Friday, April 20, 2012

Accumulation-procrastination

Un déménagement, c'est long. Pas aussi long qu'introduire un permis d'urbanisme, mais quand même, long. Moi qui avais prévu de déménager progressivement, pièce par pièce, catégorie par catégorie, histoire de bien mettre de l'ordre dans ma vie, finalement je suis à peine parvenue à transférer la moitié de mon bureau. Et là je suis au pied du mur: demain, tout doit partir. Pourtant cela fait des semaines que je fais des boites, (ou plus récemment, que je me dis que je dois faire des boites), mais c'est tellement pénible... Je dégage du temps, qui pourrait ô combien être utilisé à autre chose, et qui finalement se fait de toutes façons dévorer par des tâches plus urgentes.
Déménager, c'est toujours un énorme fardeau. Tout d'abord parce que je me rends compte de tout le brol que j'ai accumulé au fil des ans, et que je n'ai évidemment jamais trié, et encore moins rangé. Et j'ai à peine le temps de redécouvrir ces choses que se pose une pressante question: jeter ou garder? Qu'est-ce qui n'a pas de place dans mes cartons, qu'est-ce qui n'a plus de place dans ma vie? Alors pour me déculpabiliser je donne, pour rendre responsable quelqu'un d'autre de ce dilemme. Mais je ne sais pas tout donner. Je ne sais pas tout garder*. Qu'est-ce que je jette?
Et je me demande toujours à quoi ça sert de garder toutes ces petites choses qui me suivent de déménagement en déménagement, pour de toutes façons finir dans le fond d'une armoire. Ça sert juste à les redécouvrir quand je déménage, à m'émouvoir un peu, à me dire que je ne peux quand même pas jeter ça; jusqu'à ce que je redécouvre autre chose, m'émotionne aussi, et finalement tout cela est tellement, tellement fatiguant. Et à la longue, les souvenirs, ça saoule. Ça sert à quoi de trier tout le courrier que j'ai reçu, est-ce que je vais le relire? Et ces projets scrapbooking jamais achevés, je sais bien que je ne les finirai pas? Et ces vêtements dans lesquels je ne rentre plus, vais-je vraiment retourner aux tailles de mon passé? Et quand bien même, voudrais-je encore les mettre? Et puis, sérieusement, ces extraits de banque... Une enveloppe par mois depuis janvier 2008, et elles sont encore toutes fermées. Mais qu'est-ce qu'il y a de choses dans ces armoires!
Puis il y a tous ces objets qui n'appartiennent à personne, abandonnés là par ceux qui sont partis en premier et qui ont résolu leur dilemme du jeter-garder en laissant simplement leurs affaires derrière eux, pour que les autres s'en occupent. Et connaissant la récente notion de "les autres" dans ma colocation, ça veut dire, pour que ce soit moi qui m'en occupe. Sans entrer dans le détail. On sait tous bien que c'est l'accumulation d'une série de "détails" qui a fait que cette colocation se termine.
Bref, je déménage. Et c'est bizarre, parce que j'ai à la fois l'impression de connaître par coeur la maison que je quitte, et en même temps de n'y avoir jamais habité. La fin un peu amère de ma colocation me fait oublier tous les bons moments qui ont précédé, mais parfois je me surprends à me souvenir de petites choses que je jugeais insignifiantes à l'époque. Je ressens encore de temps en temps le sentiment de bien-être que j'avais eu quand je supportais encore de vivre dans la saleté, le froid, la colocation et le manque de confort. Je regrette presque de partir. Mais ce n'est plus que de la nostalgie, et je réalise que cette époque de ma vie aurait dû se terminer il y a quelques temps déjà, et que de l'avoir prolongée ainsi de façon presque artificielle n'a fait que générer de la frustration. 
Oui, il est plus que temps de partir. 
Mais déménager, qu'est-ce que c'est chiant.

* Ce que contrediront peut-être certains membres de ma famille, après tout je dois bien tenir le gène de l'accumulation-procrastination de quelqu'un.

1 comment:

maman said...

L'ennui, c'est que d'autres ont aussi "rangé dans une boite", et mis cette boite n'importe où dans les couloirs. ce qui fait que maintenant, cela fait très désordre chez nous.