Monday, December 19, 2016

Wuthering Heights (les Hauts de Hurlevent), Emily Brontë

Cette fois-ci j'ai lu un classique qui en a découragé plus d'un... Il est vrai qu'il est très difficile de se mettre dedans, l'auteur mettant les personnages et les lieux en contexte pendant presque trois chapitres avant que l'histoire ne commence vraiment. 
L'histoire commencer lorsque Mr Lockwood, qui souhaite louer Thrushcross Grange dans le Yorkshire, va rendre visite au propriétaire, Mr Heathclith, qui se situe dans une ferme coupée du monde, Wuthering Heights. Là, il trouve un assemblage familial un peu improbable: Mr Heathclith, qui est en apparence un gentleman, mais dont les manières sont rustres; sa belle-fille à peine sortie de l'adolescence, mariée à un fils qui est décédé; et un jeune homme qui parait faire partie de la famille mais qui est habillé et agit comme un serviteur. Coincé par la neige, Mr Lockwood est forcé de passer la nuit à Wuthering Heights. La nuit, il se fait visiter par le fantôme de Catherine, qui affirme avoir été perdue dans les landes depuis vingt ans. De retour à Thrushcross Grange, il se fait raconter toute l'histoire par la gouvernante, qui a été au service de Catherine jusqu'à sa mort. Et voilà l'histoire qui commence enfin, ça aura pris une bonne trentaine de pages quand même. Mais l'avantage c'est qu'on connait, du moins en partie, la fin de l'histoire, et qu'on se pose néanmoins la question de comment on en est arrivés là.
L'histoire est donc la suivante. Il y a de cela une trentaine d'années, la famille Earnshaw habitait à Wuthering Heights, avec deux enfants: le grand frère Hindley, et la petite soeur Catherine. Le père Earnshaw, lors d'un voyage d'affaires, ramène un jeune orphelin trouvé à mendier dans les rues, et comme ce gamin n'a pas de nom, il l'appelle Heathclith, qui lui ira comme prénom comme pour nom. Il n'est pas très clair si le père désire en faire un gentleman ou un serviteur. En tous cas, c'est la seconde interprétation que choisira Hindley, le grand frère, lorsque son père décédera. Il a en effet toujours été jaloux de s'être fait voler le rôle du fils chéri. C'est cette répétition d'humiliations qui animera le désir de revanche d'Heathclith, qui est le fil conducteur de toute l'intrigue.
Par contre, Heathclith et la petite soeur Catherine s'entendent terriblement bien, tellement qu'à la sortie de l'enfance, leur lien se mue en une affection passionnée. Catherine va néanmoins épouser le fils du voisin, Edgar Linton, car elle préfère une perspective d'ascension sociale, à celui d'épouser Heathclith qui a été rabaissé au rang de serviteur. Et là commencent les problèmes.
L'originalité de ce livre est que les personnages principaux sont odieux. Heathclith est un homme arrogant, cruel, violent, misogyne, habité par un désir de revanche et un manque de compassion absolu. Il jette des couteaux de cuisine sur sa femme, tue des animaux pour le plaisir, enferme des enfants en les laissant mourir de faim, met des mourants à sa porte les condamnant à crever sur le perron, bref, il est horrible. Sa seule qualité rédemptrice est sa capacité à aimer Catherine. Catherine, quant à elle, est égoïste, narcissique, cherche avant tout son propre intérêt, et si la passion d'Heathclith est claire et dévorante, la sienne se cache derrière plusieurs couches d'hypocrisie. Aucun des deux personnage n'est heureux ni ne peut être heureux.  Leurs seuls points communs sont leurs défauts, et tout au long du livre ils ne font que causer dévastation à leur entourage. Ils sont aussi tourmentés que les paysages sauvages du Yorkshire profond et de ses landes mélancoliques où les points de beauté sont rares.
Le thème du livre, il est vrai, est la relation amoureuse entre Catherine et Heathclith, mais au delà de cela, c'est aussi celui de la revanche d'Heathclith. Une revanche cruelle et disproportionnée non seulement sur les personnes qui l'ont humilié, mais aussi sur les personnes qu'il a envié, sur leur famille, sur leurs enfants, une revanche qui sera portée sur les générations suivantes lorsqu'il n'aura plus personne d'autre en face de lui. En clair, il fout les boules, et on se prend plus de sympathie pour ses victimes que pour lui. 
A la fin de ce livre, je suis admirative devant l'imagination de l'auteur, même si je me demande un peu ce qui se passait dans sa tête pour avoir imaginé tant de cruauté et de violence, tant physique que morale, à une époque victorienne où ces choses-là ne se disaient pas. A chaque chapitre on se demande comment les choses peuvent empirer davantage, et à chaque fois on constate qu'elles empirent. En fait, c'est un roman épouvantable, mais qu'on ne peut s'empêcher de le lire, par espoir qu'il se finisse bien. 
Et je vous rassure, il finit bien.
En quelques sortes. 
Enfin, je vous laisse le suspense, quoi.

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