Thursday, September 19, 2013

Oh, mais, qu'est-ce que c'est que ça?

Travaux
Vous avez vu? On dirait bien que cela bouge sur cette espère de ruine sans façade arrière...
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Et oui, que Diantre, on y a même installé une machine à café, c'est que c'est du sérieux! Mais en effet, (et ce n'est pas rien!), c'est avec joie que je vous informe que mon chantier a repris. Croisons les doigts, mais tout ceci me semble fort prometteur.
Alors, où est-ce que cela en est? Brûlez-vous d'envie de me demander. De un, j'ai un nouvel entrepreneur, qui a pu reprendre le chantier cette semaine. De deux, cela aurait été encore mieux si j'avais pu récupérer la somme que j'ai perdue avec l'autre entrepreneur, mais bon, on ne peut pas demander l'impossible non plus. Je me concentre surtout sur la partie numéro un. La partie numéro deux n'est pas réglée, mais il y a des chances que cela ne se règle jamais.
En ce qui me concerne, il n'y a plus grand chose à faire avec cette faillite. L'huissier est passé, le curateur a libéré le chantier, et m'a informée au passage que je ne récupérerai rien, il y a beaucoup de créanciers et c'est un peu le chaos. Mon avocat a évoqué la possibilité de poursuivre au pénal, mais je ne sais pas ce que je vais faire de cette option; dans tous les cas je vais bien réfléchir avant de m'engager dans un procès. Pour l'instant aucun sous-traitant ne s'est retourné contre moi, croisons les doigts pour qu'il en soit ainsi sur le long terme.
J'ai dû prendre une décision difficile sur ce chantier. D'habitude je suis assez prompte à prendre des décisions, mais là c'était vraiment dur de se décider. Mon ancien entrepreneur avait proposé de continuer le chantier avec sa nouvelle société, en déduisant de son devis la somme qu'il me devait. Juridiquement c'était légal (même si quand on m'annonce ça comme ça, la première chose qui me vient à l'esprit n'est pas, "ah mais en voici une solution qui m'apparait super correcte, je suis certaine que la loi autorise cela"). La question était surtout une question de confiance: est-ce que je pensais réellement que j'allais récupérer cette somme par ce biais, ou était-ce l'occasion de me rouler dans la farine une seconde fois? Or, il y avait beaucoup à redire sur mon ancien entrepreneur, et sans aller dans le détail, cela m'apparaissait comme une course vers la catastrophe. Mais en même temps j'étais suffisamment désespérée pour envisager sérieusement cette option.
Entretemps j'ai cherché d'autres entrepreneurs, j'ai fait visiter le chantier de façon intense, j'en ai vu des dizaines et appelé au moins le double. C'est très difficile de trouver un entrepreneur qui accepte de récupérer les pots cassés d'un autre, et pour le même prix. Mais il ne faut jamais désespérer, puisque cela a été le cas. J'ai trouvé un nouvel entrepreneur sérieux, financièrement solide, expérimenté, avec sa propre équipe, qui avait déjà travaillé avec mon architecte, qui pouvait reprendre le chantier immédiatement et au même prix. En fait cela m'a semblé tellement beau que je n'arrêtais pas de chercher où était la faille. Et puis bon, tout à coup, j'ai pris la décision de prendre une décision; quelle qu'elle soit, il fallait qu'elle soit prise dans la journée. J'ai choisi ce que me dictait mon instinct, à savoir de ne pas accepter l'offre de mon ancien entrepreneur et de continuer avec un nouveau; même si ce n'était pas du tout ce que me dictait ma raison.
Avec le recul, je pense que j'ai bien fait. Évidemment je ne saurai jamais si j'aurais réellement pu récupérer ma mise en continuant avec l'ancien entrepreneur, mais je pense sincèrement que non. Puis quand je compare le sérieux et la qualité du travail entre l'ancien entrepreneur et le nouveau, je me dis que je suis quand même mieux embarquée avec celui-ci. En un sens, accepter de perdre cette somme, c'était le prix de ma tranquillité d'esprit.
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En fait, c'est très bizarre de travailler sur des sommes de cette ampleur. Je suis la fille qui rechigne parce que le prix du sandwich a augmenté de 50 cents, ou parce que mon opérateur téléphonique m'a ponctionné 5€ de frais injustifiés. Et tout à coup, sans prévenir, on parle en termes de dizaines d'années de salaire. On rajoute ou enlève des sommes qui sont l'équivalent de mon ordinateur, mais ça passe parce que ça reste un nombre à trois chiffres. L'équivalent de ma voiture, mais cela semble raisonnable pour le poste. A la fin il faut dépersonnaliser ces montants sinon ça rend dingue. J'ai arrêté de voir cela en termes de mois de salaires, de combien de temps il me faudrait pour le rembourser, de 'et si je sous-louais une chambre', 'et si je louais mon garage', 'si je revendais la maison pour essuyer mes pertes'. Ce sont devenus des chiffres qui s'ajoutent ou s'enlèvent sur un écran d'ordinateur, c'est un gouffre financier mais ça ne veut plus rien dire. Il parait que ça revient au bout d'un petit temps, tout à coup on se rend de nouveau compte des montants impliqués et on commence à stresser et à regretter.
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Mais bon, pour le moment, le chantier avance et c'est déjà pas mal. Les ouvriers viennent, les réunions de chantier se tiennent, et tous les soirs je vais voir l'état d'avancement du chantier et je vois que cela évolue. Par contre cela me prend plein de temps, j'ai l'impression de passer ma journée à regarder des devis et à être bloquée dans des embouteillages, et avec tout cela je suis de nouveau dans un rythme de travail interrompu et ma thèse en souffre. Mais cela met du baume au coeur de voir la vitesse à laquelle cela défile pour le moment.
A la prochaine aventure, vous connaitrez le fin fond de plusieurs questions existentielles, comme "hé mais il y a comme un truc là dans le sol, c'est pas dans le plan, c'est normal?"; "cet autre truc, là, c'est de l'amiante on dirait?"; "ah ben dites votre toit il n'isolait pas beaucoup hein, regardez-moi toute cette humidité"; "mais dites donc, on dirait bien que le béton a pourri sur cette partie-là aussi ou c'est juste une impression?" ou encore "ah en fait on pensait que cette dalle portait sur les mitoyens mais on dirait qu'en fait ça porte sur... Mmmmh... En même temps si ça portait sur le mur que votre ancien entrepreneur avait détruit, la maison se serait déjà écroulée. Mais alors ça porte sur quoi?"

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