Thursday, September 17, 2015

Le doute

Après les premières révisions arrive l'heure cruciale où on lit les commentaires de son promoteur qui disent: "où est ton interprétation?" et "analyse pas assez aboutie". L'heure où on se demande ce qu'on a fait de trop peu, s'il ne faut pas se taper un retour dans la théorie, approfondir encore, si près de la date de remise. Le moment où on se demande si on a vraiment le niveau pour faire une thèse, si ce qu'on fait n'est pas juste du journalisme informé, avec un semi-nappage de pseudo-théorie pour qu'on ne devine pas qu'on est un imposteur. Mes collègues appellent ce moment "le patchwork", là où on se rattrape à tout ce qu'on peut trouver dans la science pour potentiellement appuyer ce qu'on dit, et où on patchworke toutes ces idées ensemble dans l'espoir que ça passe. 
My God, je vais me faire démonter à ma défense, d'une force, mais d'une force...
Venir d'un diplôme d'histoire et passer en sciences sociales, en tentant d'auto-combler son manque théorique, c'est dur. Déjà, faire une thèse, quelle que soit la discipline, c'est difficile. Sur la fin, il y a un stade où la thèse devient tellement associée à sa vie que toute critique est prise comme un manquement personnel. Après six ans on a juste envie de rendre et peu importe si l'analyse n'est pas assez aboutie, de toutes façons on ne fera pas mieux, on n'en est pas capable, on n'est pas assez intelligent, on est nul, et de toutes façons on n'est pas fait pour l'académique et qu'est-ce qui nous a pris, d'abord, de commencer cette thèse. 
Les collègues appellent ça aussi "le syndrome de l'imposteur". On a tous l'impression qu'on n'a pas sa place là, mais si on fait suffisamment semblant, on pense qu'on parviendra à en persuader les autres - pour un petit temps, du moins. 
Et pour dépasser ça, ben, il faut s'y remettre, et essayer de ne pas se rendre malade et de ne trop s'en faire des insomnies. Bref, je suis de retour dans la littérature pour effacer cette "analyse pas assez aboutie" et trouver un truc correct qui ne soit pas trop du patchwork... 
Mais franchement, qu'est-ce qui m'a pris de commencer cette thèse?

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