Wednesday, January 18, 2012

Pour vous dire de quoi est faite ma journée maintenant.

7h30, debout, la tête dans un endroit très sombre de mon anatomie et au moins aussi sombre que la nuit à l'extérieur. Douche, qui est-ce que je vais interviewer aujourd'hui, ah oui, des syndicats et des fonctionnaires, faudra être pas trop chic et un peu chic en même temps. Bon. Je m'habille en noir, c'est passe-partout, j'emmène un collier que je mettrai au moment de voir les fonctionnaires pour upgrader la tenue. 
Porridge, pas de café car on va d'office m'en donner un à mon premier entretien, maquillage mais pas de mascara parce que sinon je vais me frotter les yeux. Agenda, check. Carnet de notes, check. dictaphone, check. Téléphone, check. Bics de rechange et piles de rechange, check. Carte de métro, check. Clé de ma chambre, check. Ordinateur et son chargeur, check. Parapluie, check. Livre girlie frivole pour le métro... Aah mais il est où celui-là? J'ai tout à coup comme un horrible doute de l'avoir laissé dans le métro hier soir. A checker. 
8h50. Il y a des sapeurs-pompiers qui font leur entrainement devant la Cité Universitaire en tenue de sport moulante provocante. L'un d'eux retire son t-shirt. Vous ne rêvez pas. Toutes les filles regardent la scène d'un air distrait.
9h10. J'ai pris le RER, et maintenant je suis perdue à la station Chatelet-les-Halles.
9h35. J'arrive 5 minutes en retard à mon premier entretien de la journée pour cause de perte de ma personne dans la station Chatelet-Les-Halles. Je suis dans le 11e, on m'offre un café, je demande si je peux enregistrer. Je présente de façon professionnelle ma thèse avec des phrases toutes faites et souvent répétées. Mon interlocuteur a préparé son texte lui-aussi. Après viennent les questions. Où? Quand? Toujours demandées en premier, afin d'ancrer le sujet et de permettre à mon interlocuteur de fouiller sa mémoire. Je fais attention à l'endroit où je regarde, pas directement dans ses yeux sinon c'est trop intimidant, je me cible sur une zone neutre quelque part entre ses yeux et ses sourcils. Je fais attention à mon langage corporel. Pas de bras croisés, pas de coudes sur la table, carnet de notes à plat sur la table, arrêter de chipoter à mon bic. Je pose des questions sur le pouvoir décisionnel de l'organisation. Je pose des questions sur le plombier polonais, sur la crise économique, sur la problématique très française des Roms. Je demande ce que les autres acteurs ont fait. Je demande des documents. Je demande comment ça s'est passé au niveau européen. En Allemagne. Au Royaume-Uni. On casse du sucre sur le système et sur la xénophobie ambiante dans la mise en oeuvre de la décision. Je redemande des dates. J'ai noté des mots quand je pensais à une question sortant de mon cadre de grille d'entretien. J'ai fait attention à ne pas faire de bruit quand j'ai bu mon café, pensant à l'étudiant qui allait retranscrire. Je pense vaguement à quel étudiant va le retranscrire. C'est un entretien de qualité cinq étoiles pour la retranscription, je parle de façon posée, mon interlocuteur est clair, il n'y a pas de bruit de fond. Je me demande à qui je vais donner mes "entretiens désastres", ceux où je me fais démonter et ceux dans des cafés où on n'entend rien.
11h. Mon second entretien m'appelle pour savoir si en fait, finalement, je ne peux pas venir "maintenant". C'est dans le 14e. Je retraverse tout Paris.
11h10. Je suis perdue dans la station Chatelet-Les-Halles.
11h30. J'arrive à mon autre entretien. On ne me donne pas de café, je demande si je peux enregistrer. Je présente ma thèse avec les mêmes phrases toutes faites et souvent répétées. Mon interlocuteur entame un monologue de 15 minutes. Je pose une autre question, il ré-entame un monologue de 15 minutes. En voici un à qui je ne devrai pas tirer les vers du nez. Je me concentre sur un point neutre, mais à partir d'un certain temps je n'y arrive plus. Alors je le regarde dans les yeux. Il ne remarque pas. Je suis sur une chaise trop basse pour moi, mon langage corporel est nul. On ne casse pas du sucre sur le système et sur la xénophobie ambiante. La question sur le plombier polonais est répondue en 12 minutes, celle sur la crise en 23, je ne pose pas celle des Roms. Je calcule le coût total de la retranscription de cette interview. Mon interlocuteur parle toujours. Je rate un mot, une phrase, j'ai perdu le fil. Je fais semblant de suivre. Je regarde la vue, je constate qu'il y a là une façade en brique, une façade en crépi, et une façade faite d'un composé synthétique quelconque. Je réfléchis à mes discussions avec mon architecte qui me conseille le composé synthétique quelconque. Non, décidément, les panneaux synthétiques c'est fonctionnel mais c'est très moche. 
12h30. Mon interlocuteur parle toujours. J'ai faim. Mon ventre gargouille furieusement mais personne ne l'entend. C'est là que je remarque qu'il y a pas mal de bruit dans la rue.
13h30. J'ai remercié mon interlocuteur, je suis sortie. Je me rends compte qu'en fait, je suis plus près de chez moi que de mon bureau. Je rentre, je me jette sur mes restes de la veille, je croise certains de mes colocs encore en pyjama. Ils parlent de leurs examens. Je leur parle de mes entretiens. Quelque part dans la conversation je leur propose de retranscrire mes entretiens. Quelque part dans la conversation je dois avouer mon âge. 
15h. Retour au bureau. Je checke mes emails, je fais une liste des gens que je dois contacter aujourd'hui, je tente de les contacter, personne à leur secrétariat. Je renvoie des emails. Je me demande si je parviendrai à les voir en janvier. Les Affaires étrangères me refusent de me donner les coordonnées directes d'un mec qui est maintenant ambassadeur (ben tiens). On pouvait toujours essayer. 
17h. J'udpate le blog (huhu).
17h30 (attendu). Je passe au Picard parce qu'il ferme à 20h et parce que je dois acheter de la mangue.
18h. Je me rends à mon troisième entretien de la journée, dans le 6e. Je ne passe pas par Chatelet-Les-Halles, merci mon Dieu. Mais par contre je vais faire un entretien dans un café, beaucoup de bruits de fonds, il va falloir que je fasse quelque chose pour mes entretiens qui se passent dans des cafés. 
20h30. Je rentre chez moi. Je cuisine un curry de poulet à la mangue avec Marie-So. Yeah. Rock on. Puis je vais m'écrouler dans mon lit à 22h30. Sans le livre girlie que j'ai très certainement oublié dans le métro.
***
Bref, si jamais vous vous demandez pourquoi je ne donne plus de nouvelles, c'est normal. Je suis vivante, j'ai juste beaucoup de boulot.
PS: Gabrielle, je dois te faire un aveu. Il est fort probable que le livre girlie dont je parle est celui que tu m'as prêté. Hum. Si je ne le retrouve pas je te le rachète, promis.

1 comment:

Esmeralda said...

Excellent! On se demande toujours ce que font les autres de leurs journees!!!
Courage avec tes entretiens, Ca a l'air epuisant: D'un cote des gens qui ne veulent pas parler et de l'autre des gens qui aiment le son de leur voix!!! Pfiouuuu
Poulet curry mangue, mmmmmh tu m'ouvres l'appetit, la...