Une histoire de quotas
Chaque année, il y a ceux qui réussissent leurs examens, et il y a ceux qui les ratent. Selon tout logique, ceux qui les réussissent passent à l'année supérieure; ceux qui les ratent, souvent, recommencent.
Mais il y a aussi ceux qui réussissent leurs examens mais qui ratent également, qui ne sont pas admis à l'année suivante.
Je parle du numerus clausus pour les étudiants de Belgique en médecine, un quota qui détermine ceux qui seront autorisés à devenir médecins et ceux qui ne le pourront pas.
Je n'écris pas ce post pour relancer le débat sur le numérus clausus, même si personnellement, je pense que le droit d'être médecin devrait être basé sur les compétences d'une personne et non pas sur un chiffre arbitrairement fixé; après tout, la proportion d'élèves compétents n'est pas la même d'année en année. Mais soit, suffisamment d'encre a déjà coulé sur le sujet.
Ma cousine Pascaline vient de terminer sa première en médecine. Pendant toute l'année, il a fallu bosser jour et nuit, en sachant que même en réussissant avec un grade, sa place à l'année supérieure n'était pas garantie. C'est un risque énorme, un investissement personnel considérable, c'est du temps, de l'espoir, et beaucoup de courage qui peuvent s'avérer perdus. Elle m'a décrit l'ambiance horrible de compétition dans les auditoires, tant l'enjeu était important; car pour réussir, il fallait souvent que l'autre rate.
Le jour de la proclamation, la tension était à son comble, alors que patiemment étaient énumérés les noms de ceux qui avaient passé la sélection. Tous ont obtenu une distinction ou plus; des notes assez difficiles à obtenir, même avec la motivation. Malgré le décès de notre Grand-Mère au milieu de la session d'examen, Pascaline était dedans, au grand soulagement de tous.
Elle m'a aussi raconté l'histoire de son amie Viviane, 13,80/20, proclamée 96e sur un quota de 96.
Une bête histoire de quotas qui a ruiné ses perspectives d'avenir.
Car deux jours après la proclamation, Viviane était appellée chez le recteur. Une erreur interne de l'université. Un élève a été sous-coté. Du coup, Viviane s'est retrouvée 97e; elle est recalée. Et comme il s'agit de sa deuxième année d'échec (12,96/20 l'année passée, si vous appelez ça rater), elle ne peut plus tenter sa chance.
Je crois que si j'avais été dans ce cas-là j'aurais pleuré toutes les larmes de mon corps. Et c'est ce que Viviane fait.
Les médias ont été prévenus, l'affaire est remontée au niveau de la ministre, mais aux dernières nouvelles rien ne pourrait être fait: la loi a dit 96, ce ne sera pas 97. Même si Viviane a été proclamée devant 400 personnes, a reçu des invitations à participer aux séminaires de seconde année, y a cru pendant quelques jours. J'imagine la tragédie morale que cela doit être.
Pascaline est scandalisée mais elle me dit aussi que ce n'est pas surprenant, "chaque année il y a des drames". Des drames oui; des erreurs, combien? Dès que je trouve la pétition je vous la mets en lien.
3 comments:
ca m'étonnerait qu'elle puisse passer. 96 ce sera 96, j'imagine que l'étudiant qui a été sous coté et qui récupere ainsi sa place serait tout aussi dégouté qu'on lui refuse.
Tout ce qu'elle peut espérer obtenir à mon avis c'est une réparation de son préjudice moral.. difficilement quantifiable.
Il devrait augmenter la difficulté des examens pour n'avoir qu'environ 95 élèves qui passe ... ca serait plus humainement acceptable ...
Voyons l'aspect positif ... nos medecins de demain auront tous eut 14 de moyenne en 1ere candi ...
Un de mes amis boursier, après avoir réussi sa première candi de médecine, a du la recommencer! Il l'a fait. A nouveau recalé après une réussite.
Résultat : il fait quelque chose qu'il n'aime pas, et il a eu plein d'ennuis pour sa bourse.
Ce système est idiot, conduisant à un manque de médecins dans quelques années.
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