- Texte écrit dans l'Eurostar, 15 Mai -
Pendant quatre jours j'ai emballé mes souvenirs par couches successives. Je déménage. Je quitte mes souvenirs. C'est fou comme l'on s'attache aux lieux qui nous ont vu grandir.
Le premier jour a été occupé à emballer mes deux dernières années de licences. J'ai jeté quelques kilos de papier, photocopies, brouillons de mémoire ou lettres officielles d'universités. Incroyable comme j'ai pu tout accumuler.
Des exemplaires de mon mémoire, il ne m'en reste que quatre. Je pensais les envoyer à des éditeurs, mais je n'en ai pas eu le temps. Peut-être est-il trop tard maintenant.
La sonnerie de mon téléphone me tire de mes rêveries. Une de mes amie est rentrée à Londres, me demande où je suis. Je suis dans l'Eurostar, il est près de onze heures. Bientôt, je serai retournée vers une autre vie. Vers d'autres gens. Combien de temps y resterai-je? Un mois, deux mois, plus longtemps?
Le deuxième jour, je suis remontée jusque mes années de candidatures. J'ai retrouvé tous ces travaux que j'ai détesté faire. Je suis revenue au temps des photographies imprimées. J'ai emballé mes albums sans les regarder; et mes livres, je les ai transférés dans ma nouvelle chambre depuis une semaine déjà.
Le troisième jour, je passais à mes années de secondaire: des lettres reçues, des pensées écrites ou dessinées. Toutes ces années, j'avais tout gardé. Du maquillage qui ne m'a jamais servi, et dont la date est depuis longtemps passée. Quelques CD qui ne marchent plus.
Curieusement, je m'attendais à retrouver quelques uniformes, mais cela fait longtemps que je ne les ai plus. Ces uniformes étaient horribles; horribles comme ces années d'école; horribles comme le malaise que je sentais, caché dans mes faux sourires et mes kilos en trop. J'en ai retrouvés, des textes rapidement griffonés, quelques mots rassemblés pour exprimer ce que je ne savais pas dire alors. C'étaient toujours les mots qui m'aidaient à faire tenir ma vie ensemble, même lorsque j'avais perdu le contrôle de ce qui m'entourait. Horribles années, vraiment.
Le dernier jour ce sont les souvenirs de mon enfance que j'ai emballés, survivants d'un déménagement précédant. Je me souviens très bien le jour où je les ai installées pour la première fois dans ce qui était alors ma nouvelle chambre. Comme tout était différent.
En quatre jours j'ai emballé dix années de ma vie. Dix années pendant lesquelles j'aurais pu faire tant de choses. Et dix années sur lesquelles je ne pourrai revenir.
Je me demande comment ma vie aurait été si j'avais agi autrement; je me demande pourquoi certaines choses ont tant changé, et pourquoi d'autres sont restées les mêmes. A l'époque, je cochais les jours du calendrier, faisait le décompte pour que les jours passent plus vite. Mais le temps m'a filé entre les doigts sans que je ne m'en aperçoive.
7 comments:
:-) ca fait un peu début a la jonathan coe ;-)
mais visiblement tu n'es pas si nostalgique de tes années de secondaire.
Le meilleur est sans doute à venir
Alors, Sybille, crise de nostalgie, crise du temps perdu? C'est pas habituel de te voir écrire des choses comme un poète maudit.
J'en ai presque les larmes aux yeux...
allei dis zeg une fois sybille une bonne tape dans le dos puis c fini hein!
Perso j'ai adoré ma cinquieme et ma rhéto, et même aussi ma quatrième. C un de mes meilleurs souvenirs (eh oui du temps où j'étais dans les plus studieuses de ma classe.... il est loin ce temps là)
Air connu:
"Mais toi non blu, tu n'a ba chanchééééééééééé, touchour le même bervoum lechéééééééé"
strep pq tu n'es plus inscrit en tant que strep, tu n'es plus sur blogger?
Tu m'as mis le moral à zéro ce matin.
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