Les lumières de la ville
Les lumières de la ville défilent devant mes yeux. Elles dansent, se cachent, se devinent, dessinent des bâtiments, et s'effacent pour en faire venir d'autres, alors que le train s'enfonce plus loin dans la nuit. Au loin, la Tamise et ses reflets; près de moi, des maisons.
J'aime regarder par les fenêtres, apercevoir un meuble, une personne, et m'imaginer à sa place. Un mardi soir dans un salon ou derrière les rideaux d'une chambre, face à un écran ou absorbé dans une conversation.
Puis les lumières s'estompent dans la vitre pour faire place à mon propre reflet. A chaque fois j'ai l'air plus âgée, enroulée dans mon châle pour échapper au froid de la nuit. Ce n'est pas tant mon visage mais plutôt son expression, cette sensation de fatigue et de paix après une journée chargée.
Je viens de laisser ma cousine avec ses amis qui n'ont pas plus de 18 ans. Leurs conversations sont banales, leurs sourires gênés, et pourtant je me souviens, à leur âge, tout me paraissait si intense. Le moindre de leur propos aurait pris des dimensions démesurées. Des tensions, des difficultés, de la joie, exprimés à demi-mots sous une façade encore incertaine. Je ne pourrais plus m'en contenter maintenant.
A ce moment présent, l'intensité, je la sens en regardant les lumières de la ville. J'ai la sensation que la ville m'appartient toute entière, avec toute ses fenêtres et toutes ses vies. J'ai la sensation de lui appartenir aussi. J'ai la sensation d'être exactement là où j'ai envie d'être, alors que le temps s'est effacé dans un halo de lumières que le train laisse derrière lui.
3 comments:
Sybille, qu'est-ce que tu fumes quand tu es seule?
Me posais la même question...
wooooow, il est beau ton texte! j'veux retourner à Londres... on s'y croirait
Post a Comment