Chaque année, je me dis, l'année prochaine, en décembre, je me mets des limites. Et chaque année, quand décembre est derrière moi, je me dis, hé bien je n'y suis pas du tout arrivée, dites. L'année prochaine, il faudra mieux anticiper.
Et l'année suivante, j'ai beau me dire, oui j'avais dit que j'anticiperai... tout recommence.
Bref.
Là on est début décembre. Je suis laminée les gars. Juste à l'instant j'ai dû remplir un formulaire avec ma date de naissance, je peux vous dire que ça a été dur.
Non mais l'année prochaine, je dois me mettre des limites, c'est clair.
Pourtant j'ai essayé de le faire cette année. Décembre 2017 a été trash avec le Fil de Bibil en plein essor et un changement professionnel imprévu. Après une période de latence entre janvier et avril où j'étais écoeurée de la couture et de la broderie, j'ai petit à petit repris en mai, et je me suis dit, là Bibil, tu te souviens de décembre 2017, si tu as l'intention de continuer le Fil de Bibil, pour décembre 2018 il va falloir anticiper.
Long story short, passer à temps partiel n'était pas envisageable, alors je me suis dit que j'allais trouver un atelier pour m'aider. J'en ai trouvé deux. J'ai remis à l'emploi plusieurs personnes pour juillet et août, ce qui au départ m'a procuré pas mal de satisfaction. Cependant, même si le contact avec le personnel encadrant s'était bien passé, je me suis rendue compte que concrètement parlant ceux qui cousaient mes articles n'avaient aucun plaisir à le faire, et que cela se reflétait dans la qualité de la production. A nouveau, long story short, cela a fini par me prendre plus de temps que si je l'avais fait moi-même, pour finalement pas mal de stress lié à la perte de contrôle sur une partie du processus de production, et pour retourner dans le rouge au niveau comptable. J'ai entamé le mois de septembre en étant littéralement épuisée.
Alors, une parenthèse. A un moment on se rend quand même compte, hein, que quand on a besoin de s'autocongratuler à la fin de la journée pour se dire, ouf, aujourd'hui encore tu es parvenue à la boucler cette p*tain de journée, et que tu sais que ce sera pareil le lendemain, et que tu fais ça tous les soirs pendant quelques mois, il y a un moment où, comment dire, on sait que ça ne pourra pas durer.
Enfin bref.
Septembre, donc, c'est là que mes cours du soir ont commencé.
(Ah ben oui j'ai recommencé des cours du soir, je ne vous l'avais pas dit? Je me fais un petit master en management derrière les fagots, parce que bon mes trois masters actuels et ma thèse ça m'avait laissé un goût de trop peu, vous voyez).
Bon. Ces cours ont beau être super passionnants et me correspondre complètement, et bien mine de rien je n'avais plus l'habitude. Déjà au départ j'étais stressée de ne pas me faire d'ami et d'être rejetée des équipes de travail (réminiscence ridicule de l'école primaire et secondaire), ça m'a trotté en tête pendant des semaines. Et puis il a fallu se remettre dans le rythme. Donner 3 heures de concentration comme ça en soirée après avoir eu une belle journée de boulot derrière toi, ce n'est pas easy game.
Je m'attendais à céder en décembre, et curieusement, c'est en octobre que j'ai cédé. Retour chez la gastro-entérologue, qui m'a dit en substance qu'entre mon boulot, le Fil de Bibil et mes cours du soir, un des trois devait disparaître, et qu'en fait en étant lucide il fallait bien se rendre compte que ce ne serait pas mon boulot, et donc qu'il fallait choisir entre le Fil de Bibil et les cours du soir. Je le savais, mais bon. J'ai arrêté le Fil de Bibil, en même temps que le café, l'alcool, le gras, et les nuits de sommeil de moins de 6 heures. Je me suis reposée, ça a duré un peu plus d'un mois.
J'ai essayé de me désengager de mes sept marchés de Noël, je ne suis parvenue à en annuler, heu, ben en fait aucun, personne ne voulait que j'annule (ce qui est flatteur mais un moment il faut aussi se dire que personne n'est irremplaçable, l'année prochaine je me mettrai des limites, je vous jure). Bref, mi-novembre, premier marché de Noël, et là le succès était tellement inattendu que j'ai été en rupture de stock. Ca a été comme un choc électrique, je suis repartie d'un seul coup en mode turbo. Et c'était reparti.
En fait, ma relation avec le Fil de Bibil suit un schéma récurrent. Avec le Fil de Bibil je fonctionne un peu comme un appareil sous tension électrique. Quand la tension est là, je carbure, je brûle, je turbine - je me réveille à 5 heures du matin en ressassant tout ce que j'ai à faire, et je produis jusqu'à tomber de fatigue, et recommencer. J'adore ça. Je suis accroc à cette tension, à cette intensité de vie, d'avoir l'esprit en mouvement permanent et le corps en une boule d'énergie.
Mais je sais que ce n'est pas durable, alors parfois, quand je suis trop fatiguée, je m'arrête.
Quand la tension n'est plus là, et bien, c'est comme le jour et la nuit. Je suis écoeurée, je me demande pourquoi je fais tout ça, si je ne suis pas en train de gâcher mes belles années à poursuivre un objectif éphémère, à quoi ça rime de m'épuiser, et je doute. Qu'est-ce que je doute! Je me demande si c'est réellement une passion de créer qui me dévore, ou si de façon beaucoup moins romancée, c'est mon besoin de perfection et de briller qui prend des proportions démesurées. Je me demande si je fais ça vraiment pour moi, ou si je fais ça pour l'image que les autres ont de moi. Alors je laisse le côté rationnel reprendre le dessus, je fais des comptes et des inventaires, je me dis que la créativité et la passion c'est très joli mais que tous les mois j'ai la moitié de mon salaire qui file dans ce panier percé.
Et dans ces périodes, je me fais vachement ch*er, aussi.
Alors, quand je me suis suffisamment reposée, je remonte la vague. Je recommence à coudre. A ce moment-là je réalise à nouveau que j'ai besoin du Fil de Bibil, et qu'en fait peu importe que ce soit le Fil de Bibil ou autre chose, j'ai besoin de créer, d'interagir et de me dépasser. Et la tension revient. Et le problème n'est pas tant qu'il y ait de la tension ou pas de tension ou que j'alterne les deux, c'est que dans un cas comme dans l'autre, c'est le manque de limites le problème.
Et je le sais, tout ça, je le sais.
Enfin, avec ça, vous avez un résumé de mon année, mon année 2018 condensée en un seul post.
Mais l'année prochaine je me mets des limites. Je vous jure. Si, c'est vrai.






























