Tuesday, February 26, 2013

De la réconciliation entre la thèse et la vie sociale

Quand on est en fin de thèse se pose très vite une question cruciale: l'équilibre Pareto-optimal entre tout ce qui est thèse et tout ce qui n'est pas thèse. Alors au début ça commence assez normalement: notre corps, tout naturellement, nous fait signaler qu'on n'est plus un jeune étudiant de vingt ans qui entame un blocus après avoir été en vacances relatives toute l'année; mais qu'on a bien dix ans de plus, qu'on est un vieux truc dans une vieille carcasse, et que bon, il y a des limites. Il y a quand même des moments où on doit manger, et dormir, et faire un minimum de sport, et faire aussi d'autres trucs que la thèse parce que bon, sinon mentalement, c'est quand même dur.
Mais au fur et à mesure que l'échéance se rapproche on se surprend à constater les merveilles de l'énergie du désespoir. On travaille de plus longues heures, et progressivement on arrive à un stade où si rien ne se met en travers de notre route, on voudrait bien travailler de 7h à 23h, avec une pause café toutes les 2 heures (quand même). Surtout si en fait on a eu une illumination à 5h du matin et qu'on n'a pas pu se rendormir après, et que de toutes façons la différence entre le lundi et le samedi n'est que culturelle mais qu'en soi on peut y travailler exactement pareil. Et là se pose un problème.
D'abord parce qu'on n'a pas le droit de travailler de 7h à 23h. Il y a toujours un truc qui tombe. Genre, quand on fait des travaux dans sa maison, par exemple. Ou quand le frigo est vide*, ou qu'on n'a plus de sous-vêtements propres*, ou qu'on doit payer des factures, ou que le Paternel fait remarquer, d'une voix solennelle, "dis c'est normal qu'il y a de la mousse qui se développe sur ta voiture? Tu ne l'as plus lavée depuis quand?" Et qu'on se rend compte qu'on est déjà en train de chronométrer le temps qu'on met à se laver le matin.
Et puis, on se rend compte qu'à la différence avec le blocus, c'est que cette fois-ci on est tout seul dans son coin à faire son nerd. Les autres continuent à avoir une vie sociale saine et régulière, et par la nature des choses, cherchent à vous y associer. Et là ça devient dur, en tous cas pour moi, car on se retrouve dans une situation où il va falloir dire non. Non? Mais enfin? Mais pourtant ça fait très longtemps qu'on n'a pas vu telle personne, et enfin on me propose quand même d'aller dans le nouveau bar à la mode / le nouvel appartement rénové dont tout le monde va parler, et les enfants ça n'attend pas pour grandir, et imagine qu'un tel est en cuisine depuis 14h pour toi, ou au contraire qu'on ne me dise pas qu'une pizza-dvd soit une source de stress, et un anniversaire c'est pas tous les jours, etc etc. La question n'étant pas tellement de dire non, mais de savoir à quoi dire non, quand il y a des trucs auxquels on dit oui; faut-il vraiment établir une hiérarchie entre les événements?
Alors s'élaborent une série de compromis, de "oui, mais..." et "non, mais...". Par exemple, "oui, mais j'arrive à 20h30" ou au contraire "oui, mais je pars avant le dessert"; "non, mais de toutes façons on se voit plus tard" ou "non, mais après la thèse je serai plus disponible". Ou alors la solution du jour le jour: "à priori je travaille sur ma thèse, mais si je pète un câble je viendrai". Puis l'imploration de l'incompris. "Non mais de toutes façons tant qu'on n'est pas en fin de thèse on ne sait pas ce que c'est", autrement connu par le fameux, "la fin de thèse excuse tout".
Chacun vit cela très différemment. J'ai des collègues qui disent non à tout, fin du dilemme. Ou alors qui se mettent des quotas de sortie par semaine. Ou qui ne sortent plus de chez eux que le weekend. Ou qui, au contraire, ne changent strictement rien. Pour ma part, je dirais que la gestion de mon stress passe par le travail: si je bosse je ne stresse pas, si je ne bosse pas je stresse. L'équilibre est encore à trouver...
Et toutes mes excuses si le blog en pâtit légèrement :-) Guest posts bienvenus.



* Je dois quand même louer l'ingérence maternelle dans la résolution de ces dilemmes du quotidien.

Wednesday, February 20, 2013

Et sinon je vous ai déjà présenté mon bic préféré?

Maintenant, oui.
Et en guest star la page 63 du livre d'Andrew Moravcsik, the Choice for Europe, 1998, sous-chapitre "Intergovernmental Bargaining Theory: Influence through Asymmetrical Interdependence".

Thursday, February 14, 2013

Joyeuse Saint Valentin, hein.



...Mais aussi,
Je crains fort que cette relation privilégiée ne passe pas le cap de la Saint Valentin de l'année prochaine, par contre. Elle me laissera un grand vide quand elle ne sera plus là.
Mais bon comme je reste un être social et plein de poésie malgré tout:

Wednesday, February 13, 2013

Barcelone

Comme annoncé dans le précédent post, le weekend passé, j'étais à Barcelone. Hé oui. Je suis allée voir mon frère qui, décidément, a bien choisi sa ville.
Barcelone
Full. Soleil.
Genre, vraiment.
Barcelone
Full soleil quoi.
Qu'avons-nous fait? Me demanderez-vous. Et bien, nous avons fait un peu de Gaudi.
Barcelone
Un peu de Gaudi.
Barcelone
Et encore un peu de Gaudi.
Barcelone
Nous avons considéré le fait que la dernière fois que j'étais à Barcelone, c'était en 2003, soit il y a 10 ans, et que j'avais visité les mêmes trucs mais que je ne m'en souvenais plus. Nous nous sommes promenés. Nous avons raconté les ragots. Nous avons fait un peu de shopping. Nous avons vu lui:
Barcelone
Ouh dites donc, ça fait longtemps!
Mais surtout, bon.
Barcelone
Jamon.
Barcelone
Jamon.
Barcelone
Encore du jamon.
Barcelone
Ne me jugez pas.
Enfin voilà, tout bien réfléchi, je pense que si je continue dans la voie académique après la thèse, je vais me négocier un échange en Espagne, commençant au mois d'octobre et se terminant au mois d'avril. Et je vais essayer de voir comment ça se fait que les Espagnoles ne sont pas grosses, aussi.

Monday, February 11, 2013

Bien, février me semble bien entamé, tout à coup.

Quelques petites updates.
1. Je n'ai plus la grippe. Je ne tousse plus, je n'ai plus de rhume, je ne me traine plus comme une serpillière en fin de parcours, sauf quand bon, la thèse, tout ça, mais globalement ça va.
2. Mon bilan cardio est bon. J'ai passé une excellente journée et une nuit encore meilleure avec un appareil pour mesurer ma tension, qui est ok elle aussi. J'ai un rythme cardiaque un peu élevé - mais bon, tout ce que j'ai à faire, c'est diminuer mon stress (ah. ah. ah.)
3. En parlant de stress, j'ai surmonté le blocage théorique de ma thèse. Je l'ai fait en changeant totalement mon cadre théorique, ma problématique, mon plan de thèse, mes chapitres, enfin bref, en changeant tout. Sauf le sujet qui reste globalement le même, mais bon, l'approche n'a quand même plus rien à voir. Et je rends en août et pas en octobre, aussi. Bref, la fin de thèse va devoir excuser beaucoup d'écarts d'humeur je pense; ne vous vexez pas si vous me voyez moins.
4. Mais là, actuellement, ça va, parce que ce weekend, j'étais ici:
brussels
Haha non, ça c'était vous. En réalité moi j'étais là.
barcelona
Une météo pas extraordinaire pour la saison espagnole, les gens se plaignaient beaucoup du froid, mais moi j'avais la sensation d'être en avril.
5. Certaines chaussures de Dgé ont été kidnappées, aucune demande de rançon n'a encore été déposée. Par contre on a surpris les criminels la main dans le sac...
Chaussures dgé
6. Dans ses temps libres, Rodolphe fait ceci
Serviette rodolphe
(Ayons une pensée d'émotion pour ces assiettes qui, 30 minutes plus tard, fondaient dans le four).
7. Quand vous irez dans les WCs de votre notaire préféré, désormais vous y trouverez ceci:
Essuies strepy
(Un tout grand merci à Delphine sans qui toute cette broderie aurait dû être faite au point de croix)
 et 8. Ca n'a pas l'air comme ça, mais sur cette photo Fourchette était super confort.
Fourchette
(Non, je n'ai pas de grosses cuisses, c'est une question de perspective). (Et de toutes façons je suis au régime). (Enfin.) (Ne jugez pas le prochain post).

Thursday, February 07, 2013

1er mai 2004

Pendant mes études, il est souvent arrivé qu'un professeur demande qui dans l'auditoire se souvenait de la chute du mur de Berlin. Chaque année, de moins en moins d'élèves pouvait s'en rappeler, et un événement qui avait marqué leur perception de la géopolitique européenne était à présent raconté comme un fait d'histoire. Pour ma part, j'avais six ans, et je ne me souviens de rien. Ma préoccupation principale était qu'on m'avait offert une poupée pour mon anniversaire (Annabelle), et que Papa avait passé tellement de temps à me démontrer que les yeux de la poupée se fermaient quand elle était couchée que je me suis souvent demandée si il se foutait de ma gueule, ou s'il s'agissait d'une fascination technologique pure.
Bref. Quand je vois l'année de naissance des étudiants en première bac cette année, je me suis moi-même demandée si je serais un jour ce professeur, spécialisée dans l'élargissement de l'Union européenne et devant leur demander qui se rappelait du 1er mai 2004.
Sauf que. Aujourd'hui j'ai eu une révélation. J'ai réfléchi à ce que je me souvenais du 1er mai 2004 et j'ai réalisé que... Rien. Je ne m'en souviens pas. Pourtant j'étais en première licence en histoire à ce moment-là, j'avais 21 ans et je suivais un peu l'actualité politique. Mais qu'est-ce qui pouvait donc être plus important à l'époque que ce qui deviendrait ma spécialisation académique?
Alors bon, de fil en aiguille, l'envie de procrastination aidant, je suis allée retrouver des photos.
Attention, préparez-vous.
Entre avril et juin 2004, il se passait ceci:
Cette cuisine existait toujours.
Soir 4

Gwen faisait déjà des gâteaux.
Gwen découpe le gateau

Charles était habillé comme un sorbet et avait un champignon sur la tête.
Loup garou 3

Strepy avait l'air tout jeune.
BBQ!
Un soir de semaine, ça ressemblait à ça: 
IMGP0386

Seb était tout gringalet
IMGP0390

Un essuie de cuisine, ça faisait un déguisement.
Amaury le cheick 3

Et bon, il y a certaines photos que je ne parviens pas à m'expliquer.
IMGP0429

Bon. Voilà qui explique certaines choses.
Et je suis sympa, je n'ai pas balancé les photos du blocus...

Monday, February 04, 2013

C'est fou hein la technologie, de nos jours.

Imaginez, vous êtes en train de travailler à votre thèse un soir au hasard vers 19h30, et dans un accès de procrastination vous prenez une photo.
OK, bon, ne me jugez pas, je suis en fin de thèse, je prends les photos que je veux. Et comme vous avez un smartphone, ben, la conclusion logique, c'est que vous l'envoyez à des gens, pour prétendre que malgré cette marque très distincte d’asociabilité académique, vous restez néanmoins au fond de vous quelqu'un de sociable. Ou du moins qui a besoin d'un contact social, fut-il virtuel. 
Mais je me perds.
Dans le quart d'heure qui suit, vous recevez quatre réponses.
1. Votre pote allemande, elle aussi plongée dans un travail académique passionnant:
Bon jusque là on se sent relativement soutenu. Oui. Sauf que,
2. Par contre votre soeur, elle, vous répond:

 3. Votre frère, qui fait un master à Barcelone (on se sent un peu seul sur sa thèse, là):

4. Et forcément, vous l'avez aussi envoyé à votre pote qui habite au Congo, et voilà:


 Ahlala. On se sent un peu différent des autres en fin de thèse, quand même...

Friday, February 01, 2013

Rha mais ça n'en finit pas

Franchement, cette grippe, on n'en sort jamais... La fièvre est tombée lundi, et depuis je me traine lamentablement telle une serpillière en fin de vie. J'ai bien tenté de retourner travailler mercredi mais j'ai tenu 3 heures - 3 malheureuses heures qui n'ont servi qu'à rattraper mes emails et constater à quel point je suis à la bourre, après quoi je suis rentrée faire une sieste comme si j'avais été privée de sommeil depuis des semaines. Depuis je travaille depuis la maison (quand je ne dors pas), avec des retours occasionnels de fièvre, des chutes de tension, une toux insistante, zéro appétit et une big big fatigue. Je parviens à travailler maximum 2-3 heures sur ma journée, après je suis d'une inefficacité crasse; même le point de croix devient trop challenging. En fait même rester assise devient trop challenging. J'écoute sans discontinuer des podcasts d'Europe 1, allongée dans mon lit en regardant le plafond, ce qui me sauve de l'ennui.
Et avec tout ça la thèse ne s'écrit toujours pas. J'ai un big rdv avec plusieurs personnes lundi pour résoudre mes problèmes de théorie, sauf que je parviens pas à écrire le texte de base pour expliquer quel est le problème à résoudre. Puis mardi rdv avec mon promoteur pour lui dire, "ah ben j'ai pas avancé, j'ai eu la grippe - oui je sais que mon échéance a été raccourcie, voyons, et que je devais mettre les bouchées doubles." Puis mercredi j'ai rdv avec mon dermatologue parce que les médicaments que je prends depuis 3 ans et qu'on m'ont sauvée de bien des affres sont en fait dangereux pour le coeur et qu'il faut les arrêter; ah ben oui forcément sans les médicaments tous les problèmes vont revenir, du coup. Et bardaf! Dans la foulée, jeudi, premier rdv de ma vie avec un cardiologue, parce que mon généraliste a écouté mon coeur et ne trouvait ça pas net. Couplons ce climat d'incertitude et de pessimisme avec la météo, l'humeur ambiante, une solitude forcée, une apparence extérieure relativement déplorable, et didjoum qu'est-ce que ça dure la grippe quand est-ce que ça se finit, enfin bon, je suis un peu déprimée.
Bref. Je hais la grippe. J'en ai marre de la grippe. Je honnis la grippe. Je vomirais bien la grippe si je parvenais déjà à manger qqch.
Et je pue le tiger balm, il parait.