Friday, April 13, 2012

Berlinpinpin

D'une façon assez unanime, les gens ont généralement l'air surpris quand ils me voient à Bruxelles. "Mais! Mais t'es pas partie?" Il est vrai que je me déplace beaucoup ces derniers temps, surtout à Paris où on m'a donné accès à des archives (j'ai un gène d'historien qui s'emballe quand on me dit ce genre de choses), ce que je n'avais pas vraiment prévue dans mon planning de recherche. Et puis surtout, mon profil facebook regorge de petits détails allemands et berlinois alors que je n'y suis pas encore.
Il y a d'abord eu la grande angoisse par rapport à mon logement. J'en avais un, puis je n'en avais plus, puis j'en avais peut-être, enfin pas, enfin peut-être, enfin on ne me répondait pas, et puis finalement, finalement est arrivé à moi un plan non-foireux, ou du moins qui en a tout l'air, et j'ai dit oui. En espérant que ça ne foire pas.
Ensuite, il y a eu la myriade de petites différences culturelles et linguistiques auxquelles j'ai été confrontée en essayant de commencer mon terrain.
Et tout cela a commencé par ma confrontation avec des organigrammes.
Oui parce que si je pleurais pour avoir des organigrammes à la Commission ou dans les autres pays que j'ai étudié, là, en Allemagne, la chose non seulement existe (!) mais aussi est disponible (!!) sur internet (!!!) wunderschön, fête de la boule de Berlin. Et là, on ne parle pas en abréviations comme en France, oh non. On parle en divisions et en subdivisions, en Abteilung V et Referat Vc4. C'est même dans les emails, ton contact il signe Ida Currywurst Vc4, pour qu'on soit bien sûr. Et il y a des couleurs, aussi. Des couleurs pour les Referat qui sont à Berlin, et des couleurs pour ceux qui sont à Bonn. Avec parfois un petit rebelle délocalisé dans les Länder.
Alors bon, des prénoms, il y en a de tous genres. Il y a des Gerhard, des Günter, des Gisbert, des Gert. Des Gerda, des Rita, des Saskia, des Barbara. Et puis il y a ceux auxquels on a vraiment du mal à assigner un genre:  Ute (femme), Uwe (homme), Renate (femme), Carlsten (homme). Et il y a des prénoms étonnamment francisés: Sabine, Odile, et surtout... Sybille. Oui mais on ne le prononce pas de la même manière. Essayez-le vous-même, allez sur google translate, tapez Sybille, traduisez en Allemand, et puis cliquez sur le "prononciation". (Vous pouvez faire ça avec votre propre prénom dans toutes les langues, généralement ce n'est pas bloqué, et vous verrez ça occupe bien quand on n'a rien à faire).
Enfin bon, une fois ces petites broutilles d'usage derrière soi, il faut prendre contact avec tous ces braves gens. 
...
" Tüüüt... Tüüüt... - !ding! *Unsere Korrespondenten werden vorübergehend besetzt, danken Ihnen für Ihre Geduld* !ding! Unsere Korr..." - Klak - "BundesministeriumfürSauerkrautundWürstchenGutentaaaaag?"
"Heeeu... Goutèntague. Do you speak English?"
"Arh... Sprechen Sie Deutsch?"
"Ah, heu, ben oui, enfin, iche souche fure das Bureau von Ida Courriwourste?"
"Wer? Aaah! Doch, Ida Currywurst."

Enfin vous voyez le genre.
En plus généralement tous ces braves gens ne travaillent plus dans le ministère qu'ils avaient l'habitude de représenter à l'époque, et alors là, leur trace s'efface dans l'immensité du sillon de l'anonymat post-départ. C'est pas déprimant d'être fonctionnaire là-bas tiens, tu donnes dix ans de ta vie à travailler comme un malade sur un dossier spécifique, puis on te remplace et plus personne ne sait qui tu es. Surtout quand ton Referat a depuis été supprimé: jedoch, il n'est plus dans l'organigramme! Prions pour qu'Ida Currywurst n'ait pas pris sa pension, parce sinon là il n'y a absolument plus d'espoir.
Enfin voilà, le sujet de ma thèse en Allemand c'est die EU-Osterweiterung und die Arbeitnehmerfreizügigkeit (oui, un seul mot pour dire "libre circulation des travailleurs", sans même avoir un tout petit équivalent de "circulation" dedans). 
J'en suis pour le moment à un stade où je commence à être légèrement fatiguée et où j'envoie des emails avec des fautes d'orthographe à Günter, c'est une assez mauvaise idée... En même temps si en France on m'a répondu à mes emails comme si de rien n'était quand j'ai utilisé "le cas échéant" comme synonyme de "dans le cas contraire" et que j'ai envoyé ça à un groupe de juristes... L'espoir est permis.

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