Fatigue
C'était l'enterrement de Bonne-Maman aujourd'hui.
J'avais un examen.
Encore un.
Je me suis sentie vraiment déconnectée cette semaine. Le matin, je mettais mon réveil à 7h30; mais dès 6 heures, je me réveillais à cause du stress. Je révisais parfois, mais en général je me mettais en simulation d'examen: deux heures, deux questions, une montre. Puis je prenais le bus beaucoup, beaucoup trop tôt.
J'étais sur le campus à 9h30. Je retrouvais mes classmates dans le Garrick, la cafétaria nouvelle génération, au style épuré et musique classique pour aider à la concentration. Mais au lieu de se concentrer on tentait de calmer les stress réciproques.
Au début de la semaine c'était mon stress qu'il fallait calmer. Plus les jours passaient, plus j'étais fatiguée; trop fatiguée que pour me sentir stressée; l'adrénaline se perdait quelque part entre mes cernes et les brumes de mon cerveau.
9h50. Nous sommes tous installés à nos sièges. Un surveillant nous édicte les règles de conduite, précise qui peut sortir quand, relit des instructions en cas d'incendie. Il y a deux énormes horloges de chaque côté de la pièce. Le temps s'écoule. Nous tentons de lire les questions à travers la feuille blanche. Nous regardons l'aiguille des minutes. Puis l'aiguille des secondes. Se rapprocher de l'heure pile.
9h59, 59 secondes. Nous pouvons commencer. Tout le monde tourne la page en même temps. La course commence.
5 minutes pour choisir mes questions. 8 questions, je dois en choisir deux; en général elles sont radicalement différentes de ce à quoi je m'attendais. 5-7 minutes pour le brouillon de la question un. 40-45 minutes pour l'écrire. Puis je passe à la question deux. 5-7 minutes pour le brouillon, 40-45 minutes pour l'écrire. En général il me reste 15 minutes pour me relire. Tout est une question de gérer son temps. J'observe la classe, je vois ceux qui ont fini d'écrire, et je sais que ceux-là ont bien réussi. Je vois ceux qui écrivent frénétiquement jusqu'à la dernière seconde, et je les plains.
J'arrête de regarder l'aiguille des minutes de la grande montre. Je regarde les secondes. 11h59, 59 secondes. "EU448, stop writing". Et je me dis, je l'ai fait, je l'ai fini, et j'imagine ce que cela aurait été si j'avais paniqué, si j'avais mis trop de temps à écrire mon brouillon - parce que dans cette course contre la montre, chaque minute compte, et le temps passe très vite.
Après l'examen, je vais généralement manger avec mes classmates. Au début de la semaine cela parlait de l'examen, mais maintenant, on est juste tellement fatigués, on ne demande même plus "quelle question tu as choisie". On se plaint d'avoir mal aux mains, on montre les bleus qu'on a développés sur nos doigts à force d'écrire contre la montre.
Et puis je rentre. J'écris les questions que j'ai eues sur mon blog. Je fais une petite sieste. Je me force à me réveiller au maximum une heure trente plus tard; et je commence à étudier mon examen du lendemain. A minuit j'arrête, je vais dormir, mes heures de sommeil sont plus importantes que toute étude de dernière minutes.
Et là, j'ai mon flatmate qui vit la nuit qui parle dans le couloir, tous les soirs, entre minuit et une heure. Il a une voix qui porte très fort. Et des sujets de conversation particulièrement inintéressants. Il périra en enfer, j'ai déjà condamné son karma.
Avec la fatigue, la tension, l'isolement, c'est vraiment une semaine à part, comme une parenthèse hors d'un autre monde. Ma vie est une horloge. Il s'agit de gérer mon temps, de contrôler les heures, les minutes, les secondes. Mon vrai stress n'est pas l'examen en lui-même; c'est le temps, ce sont ces minutes qui fuient.
Cet après-midi j'ai décidé de ne pas étudier. Je suis sortie de mon examen, je suis allée manger au parc avec des classmates. J'avais du mal à formuler des mots, même en français. "You look so out of phase", me disaient les gens que je croisais.
J'ai décidé de rentrer à pied, et en passant devant la cathédrale Saint-Paul, je suis entrée pour brûler une bougie pour Bonne-Maman. En pensant qu'en Belgique c'était son enterrement. Pendant la semaine, j'ai suivi la rédaction des textes, des intentions, chronométrant le temps que je passais sur l'ordinateur. Je n'ai pas vraiment pu réaliser.
Neuf heures ont passé depuis que je suis sortie de mon examen; cet après-midi j'ai dormi trois heures, et j'ai passé deux autres heures à me sentir malade comme jamais. C'est le relâchement du stress et la fatigue. Il me reste deux examens, un lundi et un mardi.
En discutant avec une classmate ce midi, on s'est rendues compte qu'on en avait vraiment bavé cette année, travaillant tous les jours, parfois tous les soirs, et récemment aussi les nuits. On a tout donné. Elle avait développé des horaires fous, travaillant tous les soirs jusque 5 heures du matin, ayant pris l'habitude de ne dormir que 5 heures par nuit. Moi je suis devenue une obsédée de la montre, du contrôle de mes heures. Toute la vie sociale qu'on a raté. Toutes les soirées écourtées, les lunchs refusés, les repas devant les cours, les journées en bibliothèque. Tout ça pour probablement obtenir entre 60 et 65%, la moyenne de la LSE. Parce que les statistiques le montrent: sur vingt personnes, 7 obtiennent entre 50 et 60, 12 entre 60 et 70, et une personne fait une distinction. Ou pas. La distinction, le mérite absolu, la reconnaissance suprême du cerveau surdoué. Jusqu'à présent je n'ai croisé qu'une ou deux personnes qui pourraient en faire une.
Mardi prochain, j'aurai terminé douze semaines de blocus. Elles-même concluant deux fois dix semaines de cours. On peut dire que j'en aurais bavé.
Et là je peux vous dire que j'apprécierai pleinement une vraie nuit de sommeil.
2 comments:
tres bien ecrit - ca a bien decrit l'experience d'examen LSE. J'ai dormi 4 heures hier soir avant mon exam d'EPE. Finalement, je ne pense pas que j'ai fait aussi bien que j'ai voulu - il y avait un mot que j'ai rate dans la question que je n'ai pas defini dans la deuxieme question et ma troisieme reponse aurait pu etre plus claire. Bon, je serai aussi dans le group de 12/20 je crois.
C'est dommage que ce n'etait pas possible qu'elle n'aurait pas pu etre enterre demain.
Demain, je vais a Brick Lane pour acheter des bagels - est-ce que tu veux faire un pause?
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