Thursday, January 16, 2014

Blah

Je ne sais pas quel genre de boulot vous avez, si c'est le genre 'actif sur le terrain' ou 'derrière un ordinateur toute la journée'. Le doctorat a un peu des deux - du moins si on choisit bien son terrain - mais la dernière phase, là, celle-ci précisément, c'est pas très actif sur le terrain, disons. Tellement que je me demande comment les doctorants en fin de thèse finissent toujours par perdre du poids, alors qu'en soi le corps ne bouge pas beaucoup, mis à part les doigts sur le clavier. 
(C'est le stress, me dit-on).
(J'aurais dû m'en douter).
Bref. Ceci est encore une journée à regarder un beau document word, avec des phrases que j'ai écrites mais dont je ne me souviens plus, et à réviser, réviser, et encore réviser. Sauf qu'à un certain moment les mots commencent à se détacher de la page et à ne plus faire aucun sens, le fil conducteur se perd, et je peux vous dire que la motivation, à ce moment-là, est vraiment difficile à trouver. 
(Elle se trouve dans le stress, me dit-on).
(Ca aussi j'aurais aussi pu m'en douter).
Quand j'ai dit que je n'avais pas vraiment de bonne résolution cette année, je réalise qu'en fait, j'en ai quand même quelques unes. Et l'une de ces résolutions est de présenter des chapitres de ma thèse encore à écrire à des conférences qui se rapprochent très vite, histoire de m'imposer une deadline. Parce que sinon je laisse les mots se détacher de l'écran toute la journée, je checke mes emails de façon compulsive, je zone sur facebook, je m'occupe de mes travaux même quand il n'y a rien à faire, et je n'avance pas. 
Mais c'est dur, amis bloggeurs - et j'en vois qui ricanent derrière leur écran parce qu'ils finissent tous les soirs à minuit ou qu'ils ont des enfants qui ne dorment que par tranches de deux heures. Mais malgré ça, je maintiens que c'est vraiment dur. Traditionnellement je suis une fille qui aime beaucoup l'écriture, mais là, l'endurance commence un peu à me manquer. L'effort demandé pour extraire de mon cerveau le moindre mot, la moindre phrase ou trouver le moindre synonyme me semble surhumain. J'ai l'impression de suer des heures de concentration pour n'être productive que par brefs sursauts. Et puis après avoir arraché ces phrases de ma tête, et bien, il faut tout réviser, encore et encore et encore. Tout remettre en ordre, ajouter, enlever, harmoniser, refaire la structure, pour qu'au final rien n'ait plus de sens et qu'on ait l'impression que tout est nul. Et ça sur des centaines de pages, qui s'accumulent dans des documents et sur lesquelles on finit par ne plus avoir aucune vue d'ensemble.
Et pourtant, à y réfléchir, j'ai toujours voulu faire ce que je fais maintenant. J'ai toujours voulu un job qui me demande d'écrire. J'ai toujours cette immense satisfaction à chaque fois que j'ai écrit quelque chose de bien. En plus je n'en ai même pas marre de mon sujet, je pense qu'au contraire il est vraiment intéressant. Je suis aussi très bien tombée pour mon centre de recherche, mon promoteur, mes collègues, mon bureau. Bref, je suis dans les conditions de rédaction optimales. 
Le problème c'est qu'il y a tellement à faire, tellement d'éléments à mettre ensemble, à écrire, et que c'est tellement long... J'en ai juste marre de rédiger. C'est trop d'écriture pour pas assez d'autre chose. C'est d'ailleurs trop d'écriture par rapport à une thèse normale, ça je le sais aussi, il y a des gens qui s'arrêtent au stade où j'en suis maintenant, alors que dans mon plan j'arrive seulement à la moitié. Si un jour je veux publier cette thèse je devrai la couper de 200 pages, au moins. J'ai vu trop grand, j'ai voulu prendre l'évolution d'une politique en entier et pas seulement me concentrer sur une séquence ou sur un groupe de pays, et maintenant je suis tellement engagée dans mon sujet que je n'ai pas le coeur de revoir mes ambitions à la baisse. Parce qu'avec tout ça j'ai le matériel, j'ai des données que personne n'a, vu des archives que personne n'a pu consulter, et fait des interviews très exclusives. Il faut juste que j'analyse tout ça, et puis bon. Que je l'écrive.
Enfin. Logiquement, après ma présentation de la semaine prochaine, je me remets à lire de la théorie. Et là je rigolerai bien en me disant que j'osais me plaindre...

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