Thursday, January 12, 2012

Ah ben le voilà le jus d'orange...

(La palme de l'excellence cinématographique à qui sait me reconnaitre ce titre).
Bon, les entretiens, là, c'est parti. Autant décembre était défavorable à l'obtention d'un quelconque rendez-vous, même téléphonique, autant janvier s'y montre propice. Là j'en ai tous les jours, même parfois plusieurs par jour, au point que je suis en train d'embaucher mes colocs de la Maison des Belges pour me retranscrire le tout. Ces derniers jours j'ai l'impression d'être un démarcheur publicitaire: je me présente, je me vends, j'emaile, j'appelle, je rencontre, je pose des questions, j'investigue, je me prends quelques claques, c'est normal on est en France, et je continue. C'est différent, et en même temps parfois similaire à mon terrain anglais du printemps 2011. Et je ne peux m'empêcher de faire quelques comparaisons.
- En Angleterre, on répond à mes emails dans un délai de trois jours. Je pense que ça doit être inscrit quelque part dans leurs indicateurs de performance. Du coup les secrétaires ont la plupart du temps accès aux emails du boss, pour être bien certaine que tous les emails soient traités rapidement. En Angleterre on peut tout résoudre par écrit. En France... Haha, ben, en France, quoi. Mes emails arrivent dans un grand endroit flou entre la corbeille et les emails non-lus, donc il faut téléphoner. Et bizarrement, autant les Français n'ont pas le temps de répondre à mon email, autant passer 45 minutes au téléphone, là, comme ça, quand je les ai en ligne, ce n'est pas un problème.
- Paradoxalement, en Angleterre on a fait grand cas de me donner accès à un téléphone fixe. En France, apparemment, je n'avais qu'à choisir un forfait gsm pour appeler des fixes.
- En France, quand ton interlocuteur estime que tu as mal formulé ta question (lire: que tu l'as formulée d'une manière à ce qu'il n'ait pas envie d'y répondre), il va te le dire cash. "Votre question est mal formulée". Blam. En Angleterre on va tergiverser. "Interesting question indeed", ou bien on va essayer de détourner l'affaire, en prenant prétexte de la langue: "perhaps you meant to ask..."
- En Angleterre, on me demande d'envoyer des questions à l'avance, histoire que mon interlocuteur/sa secrétaire/le malheureux stagiaire puisse faire un minimum de recherche avant l'entretien. En France, on commence par me dire qu'on ne sait pas si on peut m'aider, que c'était il y a longtemps, et qu'on n'est pas la personne la plus appropriée pour me répondre. Tu parles. On est exactement la personne la plus appropriée pour me répondre.
- En France, si on pense qu'on n'est pas la personne la plus appropriée pour me répondre, c'est parce qu'en fait on ne sait pas qui était approprié. En Angleterre, la question a été traitée de façon structurée: il y a un responsable au niveau sous-fifre, un autre au niveau fifre, et un au niveau boss; puis ça va au cabinet, et c'est le Premier Ministre qui prend la décision finale. En France, tout le monde et personne s'est occupé du truc, dans tous les ministères et sans vraiment de préférence hiérarchique. Et au final, c'est le Président qui décide, donc le résultat est le même. 
- Tout comme, en Angleterre, il y a une rhétorique officielle pour justifier la décision qui a été prise à l'époque que j'étudie, que tous mes répondants me citent avant qu'on ne puisse aller au fond du débat. En France: "heeeeu je pense qu'on avait voulu faire comme [insérer ici le nom d'un pays voisin], non?"
- En France, la moitié de mes entretiens non-téléphoniques se font dans des cafés. Sinon, c'est dans un bureau, et on m'offre un café. On laisse la porte ouverte d'ailleurs, histoire de bien montrer qu'on ne fait pas comme un homologue qui a eu quelques problèmes récents avec une journaliste dans un appartement dont il avait fermé la porte (hum). En Angleterre, c'est dans des salles de réunion, où on m'offre un thé, et où à la moindre distraction de ma part, on m'y rajoute du lait.
- En France, mes interlocuteurs font face à un éternel dilemme entre le tutoiement et le vouvoiement, entre le Mademoiselle et le Madame ("On nous a dit qu'on ne pouvait plus dire Mademoiselle, mais ne serait-ce pas impoli de vous appeler Madame?"). Les Anglais n'ont pas ce problème: ils utilisent le "you" et m'appellent par mon prénom. Par contre ils ont un peu du mal avec la prononciation, malgré le fait que mon prénom existe aussi en langue anglaise.
- En France, on insiste à fond pour me laisser m'assoir sur la banquette. En Angleterre il n'y a pas de banquette.
- Et puis, finalement, à chaque entretien en France j'attends le moment où on me dit, "enfin vous ne vous en souvenez sans doute pas, vous êtes d'une autre génération". Non mais c'est quoi leur problème avec le mot "génération." Y a un complexe là-derrière ou quoi?

Monday, January 09, 2012

Galette des Rois

It's that time of the year again... Le seul jour de l'année où on peut manger de la frangipane à volonté parce qu'on a une tarte (toujours un petit peu trop grande pour nos capacités d'absorption, sinon ce n'est pas drôle) et qu'il FAUT la manger en entier, de crainte de cette sorte de dictat naturel qui dit que si on laisse un morceau de tarte dans le plat, c'est d'office de morceau-là qui a la fève, et on a pris une galette pour rien. Obligé. Et puis comme dans ma famille il y a une personne sur deux qui n'aime pas la galette des rois, il y a beaucoup d'assiettes à finir après. Pour lutter contre le gaspillage, vous comprenez.
Mmmmmmh.
Et bien je dois dire que pour le coup, les Français m'ont carrément impressionnée; dans les boulangeries, il y avait autant de sortes de galettes des rois différentes que de pain (et c'est dire). Il m'a fallu toute ma volonté pour ne pas sombrer au vice de la gloutonnerie consistant à m'acheter cette big galette 14 personnes, là, mais dont la frangipane était aux noisettes et à la pistache - hhhhhh!!!!!
Enfin bon, je suis allée chez Gabrielle à la place, qui a cuisine une galette en s'inspirant de sa recette fétiche avec quelques ajouts de cette recette-ci.
mmmmh galette des rois
Comme d'habitude je n'ai pas eu la fève (en 28 24 16 ans d'existence je n'ai pas eu la fève une seule fois, il faut le savoir). C'est Antoine qui l'a eue.
Le roi.
Il est heureux.
Antoine à qui nous devons la paternité de la photo ci-dessous:
La fève!
Très très artistique. Je n'aurais pas fait mieux.
Par contre, ça n'a pas été très discret quand j'ai fini les assiettes des autres.

Sunday, January 08, 2012

California roll version salade

Vous aimez les sushis. Si, si, ne le niez pas, je le sais. Vous aimez les sushis, et ce que vous aimez par dessus tout, ce sont les california rolls. Vous savez, ceux avec le saumon et l'avocat à l'intérieur, et les graines de sésame à l'extérieur. Aaaaah. Mmmmmh. Si vous êtes de vrais addicts vous avez même peut-être poussé le vice à en fabriquer chez vous, pour finalement vous rendre compte que 1. c'est un chipotage incroyable, 2. les quantités sont minimes par rapport au travail fourni, et 3. finalement, c'est mieux au resto. Même si c'est plus cher.
(Chipotage étant, apparemment, aussi un belgicisme).
Et bien figurez-vous que j'ai la solution pour vous. Une salade avec tous les ingrédients d'un California Roll, sans le chipotage du California Roll.
California roll version salade
Comme je vous le dis.
***
California Rolls en salade (adaptée de "salade de riz à la japonaise" trouvé dans "200 Salades" de Marabout)
Prévoir 30 minutes pour la préparation + du temps pour le refroidissement.

Ingrédients (pour 6 personnes de bon appétit, pour 8 personnes faisant régime)
- 600 gr de riz à sushi
- 10 c. à s. de vinaigre de riz (la bouteille, en gros).
- 6 c. à s. de sucre en poudre
- une touche de wasabi (non mais faites gaffe avec ce truc-là)
- 1 concombre
- 3-4 avocats
- 500 gr de saumon cru et frais (du jour, chez votre poissonnier. Ne prenez pas de risques inutiles) (et surtout évitez le surgelé. C'est pas du tout la même chose).
- 4 oignons jeunes
- Une poignée de graines de sésame toastées (ou grillées, selon les marques)
- Sauce soja pour l'accompagnement 

Tout le challenge est donc de localiser le rayon "nourriture du monde" de votre supermarché, puis de faire un bref détour par les "fruits et légumes" pour le concombre et l'avocat, et évidemment de trouver du saumon frais.

Comment s'y prendre?
1. Faites cuire le riz selon les instructions sur l'emballage (jusque là, ça va). Laissez-le vivre sa vie tranquille, quand il est prêt égouttez-le et laissez-le refroidir. De toutes façons vous devrez le manger froid.
2. Il va falloir que vous fassiez une sorte de sirop avec le vinaigre et le sucre. En gros, mettez le vinaigre et le sucre dans une petite casserole et faites chauffer à feu doux en remuant jusqu'à ce que le sucre soit dissous. Retirez du feu et ajoutez du wasabi. Oui mais un peu de wasabi, hein. Je vous l'ai dit, faites gaffe avec ce truc.
3. Ajoutez le sirop de vinaigre de riz au riz et laisser refroidir peinard. Au frigo si vous voulez, une fois que ça a fini de fumer (sinon bonjour la condensation).
4. Pendant ce temps, occupez-vous, ou du moins occupez la brave personne qui a choisi de vous aider. Je ne sais pas moi, épépinez et coupez le concombre en dés, ou l'avocat en tranches, ou le saumon en morceaux, ou les oignons jeunes en lamelles. Mettez dans un autre bol et au frigo en attendant que le riz soit froid. Oh, hé, c'est du saumon cru les mecs. On a le droit d'être paranos.
... Evidemment la recette originale demande de laisser refroidir le sirop de vinaigre de riz, d'y tremper les dés de concombres, d'y enlever les dés de concombres, et de verser le vinaigre sur le riz encore chaud. Si vous êtes motivés vous pouvez faire ça. Si vous ne le faites pas, personne n'en saura rien.
5. Avant de servir, mettez tous vos ingrédients dans un saladier, mélangez bien, et saupoudrez de graines de sésame pour la déco.
6. Pour faire plus vrai, mettez un très petit bol à côté de chaque assiette pour permettre à vos invités de se concocter un mélange sauce soja-wasabi comme au resto et d'en arroser leur portion selon leur propre volonté (ou inconscience, dans certains cas - je vous le répète, faites gaffe avec le wasabi hein.) Si vous avez des baguettes, c'est l'occasion de les sortir, et de vous marrer un bon coup parce que d'office un de vos invités va ramer avec. Obligé. Il y a toujours un invité qui rame avec les baguettes.

***

Vous pouvez faire la partie riz-sirop bien à l'avance, même la veille si vous voulez. Par contre on ne peut pas en dire autant de la découpe de légumes: le concombre flétrit, l'avocat bruni, et le saumon, comment dire, est mieux s'il est du jour.

***

General disclaimer: il y a un défaut à cette réalisation somptueuse, qui est sans doute aussi la raison pour laquelle les Japonais le racrapotent en petites bouchées et le mangent avec des baguettes pas pratiques: vous allez trouver ça orgasmiquement bon. Donc, vous allez le manger vite et en grandes quantités. Puis, vous allez boire de l'eau. L'eau ça fait gonfler le riz. Le riz qui se trouve déjà en quantité déraisonnable dans votre estomac aux dimensions, sommes toutes, limitées. Et au final si vous n'exercez pas un tout petit peu de self-control, comment dire...
En clair, à partir du moment où vous sentez que vous ne parviendrez plus à dormir sur le ventre la nuit, arrêtez-vous dans votre élan. C'est là mon judicieux conseil.

Friday, January 06, 2012

Noooowel, noooo-ho-wel...

Oui bon je sais, c'est fini, le Nouvel An aussi, même l'épiphanie, mais que voulez-vous. Je ne peux pas m'en empêcher.
Alors, en attendant un post détaillé et exhaustif vous relatant dans le moindre détail combien de grammes de foie gras j'ai consommé en l'espace d'une semaine ou combien de bulles j'ai pu compter dans mes verres de champagne, voici une petite devinette.
(Oui je suis friande des devinettes, que voulez-vous).
Ci-dessous, voici au hasard une série de cadeaux qui m'ont été offerts. A vous de deviner qui m'a offert quoi! Pour indice, vous devez trouver: les Merris, mon père, ma soeur Eliane, mon beau-frère Cédric, mon frère Guillaume, ma cousine Astrid, et subrepticement caché parmi eux un cadeau de Fourchette à Danio.
1. Une boite à outil - de Papa.
Cadeau 1
2. L'image parle d'elle-même - des Merri.
Cadeau 2
3. Dogllywood! Le premier film pour chiens.
Cadeau 3
4. Une céramique peinte avec un motif "fleurs de cerisiers" - d'Eliane.
Cadeau 4
5. Une pelle à tarte Teckel (Esmé ne le cache pas je sais que tu es très jalouse, tu as bavé devant la dernière fois que nous sommes passées chez Octopus) - de Guillaume
Cadeau 5
6. Une poubelle de WC en forme de truie (remarquez la recherche du détail, les petits coeurs dans les oreilles) - de Cédric
Cadeau 6
7. Une tasse emmitouflée dans son tricot- d'Astrid
Cadeau 7
Pour faire justice aux autres cadeaux reçus, je tiens publiquement à remercier ma mère pour un mystérieux service de vaisselle (qui fera l'objet d'un post séparé ultérieur), qui sérieux est du beau cadeau et pour cela mérite qu'on y consacre du temps, et ma soeur Alice pour l'intégrale de Franzl Lang der Jodlerkonig, qui aussitôt offert a curieusement aussitôt disparu, la dernière personne ayant été aperçue en sa possession étant Alice elle-même (qui le chantait déjà de tous ses poumons).
Voilà.
Ce post ayant pour but de remercier de façon publique tous ceux qui m'ont gâtée pendant les fêtes.
Tout comme mon frère pourrait remercier ses soeurs de lui avoir offert ceci.
Le pain saucisse
... un déguisement de pain saucisse.

Je vous présente mon lunch

Oui, je sais, ça fait deux mois que je suis ici, et j'ai enfin investi dans un tupperware.
Je suis très fière.

Wednesday, January 04, 2012

Oui, oui, je sais, c'est fini les fêtes.

Au cas où cela ne se serait pas remarqué, j'ai fait comme un break d'ordinateur pendant les fêtes. Cela ne voulait pas dire que je ne travaillais pas, cela voulait juste dire que j'ai soudainement réalisé qu'attendre une réponse à mes emails entre Noël et Nouvel An était illusoire et que je pouvais me permettre - ô luxe suprême du doctorant! - d'éteindre mon PC et le ranger dans un coin jusqu'à l'année suivante.
(J'ai lu des articles à la place)
(Et j'ai quand même checké mes emails professionnels tous les jours depuis mon téléphone)
(Si vous voulez tout savoir, j'ai reçu un email, un seul, de la part d'une de mes étudiantes qui s'excusait de ne pas avoir pu retranscrire un entretien dans les temps impartis mais que maintenant elle était en blocus et que fallait plus compter dessus).
Il était plus que temps que je fasse un break, parce qu'avec ces horaires de fous, ces weekends qui n'en étaient pas, ce terrain bloqué et cette administration française kafkaïenne, j'étais un peu dans un état semblable à celui d'un macaron passé sous un rouleau compresseur. 
(Techniquement parlant je me demande si cette métaphore tient la route, parce que je ne suis pas sûre que dans ce cas de figure le macaron resterait aplati comme une bouse en miettes sur le bitume, il est très probable qu'il colle au rouleau compresseur à la place. Mais soit. Je demande à ce qu'on teste la chose).
Je me suis fait quelques amusantes petites crises d'angoisse en décembre, vous savez, celles où vous avez du mal à respirer et où la pièce vacille soudainement, et où vous vous répétez "tout va bien tout va bien il ne peut rien m'arriver" jusqu'à ce que cela ait l'air suffisamment crédible. Ou ces gentilles insomnies où vous vous demandez si c'est vraiment ça que vous voulez faire de votre vie, et si la vie a seulement un sens, et où vous vous rendez compte que soudainement vous êtes vieille et seule et moche dans un endroit étranger et vous vous demandez comment vous en êtes arrivée là. Enfin bref, ce genre de bonnes pensées positives qui vous aident à vous lever le matin d'un bon pied et qui ne semblent vous faire aspirer qu'à une seule chose: des vacances. D'où le break ordinateur plus que nécessaire.
Ca promet pour la fin de thèse, tout ça. 
Bon maintenant ça va, je vois les choses d'une façon plus positive. La situation du terrain se débloque progressivement maintenant que les fêtes sont derrière nous. Ici à Paris on est d'accord pour que je reste un peu plus longtemps si jamais je n'ai pas terminé mon terrain fin janvier. Entretemps, j'ai investi dans des légumes, des vitamines, de la viande et des fruits pour me rebooster le système. J'ai amené dans mes valises mon oreiller belge (no insult à celui de la Maison des Belges, mais quand même quoi), du linge propre et du chocolat. 
Par contre j'ai oublié mon épilateur.
Voici qui est fâcheux. Même en hiver.
Je suis gonflée à bloc, je vais réussir ce terrain, je dois réussir ce terrain, j'ai rechargé mon crédit téléphonique, je ne crains plus ni les "je vais vous retransférer au central", ni les "il a bien reçu votre email et il y répondra en son temps", ni les "ah mais vous voulez dire que vous enquêtez sur quelque chose qui s'est passé avant la refonte du système?". Et puis après tout nous pouvons toujours discuter sur la notion de réussite d'un terrain. Qu'est-ce qu'un terrain "réussi" après tout. Mmmh.
Que le prochain qui me dise que la thèse c'est la glande et que je suis sûrement en train d'utiliser l'argent de l'Etat pour batifoler dans les boutiques se fasse entartrer au merveilleux.
Quoiqu'il en soit, je constate que je suis arrivée au bureau à 9h, que j'y suis toujours et que j'ai faim; je vais donc vous laisser avec la promesse de posts futurs. Promis. J'ai bien reçu votre requête d'update du blog et j'y répondrai en son temps. Maintenant, je vais vous repasser au central.