Thursday, November 13, 2014

La to-do list

Je suis dans ma chambre. Je regarde autour de moi, et ce que je vois, ce ne sont pas les murs joliment peints, ni les abats-jours dans les tissus des rideaux, ni la commode repeinte dans la même peinture que les plinthes. Pourtant c'est ça que remarquent les gens quand ils viennent visiter chez moi: que c'est fini, que je suis "installée". Mais non. C'est loin d'être fini, et je suis loin d'être installée. Moi ce que je vois dans cette pièce, ce sont les trois araignées dans un des coins, et ma procrastination du moment où je vais devoir les gérer, car de toutes façons ne nous faisons pas d'illusions, ce sera pour moi. Je vois aussi qu'il manque une ampoule à une lampe. Sur ma commode se trouvent en vrac des affaires de la salle de bain, et planqué entre le mur et l'armoire, les paniers dans lesquels je suis supposée les trier. Ils sont à la même place depuis juillet. A côté j'ai une caisse avec mes bas-collants et mes ceintures, et sans doute d'autres choses; à jeter? Entre mon lit et mon mur, d'autres caisses débordent. Je n'ai aucune idée de ce qu'il y a dedans, j'ai des peluches qui semblent sortir des unes, du matériel de bureau d'une autre. Sans doute du courrier, encore et toujours, éternellement, tout ce courrier que j'ai empilé en vrac depuis 2007 sans aucun tri. En face de moi, sur le mur, la peinture se fissure là où se fait le raccord entre la colonne porteuse et le mur. Ce mur est vide. Je voudrais y mettre des cadres, mais il faut que je choisisse les photos que je devrais développer. Ces photos que je dois récupérer à gauche et à droite, que je dois centraliser. Un jour. Et ça, c'est juste pour cette pièce.
En fait, tout dans cette maison est une to-do list. 
Parfois, j'ai l'impression d'avancer. Je travaille au jardin. Je fixe un cadre. Je trie du courrier. Je vide une caisse, la déplie et la met à côté des autres dans le garage. Mais la tâche est tellement énorme et semble tellement vaine, en fait je n'avance pas. Pour chaque morceau de caisse vidée en haut, il y a en bas de la vaisselle qui s'accumule, de la lessive qui n'est pas faite, ou du matériel de couture qui se retrouve mal placé. Dans mon salon, j'ai planqué du désordre derrière les rideaux, derrière des chaises. Il y a des affaires partout, de l'inclassable qui déborde, de l'inachevé à chaque coin. C'est comme si le désordre avait une vie indépendante et venait s'immiscer par tous les interstices, un peu comme le froid dans une maison sans chauffage. D'ailleurs il fait froid ici. J'allumerais bien un feu, mais j'ai tenté cette semaine de relire le mode d'emploi de ma cassette, et non seulement je ne comprends toujours pas le mécanisme, mais j'ai réveillé une guêpe en hibernation, et vous savez tous combien j'aime ces bêtes... 
Et je sais bien que je pourrais prendre mon courage à deux mains et faire une grande action, au lieu de toujours faire des petits trucs qui m'épuisent à chaque fois un petit peu. Mais c'est comme la thèse. Là aussi, je devrais faire une grande action. Mais c'est trop à gérer de front, à gérer toute seule. Alors entre temps, le temporaire devient permanent. 
Je me demande si l'année prochaine à cette période-ci, mes affaires de salle de bain ne seront pas toujours au même endroit sur la commode...

2 comments:

Esmeralda Vermeulen said...

(Grace a ta blog list, je viens d'apprendre que mon blog a publie un article schedule...!)

Concernant ton bordel ;), ce n'est pas vraiment la quantite de choses a faire ou les caisses qui s'accumulent le probleme, c'est comment reagir face a ces choses.

Quelque part, on aura toujours un projet non fini qui ronge une partie de nos synapses, et on aura aussi toujours de la vaisselle, de la lessive, du nettoyage, des bebetes a tuer, des feuilles a ramasser, du courier a trier, des factures a payer, etc... ca ne finit jamais! Quand tu as fini un cycle, le suivant s'enclenche!

Je dirais, tes caisses sont bien la, non? Et puis surtout, c'est pas grave si elles restent la! Vraiment... quand tu y penses, au fond de ton tout toi, qu'est ce qui va changer quand tes caisses seront la ou elles doivent etre?

Je comprends bien que pour l'instant 'Si, c'est grave' tu veux voir ta maison toute belle et parfaite comme tu te l'etais imaginee. Je suis aussi passee par cette phase.

Il y a des choses par contre qui ne peuvent pas attendre comme la these, les lessives, les courses, etc...

Je ne suis toujours pas au bout de ma to do list non plus (tu devrais voir l'armoire vetements de Nico!!!! ou le bordel familial dans cet enorme meuble qui occupe 25% de notre veranda).

Mais d'un autre cote, et c'est ca que je me dit aussi pour la mienne, que vas-tu faire quand elle sera finie?

Une maison tu peux la voir soit comme un chantier permanent ou comme un moeulleux au chocolat:
Dans le premier cas, tu veux arriver au bout au plus vite, le deuxieme tu veux faire durer le plaisir, prendre du plaisir a chaque bouchee (=chaque piece, chaque element d'une piece delicatement et parfaitement pense).

The choice is yours. Hurry hurry hurry all the fricking time, or take your time and enjoy the journey?

Parce que la to do list, elle est sans fin!
...

Alice said...

moi j'ai envie de dire: 95% des gens ont le même problème et admirent les 5% des gens qui font les choses tout de suite :-) (je ne fais pas partie des 5%)