Friday, November 27, 2015

The Great Escape

Vendredi passé, un hasard de calendrier avait fait que nous avions Chica, et Fourchette, Knacki et Salami sous le même toit, ce qui était à la base plutôt rigolo comme perspective. Nous avions tous les ingrédients pour un bon scénario: Knacki et Chica les deux meilleures amies du monde, avec Salami jaloux comme une teigne et sans doute secrètement amoureux des deux en même temps, et Fourchette comme personnage burlesque mono-obsessionnel pour contrebalancer la tension narrative de ce triangle amoureux. Bref, ça s'annonçait plutôt prometteur. 
Sauf que. (Et je vous rassure, vous qui allez lire la suite, cela se termine bien).
(Et aussi, je raconte les événements dont j'ai été témoin, donc cela se concentre beaucoup sur ma version des événements, mais je ne suis pas au centre de cette histoire! Nous étions très nombreux à être mobilisés de beaucoup de manières différentes...)
Le lendemain matin, samedi, on a ouvert la porte du jardin aux chiens pour qu'ils aillent faire leurs besoins, comme d'habitude. Généralement ils rentrent très vite car ils veulent manger. Mais Knacki et Chica étaient visiblement heureuses de se revoir et sont restées plus longtemps. Un peu plus longtemps. On ne s'inquiétait pas, au début. Puis de plus en plus longtemps. Au bout d'un moment on a réalisé qu'elles n'étaient pas à leur endroit habituel, et que d'ailleurs on ne les entendait plus. Trois heures après, Knacki est rentrée seule. Là, c'était le stress. 
Dans le jardin de mes parents, le premier scénario catastrophe du teckel, c'est le terrier qui s'écroule. On a fouillé tous les terriers, démoli tous les tas de bois, on a appelé comme des malades, appelé les voisins, fouillé leurs jardins, on n'a pas trouvé Chica. Il a commencé à pleuvoir, puis le froid est descendu d'un coup, et il a commencé à neiger. Quel bad! Quand on ne l'a pas entendue dans les terriers, on a envisagé le second scénario catastrophe: l'exploration téméraire des alentours. Nous avons alors fait des rondes du quartier, mais difficile de mobiliser des passants, car il n'y avait personne dans les rues à cause du temps affreux et de la menace terroriste (ambiance ambiance). A chaque heure l'obscurité gagnait du terrain, puis la nuit est tombée, et il a commencé à geler. C'est le coeur lourd que nous sommes allés dans notre lit, alors que le froid traversait les fenêtres et que même sous nos couettes nous avions du mal à nous réchauffer. 
A. et R. (les maîtres de Chica) sont revenus dare-dare dans le premier avion, qui était le lendemain matin, dimanche. Entre temps ils avaient posté un avis de disparition sur facebook qui avait commencé à circuler. Espoir! Grace à cette annonce, quelqu'un a appelé pour dire qu'il avait vu Chica la veille, près de chez mes parents. Le problème est qu'elle ne se laissait pas attraper, elle était très craintive. L'espoir est cependant vite redescendu lorsque les battues du dimanche n'ont rien donné et qu'une seconde nuit de gel est tombée. Les jours suivants ont été tout aussi silencieux et aussi froids, plus personne n'a vu Chica pendant des jours, malgré la diffusion de l'avis de disparition sur les réseaux sociaux et les affiches mises dans les rues. Il y avait de quoi être pessimiste.
La photo que vous avez pu voir passer...

Puis, mercredi, soit cinq jours après sa disparition, l'espoir est soudainement revenu. Une dame a appelé pour dire qu'elle avait aperçu Chica à Duisburg (Tervuren), soit à 7km de son lieu de départ. Cette fois-ci on croisait des gens dans les rues, et quand on montrait les affiches, ils reconnaissaient Chica et son collier! Ils l'avaient vue la veille à Tervuren! Et toute la matinée autour du terrain de foot! Et vingt minutes plus tôt à deux pâtés de maisons! Mais elle fuyait tout le monde et était très rapide. Nous étions cinq à la chercher avec la certitude que nous étions tout près d'elle, et malgré cela nous ne l'avons pas vue. L'espoir a tenu jusqu'à la tombée du jour. Puis la nuit est tombée à nouveau, et les recherches ont été abandonnées à contre-coeur. 
Le soir, A. et moi sommes revenues pour distribuer des affiches (traduites en néerlandais approximatif en triple vitesse) dans les commerces. Nous étions prêtes à partir quand à 18h30, retournement de situation: Chica était à nouveau au terrain de foot! Nous nous sommes précipitées. Toute la soirée, cela a été une course-poursuite. On l'avait vue à 500 mètres 5 minutes plus tôt, mais elle n'y était plus, elle était partie dans telle direction, puis on perdait de nouveau sa trace, on la retrouvait... On roulait les fenêtres ouvertes en criant son nom... Pour finir par perdre définitivement sa trace. Nous avons terminé la soirée en écoutant les habitués du bar du football club nous dire qui l'avait vue et où, et qui n'était pas parvenu à l'attraper, en espérant qu'elle reste sur place le lendemain. 
Sauf que le lendemain, jeudi (soit hier), nous avons pu établir qu'elle était partie sur Eizer (Overijse). Puis, vers 14 heures, elle a été aperçue à Huldenberg. Elle commençait à vraiment courir de la distance et était décrite comme maigre et paniquée. Par un coup de chance j'étais à côté, je suis donc allée en éclaireur. J'ai interrogé les habitants d'Huldenberg ("Guten Tag, heu goedendag, wir hebben eine hond verloren"). Par chance, j'ai croisé un officier de police en vadrouille, qui m'a dit avoir vu Chica quelques kilomètres plus loin, à Ottenburg (près de Wavre), et me donne le nom d'une rue. Je me rends à Ottenburg, et là je croise une dame qui me confirme avoir vu Chica dans cette même rue! Mais comme pour la veille, j'arrivais après les faits. Chica avait quand même fait 13 kilomètres pendant la nuit, contre 7 kilomètres cumulés pour les cinq jours précédents, elle était visiblement en panique en train de fuir sans direction. Et en effet lorsque la team battue est arrivée, il est vite apparu qu'elle pouvait être n'importe où. Le soir a commencé à tomber, encore une nouvelle nuit de gel. Pour couronner le tout la police a appelé A. pour désavouer l'information que j'avais recueillie: le teckel qui avait été vu à Ottenburg n'était pas Chica. Bizarre, car pour moi deux personnes l'avaient formellement reconnue sur base de la photo que je leur avais montrée. Mais c'était encore plus décourageant, car du coup cela voulait dire qu'on cherchait au mauvais endroit. On la pensait peut-être à Loonbeek. Quoiqu'il en soit, on était là en pleine campagne, et il fallait en faire de la route avant de croiser des gens et des commerces. Qui allait attraper Chica dans ces conditions?
Et puis ce matin, la nouvelle qu'on n'attendait plus: Chica a été attrapée à Ottenburg! Paf, comme ça, un dénouement miracle, comme quoi l'espoir reste permis en toute circonstance. Une amie d'amie des maîtres de Chica, qui avait vu l'annonce, a aperçu Chica dans le jardin d'une ferme! A côté de l'endroit où nous avions cherché la veille et où soit-disant elle n'était pas... Cette fille était au travail avec son équipe, ils s'y sont tous mis, et Chica a enfin pu être attrapée!
Voici plus ou moins le trajet de Chica...
Six jours et six nuits de cavale, à des températures très basses, probablement sans manger, et plus de 20 km parcourus (estimation à vol d'oiseau)... Les retrouvailles ont bien sûr été très émouvantes, et Chica va bien même si elle est très amaigrie.
La photo de la victoire

Et voilà! Heureusement l'histoire se termine bien, parce qu'on se sentait quand même sacrément responsables de cette histoire. Au final quand ce genre de chose arrive ce n'est la faute de personne et en même temps tout le monde se sent coupable... La faute à la personne qui a ouvert la porte, à celle qui n'a pas surveillé la promenade des chiens, à celle qui a accepté le dogsitting... A notre naïveté de penser que quatre teckels c'était gérable... Ou encore à la personnalité fugueuse de Knacki, à la personnalité craintive de Chica, et plus généralement à la menace terroriste qui a vidé les rues et au gel qui a si rudement frappé au moment le moins opportun! On se sentait tous horriblement mal et angoissés au possible! En tous cas c'est un magnifique élan de solidarité qui est sorti de cette aventure, avec une mobilisation incroyable, tant d'amis que d'inconnus. Cela vous rend confiance en la nature humaine et envoie un message d'espoir pour les situations qui semblent perdues d'avance...
Et vivent les teckels, saucisses warriors de l'extrême!

2 comments:

Maman said...

Nous connaissons beaucoup mieux notre coin, tellement nous l'avons parcouru a pied, en vélo, en voiture. Parlé à beaucoup de gens, amélioré notre neeleandais... Mais tellement angoissé que je ne souhaite plus jamais recommencer cette expérience.

Esmeralda Vermeulen said...

Ah ben quelle histoire emouvante! Heureuse que tout se soit bien terminé. Et finalement heureusement que Chica vous ait eue comme dogsitter car d'autres n'auraient probablement pris tant a Coeur de la retrouver et de se demener autant!