Wednesday, August 10, 2016

Knackivresse

Tout d'abord, rassurons-nous: KNACKI A ÉTÉ RETROUVÉE!

Bien, et maintenant que cela est établi, commençons ce long récit par le commencement. 
(J'ai dit que ce serait long)
(Perso je me suis fait une théière)
(C'est à vous de voir).

Vendredi 5 août, le week-end s'annonçait prometteur, et pour cause: en fin d'après-midi, je prenais l'Eurostar avec Isa et Isa pour aller voir Isa (heu non, Dgé) à Londres. Knacki était tout naturellement restée chez mes parents. Tout se passait bien, jusqu'à ce que vers 22h (23h heure belge), je reçoive un SMS de Maman me disant que Salami était rentré tout seul, sans Knacki. Connaissant Knacki, cela ne voulait dire qu'une chose: c'était mauvais signe. 
Alors, pour l'historique, il n'est arrivé qu'une seule fois que Knacki ne rentre pas le soir. Malgré son tempérament fugueur et son instinct de chasse surprononcé, elle aime trop le confort de son panier et a toujours su retrouver son chemin. Sauf ce soir-là, il y a un an, où elle était partie avec Chica, et où Chica était revenue toute seule en pleurant (sur ce point-là elle était plus intelligente que Salami qui s'est bêtement contenté de rentrer, mais soit). Nous avions fait un tour du jardin, qui est parsemé de terriers de lapin comme du gruyère, et étions sur le point d'abandonner, lorsque sur la terrasse j'ai entendu comme un semi-chouinement. Knacki était coincée dans un terrier, à côté de la porte d'entrée, juste sous nos yeux, et elle n'appelait pas au secours. Elle restait complètement silencieuse! Quelle chance de l'avoir retrouvée! 
Pourtant ce n'est pas que Knacki n'ait jamais fugué, un teckel ça se faufile sous toutes les barrières, et de temps en temps il est arrivé qu'un brave voisin nous la ramène. Knacki est ultra sociable. Dès qu'elle est perdue, elle va trouver un inconnu. Dès le début donc, son absence était inquiétante. Mes parents ont fait des tours et des tours jusque tard le soir et il était clair que Knacki n'était dans aucun des terriers du jardin. Ils ont dû abandonner. La nuit a été très mauvaise pour tout le monde.
Le lendemain, je suis rentrée dare dare par le premier Eurostar disponible (et entre parenthèse, les billets "échangeables" c'est une grosse arnaque, le "supplément de frais éventuel" correspond au prix d'un nouveau billet, mais soit). Ma famille s'était déjà largement mobilisée pour chercher Knacki dans le jardin et chez nos voisins immédiats. Il fallait viser plus large. Dans le train, j'ai bidouillé en vitesse un avis de disparition, inspiré du post facebook que j'avais rédigé la veille, et avec Kev et Eliane on a organisé une campagne de mobilisation du quartier. C'était difficile, car la plupart des gens étaient en vacances, ou bien voyant un jeune une affiche à la main sonner chez eux ne voulaient nous ouvrir. Kev m'a avoué comprendre le vécu d'un témoin de Jehovah... Mais les voisins qui ont pu être contactés ont été très gentils, j'ai appris plus tard qu'ils avaient recherché Knacki et qu'ils venaient régulièrement aux nouvelles chez mes parents. Mais Knacki n'était pas chez eux.
De son côté, la campagne facebook prenait son essor, les partages se comptaient par centaine désormais. Vers 18h30, un homme m'a contactée: il avait lu l'avis de disparition sur facebook, et il en est certain: il avait vu Knacki à Overijse! Mais elle était paniquée et ne se laissait pas attraper. Il était sûr que c'était le même chien. Cependant, outre la distance parcourue, j'étais assez désemparée face au comportement de Knacki: d'habitude si sociable, pourquoi s'était-elle mise à craindre les gens? Mais pleine d'espoir, j'ai abandonné les fouilles dans le quartier pour aller à Overijse. La soirée a passé, je distribuais des affiches dans des boites aux lettres, j'en placardais d'autres, je parlais aux gens, mais personne ne l'avait vue. J'aurais été rassurée de trouver un second témoin! "Il reste demain", me suis-je dit en rentrant à la nuit tombée, pensant à Knacki passant sa seconde nuit dehors. J'avais de la chance. Quand Chica avait disparu, les appels n'avaient commencé que vers le troisième jour; ici, j'en avais un directement. De plus, la météo était clémente. Ce n'était qu'une question de temps avant qu'un second appel n'arrive.
Mais le lendemain, pas d'appel. Je suis retournée à Overijse mettre des affiches, puis vu le manque de succès de ma démarche, j'ai commencé à douter. Je suis rentrée placarder tout Wezembeek avec ma mère, au delà du quartier immédiat, au cas où. Je voulais surtout une confirmation que mon chien était bien en vie. Le doute s'insinuant, le soir, j'ai fait le tour du jardin, puis des jardins des voisins, en appelant Knacki, en écoutant chaque terrier; démarche qui avait déjà été faite par ma famille, mais le souvenir de son silence lors de son dernier emprisonnement sous terre me glaçait le sang. Ma tante Marino, qui nous a rejoint pour les recherches, nous a informés qu'il y avait un bois pas très loin de chez nous, chose que nous ne savions pas, mais que Knacki savait très bien au vu du nombre de riverains qui l'y voyaient régulièrement. J'avais presque l'impression de fouiller dans la vie de Knacki: des voisins inattendus me disaient avoir très fréquemment Knacki chez eux; j'ai découvert le barbelé où elle s'était faite sa vilaine entaille, le terrier qui avait cette terre si jaune dont elle rentrait parfois couverte. Mais il n'y avait de trace de Knacki nulle part. Je m'en suis voulue: cela faisait plus de deux jours. J'ai trop vite assumé que sa recherche se déroulerait comme celle de Chica, comme une course poursuite où il fallait anticiper les appels suivants. Je m'en voulais de ne pas avoir suivi ma première intuition, celle du terrier. Si Knacki était coincée, déshydratée, blessée, elle avait sans doute déjà perdu connaissance. 
Le dimanche soir, troisième soir, toujours pas d'appel. Mais les commissariats et les refuges étaient fermés le week-end; si quelqu'un avait vu ou même recueilli Knacki, il les contacterait peut-être lundi. Sauf que lundi a passé et mon téléphone ne sonnait pas. J'ai contacté tous les commissariats de police, de Woluwé à Chaumont-Gistoux; tous les refuges et cliniques vétérinaires de Bruxelles et des deux Brabants; Alex, Virginie et Maman m'ont aidée à contacter les vétérinaires sur Wezembeek, Kraainem, Tervuren, Overijse, Huldenberg, Hoeilaart et la Hulpe. La mobilisation facebook battait son plein: plus de 500 partages. Claire avait posté mon annonce sur tous les sites de disparition de chiens, en français comme en néerlandais. Mon messenger affluait de messages de sympathie, mais aucune indication sur l'endroit où on aurait vu mon chien. Je suis même allée à la police de Wezembeek pour connaitre les démarches à faire en cas de suspicion de vol, car c'était cela mon espoir maintenant, pour expliquer le silence de mon téléphone. (Pour votre information, il faut appeler la société qui a émis le chip de votre chien et le signaler comme volé ou perdu). Mais moi-même je n'y croyais pas trop. Un officier de police m'a dit fermement, "tant qu'on ne l'a pas retrouvé mort, vous devez vous dire que votre chien est vivant". J'ai essayé de tenir à cette phrase. 
Puis je suis retournée imprimer 250 affiches, et avec Steph on a placardé toute la soirée et une partie de la nuit: Overijse, Hoeilaart, Maleizen, Genval, la Mazerine, la Hulpe. C'était une belle fin de journée: un coucher de soleil rose et orange comme il y en a peu. Ce soir-là, j'ai eu la certitude que Knacki ne vivrait pas pour voir le lendemain. J'ai espéré que cette paisible image l'emmène sans souffrance, et que la psychologie canine différait suffisamment de la nôtre pour ne pas qu'elle réalise l'ampleur de sa solitude. Elle me manquait terriblement. J'étais désemparée. Le lendemain, je pouvais encore placarder du côté de Tombeek et Huldenberg, mais après? Refaire une affiche uniquement néerlandophone plutôt que bilingue pour être certaine que les commerçants d'Overijse l'acceptent? (Vous seriez étonnés de voir à quel point les querelles linguistiques tiennent dans les petites choses). Et après, si je n'avais toujours pas été appelée? Tant qu'il y a encore quelque chose à faire, tant qu'on peut être actif on tient le coup. Mais le mardi matin, au bout d'une quatrième nuit sans elle, j'avais presque épuisé tous mes recours, et mon téléphone ne sonnait toujours pas. J'ai pris une résolution: le soir je devrais commencer à faire mon deuil. 
Alors j'ai refait un tour du fameux bois en vain. Puis Lio a proposé de venir fouiller des terriers avec une caméra thermique. Pourquoi pas, au point où on en était. En fait, cela faisait surtout passer le temps, pour donner l'impression de ne pas abandonner, pour prolonger le plus possible cet instant où l'espoir était encore permis. Pour la première fois depuis quatre jours, j'ai oublié mon téléphone à l'intérieur - je n'attendais plus d'appel. Nous étions en train de chercher le dernier terrier - tous vides - quand j'ai entendu ma mère crier. 
"On t'a rapporté ton chien!"
Et là, dans le jardin, un jardinier tenait Knacki dans ses bras. Il avait appelé sur mon téléphone, on avait décroché et on lui avait donné l'adresse, mais c'était maintenant moi qu'il fallait trouver dans ce fameux dédale de terriers. Quelle joie! Knacki était là, vivante! Elle était consciente mais très peu réactive, et surtout elle avait une horrible blessure qui lui traversait l'abdomen et qui saignait abondamment. Le jardinier a expliqué qu'il allait travailler dans le jardin d'une maison du quartier à Tervuren, comme tous les mardis. C'était une maison qui se trouvait dans la zone couverte par Eliane le premier jour des fouilles et dont le propriétaire était en vacances; et comme attendu Knacki n'avait pas appelé à l'aide en entendant crier son nom. Le jardinier a trouvé Knacki coincée dans un grillage; la pauvre s'était si bien emmêlée dedans qu'elle ne pouvait plus faire un mouvement sans se blesser davantage. Elle avait passé ces quatre jours coincée, blessée, sans eau ni nourriture, à attendre. Si le jardinier n'était pas passé ce jour-là, on n'aurait eu que l'image de sa lente agonie pour nous hanter. 
Le plus ironique dans tout cela, c'est que ni la campagne facebook massive, ni les affiches, ni les appels n'ont aidé à la retrouver. Nous devons tout au hasard, à la chance, à la bonne étoile. Quand nous avons vu Knacki dans les bras du jardinier, toutes les émotions se sont chamboulées. Pour moi, c'était l'incrédulité. Je ne pouvais pas croire qu'en un instant, le voile avait été levé, et nos inquiétude avec lui. Maman a d'abord pris Knacki dans ses bras, lui cherchant un essuie propre pour presser la plaie, pendant que je contactais les urgences vétérinaires. Pour info, elle pleurait plus qu'à n'importe quelle défense de thèse. Puis nous avons filé. Sévèrement déshydratée et avec une vilaine blessure, Knacki a immédiatement été prise en charge. Cela fait maintenant deux jours qu'elle est à la clinique vétérinaire. Elle a 17 points de suture et une plaie horrible. Mais elle est très en forme, réagit positivement, et ses fonctions rénales n'ont pas été affectées par la déshydratation. Quand je suis là, elle mange, boit, se promène, fait ses besoins, et essaie de butter les chats dans la salle d'attente. Quand je pars, qu'est-ce qu'elle pleure... Elle hurle... Elle veut rentrer à la maison! Mais bientôt tout cela est fini, je la récupère demain logiquement.
En attendant je souhaite remercier tout le monde pour l'énorme mobilisation dont vous avez fait preuve: les personnes mentionnées sur ce post, les 550 qui ont partagé le post facebook, et tous les inconnus qui ont ouvert l'oeil. Même si au final personne n'aurait pu la trouver, cet élan m'a permis de tenir le coup, de me sentir soutenue, de rester forte et de garder espoir. C'est touchant de voir le nombre de personnes que la disparition de Knacki avait touché, ainsi que leur soulagement de la voir revenir. Je reçois un tas de messages. Quand les gens me voient enlever les affiches, ils me posent des tas de questions et sont visiblement soulagés. C'est comme la fin d'un mauvais rêve. Le post-op s'annonce folklorique, connaissant la nature peu tranquille de Knacki, son aversion du cône et ma tendance à tourner de l'oeil à la vue du sang. Mais en même temps je me rappellerai longtemps de l'inquiétude face à l'alternative... 
Pour les plus curieux, voici quelques photos:
Inspection des terriers
Une bonne frite boulette à Maleizen pour nous récompenser des 100 premières affiches collées

Evidemment, la photo du retour!!!

Et le soir même, après une première intervention
La poubelle papier après avoir récupéré toutes les affiches

Knacki veut rentrer!

Il me reste à conclure par un message caritatif à l'intention des propriétaires de chiens: savez-vous que votre protégé canin est peut-être un donneur de sang potentiel? S'il pèse plus de 25 kg, qu'il a moins de 7 ans et qu'il a ses vaccins, il peut peut-être sauver une vie... Pensez-y et parlez-en à votre vétérinaire ou à une clinique vétérinaire! Cela peut être combiné avec une simple opération de détartrage par exemple, et sauver des petits chiens fugueurs qui se prennent dans des grillages... 
A une prochaine fois pour un Knackupdate plus calme!

3 comments:

Anonymous said...

Wow quelle histoire dis donc ! Tu es passée par de grosses émotions. Heureuse pour toi que tout finisse bien. On voit beaucoup de maîtres qui baladent leur chien le long de l'océan ici... de quoi penser souvent à toi, Knacki et Salami ! Gabriel ne manque jamais de me signaler par un "woufwouf" qu'il a repéré un de ces compagnons fidèles... et peut-être aussi un peu fugueurs ;o) Bonnes retrouvailles en tout cas ! Kiss de nous 3. Colienne

Fabienne said...

Toutes les affiches... Je suis sûre qu'il y en a encore.
Vous avez inondé les quartiers, proportionnellement à l'angoisse, je suppose.
C'est aussi épuisant de les enlever, même si c'est avec le cœur léger.
Je retiendrai l'extraordinaire gentillesse de beaucoup d'inconnus ou pas et leur écoute.
Et suggère d'investiguer pour une puce GPS .

Esmeralda Vermeulen said...

Tout est bien qui finit bien. Loin de l'action et impuissante face a la situation, je n'ai pu etre que le temoin de ton desarroi et propre impuissance face a toutes ces incertitudes sur le territoire a couvrir!!! Quelle angoisse. J'espere que tu ne revivras plus cet enfer!