce qui fait qu'au final l'interview a duré près de 3h si on oublie les pauses "il faut absolument que vous goutiez ce apfelschorle" et les discursives comme quoi Bonn et Berlin il n'y a même pas de comparaison possible. At some point je me suis paralysée sur place en entendant un vrombissement particulier juste derrière moi pour voir LE PLUS GROS FRELON DE L'HISTOIRE entrer dans la pièce, je ne vous dis pas la panique, j'ai tenté de garder ma contenance jusqu'à ce qu'il vienne me TOURNER AUTOUR DU VISAGE et là mon interlocuteur a pu voir que je n'étais pas à mon meilleur niveau d'aisance et a chassé la bête. J'en ai encore des frissons dans le dos. Tout ça est bien entendu on tape et ouvert à se faire retranscrire pour qui veut le faire gratuitement. (Ce sera probablement moi de toutes façons).
Et puis chez mon second interlocuteur, qui habitait la campagne profonde (d'où l'image ci-dessus), très bonne et très longue interview, et lui aussi m'a nourrie mais après l'entretien, voyant que j'allais prendre la route à une heure relativement avancée. J'ai mangé de la Leberwurst, et ma vie ne sera plus jamais la même.
Retour en Belgique. Heureusement, Sophie (l'autre) m'a gardée éveillée pendant une bonne partie du trajet, c'est-à-dire la partie où j'étais de nouveau sur téléphonie mobile belge.
Et le lendemain, je ne vous dis pas la grasse mat de ma vie... Ah ben non tiens, le lendemain j'étais à Berlin.
Et j'y suis encore.
Pour un petit temps.
Mais ça c'est l'objet d'un autre post.

Monday, April 02, 2012

J'ai 29 ans - part 1

Il y a dans ce titre deux choses qui devraient potentiellement vous faire peur: la première est que j'ai 29 ans, et la seconde est que j'ai de toute évidence décidé de faire plusieurs posts sur ce thème. Oui, plusieurs posts, mais détail que tout cela et commençons par le commencement, voulez-vous.
La date que vous cherchez est le 21 mars, date qui avait traditionnellement été associée au début du printemps, mais apparemment il semblerait que cela ne soit plus le cas. A la place, au lieu de se dire, "bon printemps", on se dit, "et une bien joyeuse journée contre la discrimination raciale". Enfin, on pourra toujours me souhaiter un joyeux anniversaire, c'est toujours ça.
Le 21 mars, donc, était en réalité une journée un peu atypique, parce que 1. j'étais à Paris, et 2. il faisait super beau.
J'ai commencé ma journée en allant faire un entretien à la Défense:
La Défense
La Défense
Puis j'ai enchaîné avec un entretien à côté des Champs Elysées:
Oh! beau cadeau d'anniversaire que cela
Tout benef.
Sur le chemin du retour vers l'appartement de Gab et Antoine (dont j'abusais une fois de plus de l'hospitalité) (merci à eux), je suis tombée sur un magasin de tissus qui rentrait sa collection printanière. La vendeuse était en train de mettre ses nouveaux tissus sur l'étal quand je suis passée devant. C'était un signe. Je peux positivement affirmer que j'étais la première personne à Paris faisant acquisition de ces petites merveilles.
Petit cadeau de moi à moi, anniversaire 29 ans
Comme quoi, dans les magasins, le printemps commence quand même le 21 mars et c'est tout.
Ensuite, je me suis fais un goûter digne de ce nom:
Fruits à poêler Picard
Et, non contente de squatter comme un vieux parasite le canapé-lit de Gab et Antoine, je les ai aussi forcés à m'organiser une petite fête d'anniversaire... Eux disent qu'ils ont fait ça de leur propre initiative, mais je ne les crois pas. C'était une bonne surprise, car Antoine est allé fouiller tous les emails collectifs que j'ai envoyés pendant mon séjour à Paris et a invité tous les gens qui se trouvaient dedans, qu'il les connaisse ou non. Nous sommes allés au Fuxia et j'ai eu un de ces tiramisu... Cath, je suis au regret de te dire que tu as de la concurrence.
Anniversaire 29 ans Paris
Et j'ai reçu un livre de recettes Picard! Ce à quoi j'ai répondu avec tristesse que malheureusement Picard c'était en France et que c'était assez difficile de conserver la chaîne du froid pendant tout le trajet jusqu'en Belgique (j'y ai déjà sérieusement réfléchi). Puis on m'a informée (tenez-vous bien) que Picard LIVRAIT EN BELGIQUE!!!!!! (C'est fou!) A mon retour de Berlin je fais une commande groupée, réfléchissez donc à ce qui vous ferait plaisir entre temps.   
***
Bon, sinon, à part ça, 29 ans.
C'est pas le bout, parce que techniquement, ce n'est pas encore 30 ans, et puis finalement 30 ans n'est pas 40 ans et ainsi de suite. Mais enfin, 29 ans, mine de rien, c'est différent de 28, de 27, et à priori encore plus de 25 ou de 20 ans. Il y a des choses qui ont changé au fil des années.
Il y a d'abord l'aspect physique de la question. Prenons le rythme de vie par exemple: maintenant, une sortie jusqu'à 3 heures du matin, ça ne pardonne plus, non seulement le lendemain, mais aussi le surlendemain, et encore pire les jours qui suivent (entrer ici un nombre peu avouables de jours pendant lesquels on se jure de ne plus jamais jamais jamais sortir de sa vie). Avoir une activité sociale tous les soirs n'est devenu possible que si on me laisse dormir le samedi matin jusque midi. Ou qu'on me laisse, à défaut de mieux, faire une sieste pendant le weekend. Sans quoi il faut que j'annule une de mes activités (souvent mes cours d'allemand, curieusement) pour pouvoir "récupérer". C'est fou le temps qu'on perd à récupérer, alors qu'avant, on faisait des tas de choses. C'est peut-être pour ça qu'on a l'impression que les années d'unif ont duré une éternité, alors que celles qui ont suivi ont passé en un clin d'oeil.
L'approche de la trentaine, c'est aussi une accumulations de petites déchéances physiques qui font suspecter le montant du poste "Photoshop" quand on voit Madonna se trémousser en mini-short sur son nouveau clip. Le corps change, non seulement de forme (bon déjà ça c'est pas top), mais aussi de texture et de structure. Les muscles s'affaissent, la peau se détend, la pilosité devient difficile, la cellulite se propage, et là où notre teint avait toujours été uniforme et lisse, apparaissent d’insidieuses petites taches plurichromes. On commence à comprendre pourquoi toutes nos tantes portent des vêtements amples et des maillots de bain une pièce, ont des cheveux courts et refusent toujours de manger les oeufs au chocolat à Pâques. L'approche de la trentaine, c'est aussi la découverte de multiples façons de faire jouer les bretelles de son soutien-gorge. C'est se demander à quel point on se ferait du mal si on comparait la taille des vêtements qu'on a acheté pendant les soldes à ceux qu'on avait acquis la saison précédente. C'est regarder avec circonspection la culotte ultra-gainante que portait sans complexe la génération de nos grand-mères.
Bref, au final, le physique finit par nous rattraper, et il devient plus facile de ne plus faire d'excès que de se dire qu'on va rattraper ledit excès plus tard. On va dormir tôt, on mange moins (enfin les autres mangent mois), on sort moins, on met des crèmes et on fait attention à notre niveau de stress. On sort des phrases comme "rho dis le blocus je ne pourrais plus", ou "rho dis les 20km de Bruxelles ça devient plus difficile chaque année", ou "rho dis je devrais jeter ce jeans, ça fait au moins 5 ans que je ne rentre plus dedans", ou "rho dis tu as vu ça il est déjà 22h30... On va rentrer, hein."
Et puis au delà de la dimension physique, il y a aussi l'aspect psychologique, à savoir le dictat social qui veut qu'à trente ans tu dois avoir accompli tous tes objectifs de vie. Alors bon, à 29 ans il faut quand même se dépêcher, parce que c'est pas comme si c'était pas l'année prochaine, hein. J'ai pu leurrer le monde entier pendant quelques mois en devenant propriétaire, mais est ensuite arrivé mon anniversaire, et avec lui le constat qu'il y a sommes toutes fort peu de chances que d'ici mes trente ans, j'aie terminé ma thèse, écrit un livre de fiction, trouvé un plan d'avenir stable ou fondé une famille; et ce n'est pas en changeant de pays tous les trois mois que cela va vraiment évoluer.
Et puis, l'approche de la trentaine, c'est aussi l'approche d'un âge où il faut sérieusement commencer à faire attention à sa santé. C'est peut-être ça que je trouve le plus dur, c'est de savoir que d'ici un an, la cause principale de mortalité parmi les personnes nées en 1983 ne sera plus l'occasionnelle conduite en état d'ébriété, qui fait à chaque fois monter les statistiques de quelque chose qui ne devrait pas arriver aux 20-30 ans. L'année prochaine, on entre tous officiellement dans la tranche d'âge à risques de cancers et maladies cardiaques. 30 ans, c'est l'âge ou le docteur commence à nous prendre au sérieux quand on dit qu'on a mal au ventre ou qu'on est essoufflé quand on monte les marches.
Enfin, il parait qu'une fois passé le cap fatidique ça va mieux, et qu'on arrête de voir la vie comme une ligne droite dont la seule direction est inexorablement celle de nous rapprocher de la vieillesse. Passé trente ans, il parait qu'on peut commencer à dire, "l'âge en fait c'est juste un chiffre". Mais tout cela je propose de le laisser à 2013.
Évidemment, ça n'aidera pas de voir que ceux qui commenceront une thèse de doctorat en 2013 seront pour la plupart nés en 1990. Mais c'est une autre question.

Thursday, March 08, 2012

C'est la journée de la femme

Et, coïncidence ultime, derrière ce pseudonyme un brin masculin, je suis une femme (au cas où certains d'entre vous en douteraient) (on ne sait jamais, hein). Un peu comme si je m'étais appelée Fête Nat un 21 juillet, depuis le début de la journée on me dit que c'est mon jour, et cela mène forcément à quelques réflexions.
1. Dans la vie, il y a des dates auxquelles il vaut mieux ne pas naître. Et je donne à parier que quelque part dans le monde, il y a un pauvre bébé qui s'est appellé "Femme" pour être né(e) un 8 mars. Ce serait encore plus le bad s'il s'agissait d'un garçon.
2. Je me dis souvent, heureusement que je suis une gonzesse quand même. Si j'avais été un mec, j'aurais eu vachement du mal à assumer mes après-midi muffins, couture ou scrapbooking. Mais vachement, quoi. Et je suis bien contente que la société ne me pose pas l'oeil sévère du jugement quand je mets un pull rose ou une housse de couette mauve. Ou quand je prends un bain aux huiles essentielles avec un CD de Norah Jones. Ou quand je gagatise sur le chien en toute impunité (certains y verront même une forme certes un peu agressive d'instinct maternel). Ou quand au Delhaize je fais passer à la caisse quantité de fruits et légumes et autres laits de soja sans qu'on me regarde bizarrement. Par contre, il est vrai qu'il existe une série de situations dans lesquelles j'aurais volontiers échangé mon genre, comme:
- Quand mes colocs se font des soirées bières-pizzas à répétition et qu'ils ne grossissent JAMAIS.
- Quand l'été arrive et que la plupart des mecs se coupent les cheveux très très court pour avoir moins chaud, ce qui leur permet aussi de ne plus les coiffer/les laver sans que ça se remarque.
-Face au constat que la pilosité masculine est tout de même bien moins problématique. Parce que mine de rien, l'homme a le droit d'avoir des poils sur ses jambes, sous les aisselles, sur ses sourcils, dans le nez ET MÊME sur ses joues.
- Le matin, quand je dois mentalement faire le plan de ma journée, des gens que je vais rencontrer, du temps qu'il fait dehors, avant de choisir le type de vêtements que je porterai; pour de toutes façons les changer en rentrant du bureau parce que bon, je ne peux pas toujours planifier le matin pour le soir. Un mec, il met une chemise et un pantalon, il passe partout, tout le temps. Il n'a même pas besoin de se maquiller, le bougre.
- Le soir, quand je nettoie ma peau, que je gomme ma peau, que j'hydrate ma peau, que j'inspecte ma peau pour y déceler la moindre apparition de rides, tout cela pour tenter de vieillir avec grâce en sachant que de toutes façons tout cela est une question de génétique et que mes tentatives sont vaines; alors que le mec de base il se brosse les dents, il se met en slip et il est dans son pieux.
- Quand le moment arrive de faire des tests médicaux annuels que jamais homme ne devra subir, pour dépister des maladies que jamais homme ne connaitra ou rectifier des situations hormonales qui lui demeureront à jamais inconnues. Bon je dis ça, mais j'ai amèrement regretté le jour où j'ai demandé en toute innocence "et très concrètement, comment ça s'est passé ton dépistage du cancer de la prostate?"
- Quand un homme est célibataire et que malgré tout ça se passe bien quand il fête ses 30 ans. 
- Ou quand sa mère se retrouve à un mariage l'année où la soeur cadette s'est mariée. ("et ta fille que je vois là, dis-moi, c'est bien celle qui s'est mariée?" Ma mère: "Non, c'est celle qui fait un doctorat" (possible équivalent intellectuel du mariage?) Et son amie de répondre: "Ah... [moment de pause caractérisé par l'incapacité cérébrale à enregistrer l'information] Mais pourtant c'est bien elle l'aînée?").
- De même, on reprochera peu à un mec d'acheter un bien immobilier seul, on verra ça comme "un investissement sur le long terme". On n'ira pas lui dire que c'est imprudent d'acheter avant de se marier. Et on ne lui demandera pas s'il comptera vraiment y habiter seul.
- Mais bon. C'est quand même super louche quand un mec adule Jamie Oliver et connait par coeur les détails personnels de sa vie de famille. Ou quand il lit des livres de Sophie Kinsella. Ou quand il appelle ses amies pour regarder Grey's Anatomy, boire du thé et lui montrer ses nouvelles chaussures. Donc finalement je suis assez bien tombée je dirais.
Sur ce je vous laisse parce qu'il est temps de me changer et de me maquiller avant le diner de ce soir; à cause de ce blog je n'ai pas eu le temps de prendre un bain aux huiles essentielles de rose. C'est vous dire le sacrifice.

Friday, February 24, 2012

10 choses qui font mon bonheur quotidien...

1. Ma collection de tasses venti Starbucks.
Tasse starbucks, cupcake
2. Une après-midi couture.
Bon, ben, au moins ça a un usage.
3. Cuisiner des muffins.
4. Manger une galette des rois.
mmmmh galette des rois
5. Allez chez Gap pendant les soldes, pré-soldes, after-soldes, et soldes hors saison (tout le temps, en fait).
Gap Bond Street
6. Prendre des photos de Danio.
Danio
7. Planifier un grand projet.
La liste
8. Terminer un grand projet.
Playmat
9. Manger des sushis.
Makis
10. Quand quelqu'un se propose volontairement pour me faire des retranscriptions d'entretiens gratuites.
Le premier Pimm's de l'année!
... Non? Mais enfin dites, vous êtes vraiment difficiles, ce n'est pas comme si je ne vous avais pas présenté la chose de façon attractive pourtant!

Friday, October 07, 2011

Devinez qui c'est?

Bon, autant tuer tout de suite le suspense, c'est moi en 1983 (hein non je voulais dire 1986. Je suis née en 1986 si on me le demande.)
Cette photo me fait sourire pour plusieurs raisons.
1. Parce que j'ai déjà vu Adélaïde dormir comme ça. Il parait que le bébé recrée la position fœtale, enfin quoiqu'il en soit ça reste drôle à voir.
2. Parce que cette photo est délicieusement teintée des meilleures tendances de mode enfantine des années 80.
3. Je crois, sans certitude cependant, qu'il s'agit là d'une des premières apparitions de Pinpin dans ma vie (le machin gris sur lequel j'ai ma tête).
4. Parce que le petit pyjama en éponge, quoi. En fait ce n'est pas si compliqué que cela à réaliser. Mais more on that un autre jour...
5. Si vous voulez tout savoir, ça se passait quasi en même temps que l'introduction du Macintosh. Nostalgie pour certains au vu des chroniques nécrologiques de la semaine. Et puis, aussi, comment cela se fait-il que je me souviens très distinctement de l'arrivée du premier ordinateur dans notre famille et que cela ne s'est fait qu'au début des années 90? Alors que la technologie était depuis tout ce temps sur le marché? Hein? Dites?

Thursday, August 11, 2011

Vintage, vintage.

Et hop! Que voici une photo que j'ai retrouvée par hasard (et pas du tout en fouillant les albums photos de ma mère dans le but d'y trouver du dossier sur un certain cousin qui vient de se marier). Elle date de 1984. On y voit mon père (avec de magnifiques chaussettes) examiner un vélo avec son pote Zep. Le vélo et le pote Zep sont toujours là, presque trente ans après, d'ailleurs. On y voit aussi mon ancienne maison qui malheureusement a brûlée depuis, avec les belles roses que Maman passait des heures à entretenir, et une aquarelle de ma grand-mère dans le couloir. Et puis un tout petit machin, là, qui se balade partout (et au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, ce petit machin, c'est moi). 
Il m'a fallu un peu de temps pour sortir de cette phase adolescente de je-suis-plus-cool-que-mes-parents et de être-jeune-maintenant-ce-n'est-plus-la-même-chose-qu'être-jeune-à-leur-époque, et pour voir cette photo selon l'oeil de, ah tiens c'est marrant, que faisaient mes parents quand ils avaient mon âge? Et bien, c'est assez drôle à regarder, car 1. ils font toujours les mêmes choses maintenant (du vélo pour mon père, prendre des photos pour ma mère), et 2. il y a des choses qui sont indémodables. Mine de rien nous aussi on fait aussi du vélo le weekend (ou on court, selon), on a aussi des enfants en bas âge (enfin surtout les autres), et enfin, si d'aventure ce modèle de petite robe venait à se revendre dans les magasins... Je serais la première à me jeter dessus. (Très bon choix Maman, tiens d'ailleurs tu ne sais pas où cette robe se trouverait actuellement?)

Friday, August 05, 2011

Et sinon, la thèse, ça marche?

Avant de vous parler du fameux mariage de Charlotte et Frédé, pour lequel je vous tiens en suspense pendant une semaine, je vais d'abord vous parler de moi. Mais si, de ma personne. De un, c'est un sujet qui m'inspire, et de deux, c'est mon blog, j'ai le droit.
Petite blague à part (Diantre que je me sens d'humeur taquine), c'est surtout pour vous mettre à jour, parce qu'on me demande souvent si la thèse ça va mieux, depuis un post en avril où je me plaignais de la difficulté d'entrer en contact avec mes répondant. Je ne veux pas vous donner l'impression que ce job est absolument horrible et déprimant, hein! J'adore ma thèse, je n'y vois que des avantages. Il est vrai que chaque début de terrain est un peu difficile, mais avec du temps et de la détermination on arrive à tout...
En l’occurrence, mon terrain londonien a été un succès. Via un PV de réunion parlementaire de 2001 j'ai pu identifier un ancien chef de service qui m'a redirigé vers un responsable qui m'a redirigée vers un autre, qui s'est avérée être ze source... Puis j'ai trouvé d'autres contacts via des académiques, en lisant leurs articles puis en les rencontrant pour en discuter. Et à chaque interview que je faisais je demandais des contacts, qui ont parfois débouché vers d'autres interviews qui ont débouché sur d'autres contacts. C'est un vrai travail d'investigation, on se sent un peu comme un détective. Bon, ici, j'ai eu la chance que la majorité des anciens responsables aient accepté de me parler. Le Royaume-Uni avait le bon rôle dans toute cette histoire et personne n'était sur la défensive, c'est aussi un peu pour cela que j'avais décidé d'en faire mon premier terrain. 
L'étape suivante: la France. Je ne sais pas du tout ce que je vais y découvrir, mais qu'importe ce suspense, je pars à Paris de novembre à janvier en échange interuniversitaire avec Sciences Po. D'ailleurs, si d'aventure vous habitez à Paris et avez un canapé-lit, ou faites de fréquents aller-retour en voiture sur Bruxelles sachez que je vous aime à l'avance; mes chances d'obtenir une bourse sont jusqu'à présent assez incertaines, mais bon, en même temps au mois d'août on ne sait pas faire avancer l'administration vous allez me dire.
Bon et sinon depuis juillet et jusqu'au mois d'octobre, je suis à Bruxelles. Je n'ai plus de vacances prévues, mis à part un road trip en France à l'occasion du mariage de ma cousine. J'ai pris un nombre aberrant de kilos sans avoir forcément changé mon quotidien, et je blâme entièrement les mariages et mon séjour à Londres ayant occasionné des excès qui, ajoutés à ma gourmandise naturelle, font que je ne rentre plus dans ma garde-robe d'hiver. 
Remarquez par ailleurs la tristesse de cet aveu: garde-robe d'hiver. On va diplomatiquement dire que je ne perds pas espoir de pouvoir un jour ressortir ma garde-robe d'été en été, mais avec la météo actuelle c'est plutôt compromis.
Pour l'été prochain, je me dis qu'il faut que je fasse un grand voyage. Cela fait deux ans que je n'en ai plus fait et malgré tout, avec une semaine par ci et un long weekend par là, on ne récupère pas beaucoup... Et finalement en étant fatiguée au quotidien la productivité souffre plus que si j'étais partie une bonne fois pour toutes pendant bien longtemps. Donc si vous avez des propositions n'hésitez pas non plus, je suis preneuse!
Voilà, c'était tout pour le moment.
Ah oui, on est en plein dans la récolte des prunes chez mes parents. Vous allez me dire, des prunes, un fruit d'automne? Que voulez-vous, il n'y a plus de saisons.

Tuesday, May 17, 2011

Notes on a scandal

J'ai fini hier de lire "Notes on a Scandal" de Zoë Heller, et j'avoue que ce livre me laisse très, très perturbée. Genre, perturbée au point que cela m'est resté dans la tête toute la nuit et que j'y pense encore ce matin. L'histoire commence assez sainement par une personne âgée qui dit vouloir conter la vérité sur Sheba Hart, connue par les médias comme une professeur de secondaire ayant eu une histoire avec un de ses élèves. On apprend que la narratrice (Barbara) est une prof à la retraite ayant été la confidente de Sheba pendant les événements, et on imagine que le livre va être un point de vue sain sur une histoire en apparence malsaine. En effet, Barbara est une assez bonne narratrice, comptant minutieusement les faits, leur donnant des interprétations sensées, replaçant les faits avec exactitude dans l'espace et dans le temps. Barbara est une bonne observatrice. Une un peu trop bonne observatrice, d'ailleurs. Car au fur et à mesure des pages on se pose des questions sur Barbara, sur son amitié passionnée déguisant une vraie obsession, un besoin maladif de manipulation, et finalement on se demande qui est la personne la plus saine dans tout cela. En bref c'est un livre qui reste en tête, qui fait froid dans le dos, mais dont on ne peut plus se détacher, et cela malgré le fait que la fin nous soit révélée dès les premières pages. Car la fin nous révèle la chute de Sheba Hart, mais la vraie histoire tient dans cette maladive "amitié"...
Est-ce que quelqu'un a déjà lu le livre? Qu'est-ce que vous en avez pensé? (Sinon, même si j'ai conscience de ne pas en avoir fait une très bonne pub, je vous le recommande vivement et vous le prête si vous voulez).
PS: Apparemment il en a été fait un film, dont le trailer résume assez bien l'intrigue.

Wednesday, May 11, 2011

Ah oui, je me souviens pourquoi je n'aimais pas les débuts de terrain.

Pour tous ceux qui se posent d'énigmatiques questions à propos de toutes ces photos de muffins et autres londonneries, oui, vous l'avez deviné: je suis à Londres. J'y travaille jusque fin juin dans le cadre de mon terrain (en d'autres mots, collecte de données pour ma thèse). 
Comment ça se passe? Me diriez-vous.
Et bien, pour le moment, c'est un peu l'enfer. Un peu comme pour tout nouveau terrain, c'est percer la carapace des institutions qui est le plus difficile. J'ai connu ça pour mon terrain sur l'Union européenne, je connais ça maintenant, et le plus gai c'est que j'ai encore deux autres terrains qui m'attendent dans les 12 prochains mois. 
En bref, pour vous résumer la chose. Le mec le plus important pour ma recherche, genre celui qui était responsable de tout et connait toutes les infos, n'a pas le temps de me parler (en tous cas pas "in the foreseeable future") (ce qui veut sans doute dire jamais, soyons réalistes). Je n'arrive pas à aller plus loin que le switchboard des ministères, "si vous n'avez pas de noms on ne peut pas vous transférer", mais en même temps, "on ne peut pas vous donner de noms". D'une manière générale, mes répondants me regardent de haut, parce que je viens d'une université belge dont ils n'ont jamais entendu parler, et la Belgique ils connaissent pour le chocolat et les bières, mais pas pour la recherche. Le sujet sur lequel je fais ma thèse est bien trop sensible, parce qu'ici la libre circulation des travailleurs c'est vu comme de l'immigration, et les gens ne me font pas confiance (oui bon je ne vais pas aller contacter des tabloïds non plus). Mes coups de fils se traduisent par "envoyez un email", mes emails se traduisent par un silence absolu, enfin bref: la carapace des institutions. Personne ne veut prendre la responsabilité d'être la faille dans le système, la personne qui me donne un nom, juste un nom, quelqu'un à contacter. Donc je suis à Londres dans le but spécifique de pouvoir parler à des gens sur place, mais depuis avril je n'ai pas obtenu une seule interview, donc je pourrais tout autant être en Belgique, l'effet serait le même (et me serait moins couteux).
Et pour couronner tout ça les bibliothèques ne sont pas plus aidantes. Il y a un livre qu'il faut absolument que je consulte et qui ne se trouve dans aucune université belge. Pleine d'optimisme, je constate qu'il se trouve à la LSE, et justement la LSE dans un acte de générosité a considéré mon statut d'ancien étudiant et m'a généreusement offert une carte de bibliothèque. Ceci dit, cette carte ne me laisse accéder qu'à la zone pour visiteurs (ah quelle blague, mais où se trouve mon livre à votre avis?). Bref. La British Library l'a aussi, et donc je suis joyeusement allée faire renouveler mon ancienne carte qui avait expiré depuis. Mais comme mon adresse a changé depuis ma première inscription en 2006, et que je n'ai pas de preuve d'adresse avec moi (hein non je n'ai pas une facture de mon assurance habitation sur moi, pourquoi?), il faut que j'aille (attention ce n'est pas une blague) à l'ambassade belge pour qu'ils impriment les infos qui se trouvent sur la puce de ma carte d'identité, et la traduisent, parce que bon la différence entre "adresse" et "address" c'est trop difficile. Donc finalement ça me coutera moins cher de demander un prêt interuniversitaire depuis la Belgique, malgré le fait que je me trouve à Londres. De nouveau, à quoi ça sert que je me sois déplacée jusqu'ici, je vous le demande.
Enfin bon sinon j'ai mon examen d'allemand dans deux semaines, über cool, je n'ai pas fait un seul exercice depuis le mois de novembre, ni étudié un mot de vocabulaire, et je me trouve bien dépourvue lorsque la bise fut venue. Mais avant mon examen d'allemand, il faut que je présente les résultats de mon terrain "Union européenne" devant l'école doctorale (hein? Quoi? Parce que j'ai des résultats? Heu si si j'ai des résultats, vous me prenez pour quoi, pour quelqu'un qui n'a pas de résultats ou quoi?), raison pour laquelle mon promoteur me demande de rentrer en Belgique, mais bonne blague! Ma bourse ne trouve pas ça une raison valable pour me rembourser mon billet, donc je vais devoir fouiller les arcanes de l'administration pour qu'elle me le rembourse quand même. Et en parlant d'administration, il a été porté à mon attention par mes étudiants mécontents qu'ils ne se sont pas fait payer pour les retranscriptions qu'ils ont faites en avril. Malgré le fait que tous les documents aient été envoyés aux départements compétents dans les délais impartis. Ô joie.
Puis si vous voulez tout savoir j'ai quinze piqures d'araignée dans le dos, traitreusement effectuées pendant mon sommeil, et dont la présence m'est rappelée à chaque fois que j'appuie mon dos sur une chaise. Ce qui n'est rien à côté de la big allergie au pollen que je suis en train de me taper, genre j'en suis à une consommation très régulière de deux paquets de mouchoirs par jour, et à force de me moucher non stop, j'ai comme une sensation de calvitie là où se trouvaient, auparavant, mes poils de moustache, et où se trouve à présent une bonne couche d'homéoplasmine.
Enfin voilà, comme ça vous savez. Rien qui ne puisse être résolu avec le temps, mais en attendant c'est quand même un peu pénible. Chaque terrain a ses semaines horribilis et il faut à chaque fois passer par là.
Mais on the other hand je suis quand même à Londres et ça c'est cool. Je revois plein de gens que je n'avais pas vus depuis perpette, et j'en rencontre de nouveaux. Je mange des sushis (tous les jours si je veux!), et j'habite dans un superbe quartier dans lequel j'ai toujours rêvé d'habiter, pas loin de Hampstead. Mes colocs sont wundersympas (je m'entraine pour mon examen, vous avez vu l'effort), ils aiment bien quand je ramène du stilton qui pue et sont comme moi des adeptes de la tisane et des pantoufles après 21h. Et le marteau piqueur, présent à chacune de mes colocations à Londres (je ne sais pas ce qu'ils ont les londoniens avec leurs routes mais franchement je me pose des questions), n'est là qu'à partir de 9 heures. Bon évidemment il leur manque des moules à muffins mais je sens que la situation ne va très vite être résolue lors de mon prochain passage dans ma cuisine en Belgique!

Monday, February 21, 2011

Rétrospective 2010

Un petit peu en retard, mais la voici enfin, la traditionnelle rétrospective de l'année 2010. Soit une compilation de tous mes dossiers, petits ou gros, enfin presque tous parce qu'il faut quand même en garder pour les enterrements de vie de garçon, hein, Laurent.

Rétrospective 2010 from Bibil on Vimeo.
Demandez-moi le password par email. (Ben oui, en dépit de tout ce qui se trouve là-dedans, je protège la vie privée des gens, il ne faut pas croire).

Friday, December 31, 2010

Héééé mais il est temps de changer mon agenda!

*Attention, dernier post de 2010*
*Musique feutrée, éclairage à la bougie, odeur de cannelle*
*On est bons*
*Action*
On a un peu l’impression de se répéter avec le temps, mais voici encore une année qui se termine ! Sauf que cette fois-ci, elle est passée tellement vite que j’ai l’impression qu’il n’y a eu que quelques mois entre janvier et maintenant.
(Même si techniquement, c’est le cas)
(Voici qui vient de rompre le quart d’heure philosophique du blog).
Et comme il est de coutume à cette période de l’année, j’ai considéré ma liste de potentielles bonnes résolutions. Même si, dans la vie, je ne pense pas qu’il y ait de bonnes ou de mauvaises résolutions. D’ailleurs si je devais résumer ma vie avec vous aujourd’hui, je dirais qu’il s’agit de rencontres, de gens qui m’ont tendu la main à un moment où je ne pouvais pas, où j’étais seul chez moi. Et c’est assez curieux de se dire que les hasards ou les rencontres forgent une destinée…
(Quelque part dans ce post se cache un remake subtil d’une scène de cinéma célèbre ; ami lecteur, seras-tu assez fin que pour le débusquer ?). 2010, donc. Qu’est-ce que j’ai fait en 2010 ? Heu. Et bien, ma thèse. Parce qu’on a beau dire, « oh ben peinard Bibil, tu as jusque 2013, » une année de thèse ça passe très vite, et une deuxième année aussi d'ailleurs, et j’ai mine de rien un calendrier à respecter, et la mi-thèse dans quelques mois. D’autant plus que la date fatidique du renouvellement de ma bourse arrive, et que je voudrais bien avoir quelques résultats tangibles à montrer au jury. Donc, il faut bosser.
Mais la thèse ce n’est pas juste un job, c’est tout un processus mental. Un peu comme un dégât des eaux… L’eau trouve toujours un moyen de se frayer un chemin ; et une fois qu’elle est dans la maison, elle s’étend partout, laisse des marques partout, fait pousser des formes de vie parasites partout. (Oui, j’ai eu un dégât des eaux récemment). (Je vous expliquerai). Le résultat c’est qu’on devient complètement obsédé par la thèse, elle vous habite, elle vous possède, vous n’êtes plus qu’un simple outil dans le but ultime de sa réalisation, tout en angoissant légèrement en vous demandant si votre vie aura encore un sens une fois que vous l'aurez terminée.
Alors BIEN SÛR je nie la chose en me disant que j’ai une vie riche et remplie ; la preuve, c’est qu’il y a eu plein de projets en dehors de la thèse. En mars, par exemple, les Merri m’avaient donné les six pots d’herbes aromatiques les plus utilisées par l’ami Jamie en me disant, « on ne sait jamais que tu ais envie d’en planter dans ton jardin »… Et bien, 17 herbes aromatiques plus tard, on lançait un potager avec 7 légumes différents. Puis il y a eu l’entrainement aux 20km de Bruxelles, que j’ai tellement fait à fond que j’ai amélioré mon score de 15 minutes (contre 3 minutes l’année précédente). Ensuite il y a eu le scrapbooking. Puis la couture. Et puis, et puis… En fait en 2010 j’ai géré mes hobbies exactement comme ma thèse : il fallait de la production plus que de la création, il me fallait des résultats concrets. Autant j’avais la pression de devoir démontrer que je progressais dans ma recherche, autant je me mettais celle de devoir montrer que je progressais dans ma créativité. Du coup tous les hobbies que j’ai développés cette année étaient des passe-temps à faire seule ; forcément, puisque personne n’était prêt à suivre le rythme que je m’étais imposé. Parce qu’au final, impliquer quelqu’un dans mes loisirs c’était me ralentir, j'avançais plus vite toute seule, et de toutes façons ça n’intéressait pas vraiment personne. C’était assez frustrant, finalement, mais au moins je faisais ce que je faisais de mieux.
2010 a donc été hyper crevant. Chaque soir de la semaine était occupé par un cours ; chaque minute de mes week-ends était consacrée à un projet créatif. J’arrivais tout le temps en retard chez les gens, et je n’étais jamais à l’heure quand je les recevais chez moi. Je voyais toujours les mêmes personnes, d’ailleurs, car je ne prenais plus la peine que d’inviter les gens qui m’invitaient en retour. Je n’avais plus vraiment le temps de m’impliquer dans les amitiés oubliées, de garder le contact avec ceux qui ne faisaient pas d’effort de leur côté. Et puis, j’ai refusé trois propositions de vacances. Je n’allais plus à mes cours d’écriture créative. Je ne lisais plus. Je n’étudiais plus mes cours d’allemand. Deux ou trois fois par semaine, je mangeais des céréales le soir, parce que j’étais trop fatiguée pour me faire à manger. Et quand je repense à 2010, je repense à ce rythme infernal, à cette pression que je me suis imposée à moi-même, à cette to-do list irrationnelle qui ne fait jamais que s’agrandir, et à ces deadlines incroyables pour me prouver que je progresse. Et je me dis qu’il faut que ça s’arrête, que je ne tiendrai pas à ce rythme-là une année de plus, que finalement le temps passe très vite et que je suis tellement occupée que je ne vois plus les semaines ni les mois partir.
*La musique de fond s’intensifie, la lumière se tamise davantage, le suspense atteint son paroxysme*
*Et paf ! Pause publicitaire*
*Haha, un quart d’heure plus tard, vous revoici, bandes d’addicts.*
Tout ça pour dire que cette année-ci je devrais arrêter avec toutes ces résolutions, ces promesses internes d’accomplir des choses. Je devrais plutôt me recentrer sur ce qui est important ; c’est-à-dire que bon, oui, je suis en retard sur l’agenda de thèse que j’ai fixé avec mon promoteur, et qu’il ne faut pas déconner avec ça. Mais le reste n’est pas important. Je ne suis pas obligée d’améliorer mon score à chaque fois que je cours les 20km de Bruxelles. Ce n’est pas important si j’invite des gens autour d’un bête spaghetti et d’un dessert tout préparé. Ce n’est pas important si j’arrive à un dîner avec juste une bouteille de vin au lieu de quelque chose de plus spécial. Je ne suis pas obligée de toujours être généreuse. Les gens n’en ont finalement que très peu à faire si j’amène des muffins au bureau, si j’organise leur anniversaire ou si je leur donne des plants de tournesol de mon jardin. Personne ne me reprochera de diminuer les trois updates de blog/semaine. Et puis, je n’ai pas une deadline pour apprendre à coudre, ni pour écrire un livre ; il faut que j’arrête de penser que je devrai tout avoir accompli avant mes 30 ans, et que la vie s’arrêtera après ça. Au fait, pour résumer cela, il faut que j’arrête de m’obliger de toujours devoir aller de l’avant, de toujours devoir découvrir de nouvelles choses, de toujours vouloir apprendre sans arrêt. Cela ne me rend pas plus intéressante pour autant ; cela me rendra juste plus fatiguée.
...
Évidemment si vous avez envie d’inclure dans vos bonnes résolutions de 2011, « retranscrire les entretiens de Bibil gratuitement », vous êtes les bienvenus, hein !
Ah oui, et heu, * Générique de fin.*
*Pendant que les crédits défilent dans une toute petite fenêtre, on annonce avec une voix enjouée le futur premier post de 2011*.
*Bientôt.*
*Si.*