Saturday, March 23, 2013

Cette thèse me rendra complètement névrosée

Parfois, j'ai l'impression de traverser ma thèse sur le fil du rasoir. Il y a des moments où tout va bien, où j'ai l'impression d'écrire le texte du siècle, qui obligé aura un impact démesuré sur la Science. Et il y a d'autres moments comme hier, où là tout à coup le sol se dérobe, tout ça parce que j'ai pris l'initiative de contacter un des membres de mon jury pour avoir son opinion sur ma progression.
Alors bon, d'accord, il vaut mieux avoir cet avis maintenant que quand il est trop tard. Et ledit membre du jury s'y connait quand même vachement mieux que tout le monde en théories de l'intégration européenne et en a même lancé une qui lui est propre. Et bon, je ne suis ni sociologue ni politologue donc forcément il y a des concepts et de la méthodologie qui m'échappent... 
(Vous sentez venir la catastrophe, là? Vous la sentez venir?)
En gros, et pour faire bref dans l'humiliation, je me suis bien fait détruire mon choix de cadre théorique. Ca a fait d'autant plus mal que cela venait d'une personne très sympa et très calée en la matière qui m'a donné ses impressions sincères pour éviter que je fasse fausse route... Et je suis d'accord, pour l'instant, il y a encore beaucoup de faiblesses dans ma thèse. La principale est qu'en choisissant cinq théories, je ne pourrai jamais aller au bout de chacune d'elle, et au final soit je ne terminerai jamais ma thèse, soit je la terminerai mais en n'offrant qu'une analyse superficielle. Puis il y avait d'autres critiques, par exemple qu'aucune de mes hypothèses n'était opérationnalisable, que mon approche était trop abstraite, trop artificielle et déjà dépassée, tout comme les concepts que je pensais utiliser et qui depuis ont été remplacés par des notions plus convaincantes. Bref, cela a remis en question tout ce que j'avais fait pendant ces deux derniers mois. La semaine prochaine il ne me reste plus que cinq mois pour finir ma thèse. Je ne vous dis pas la déprime.
Alors déjà à ce moment-là on se pose deux questions. La première, c'est comment est-ce qu'on peut se mettre dans un état pareil pour quelque chose qui est, somme toute, juste une mauvaise évaluation de son travail? (Enfin la réponse est assez évidente, et tient à la fois au fait que la thèse c'est tellement personnel que c'est bien plus qu'un travail, et au fait que quand on regarde bien mon équilibre vie privée/vie professionnelle ces derniers temps, on voit de quel côté penche la balance). Et la deuxième, c'est qu'est-ce que faire à partir de là?
J'ai passé un petit temps à accuser le coup, puis à me dire que je devrais aller prendre l'air et que ça me ferait du bien (le chien a trouvé ça fabuleux), puis à me dire que je devrais manger et que ça me ferait du bien (le chien a trouvé ça fabuleux aussi jusqu'à ce qu'il réalise que ce n'était pas pour lui), mais comme au final ça n'a aidé que de façon très marginale, il a fallu que j'élabore une stratégie d'action. J'ai d'abord écrit un email à mon promoteur pour lui expliquer la situation, et bon je me suis pris un nouveau coup de déprime en l'écrivant. Puis j'ai élaboré un plan d'action pour le soir-même, que j'ai immédiatement postposé au lendemain; là ça ne servait juste à rien de travailler, j'étais kaputt.
Il faut se faire un peu violence quand même quand on fait une thèse. I. m'a poussée à sortir de chez moi et à aller boire un verre, ce dont je la remercie. Le lendemain (ce matin donc), j'ai coordonné mon action avec T. et A. pour aller nager, ce dont je les remercie. Puis j'ai pris un petit déjeuner consistant fait de porridge, de fruits et de café. Et une fois que j'avais bien procrastiné l'affaire et que je n'avais plus le choix, je me suis retrouvée devant mon ordinateur, et j'ai ouvert un nouveau document que j'ai intitulé: "problématique 3.0". La précédente version était "problématique 2.7" quand même. Quel bout quoi.
Heureusement, mon promoteur ne trouve pas la chose si dramatique (enfin un peu dramatique quand même mais rattrapable), et me conseille de mettre la priorité à terminer mon chapitre théorique. On avisera après d'une adaptation éventuelle, mais le but est que je sorte de ce chapitre au plus vite et que je puisse commencer à rédiger mes chapitres empiriques. 
En tous cas, hier soir, j'ai eu beaucoup de sympathie pour tous ces doctorants qui arrêtent leur thèse alors qu'ils sont sur le point de la rendre. Et j'ai aussi compris que peu importe le temps passé dessus, tout le travail perdu: il y a un moment où le bout c'est juste le bout. Heureusement, pour l'instant je suis toujours aussi motivée pour rendre. Maintenant rendre une mauvaise ou une bonne thèse, ça reste la question...

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