Friday, December 16, 2011

Petit extrait de conversation téléphonique

Moi: Bonjour Madame, je me permets de vous contacter [= formule de politesse dont les Français sont friants] car je réalise une thèse de doctorat à [insérer ici une cotutelle fictive avec ma très prestigieuse université d'échange] sur [petit descriptif simple de deux lignes]. Et donc, je cherche les personnes qui ont été responsables, au sein du Ministère de BLBLBL, de la libre circulation des travailleurs pendant les négociations sur l'élargissement de l'UE de 2004.
Répondant 1 [travaillant dans le département désigné par le titre de [Abréviation 1]: Oui, alors ce n'est pas la [Abréviation 1] qui s'en occupait, c'était la [Abréviation 2]. 
Moi: [n'ayant évidemment jamais entendu parler de l'Abréviation 2]. ... Vous auriez leurs coordonnées?
Répondant 1: Alors, pour cela, il vous faudra repasser par le central et demander leur responsable des affaires européennes. Merci, bonne journée! *clack*.

... Au bout de pas mal d'efforts de recherche internet sur base d'une mémoire phonétique hasardeuse...

Chargé des Affaires européennes de l'abréviation 2: Aaah c'est [Abréviation 1] qui vous envoie... Et bien, c'est en effet [Abréviation 2] qui s'occupait de cela à l'époque, mais à présent c'est du ressort de [Abréviation 3]. Mais vous pourriez contacter la personne qui était là avant moi qui travaille maintenant au [Abréviation 4], ou l'ancien directeur du [possiblement de nouveau l'Abréviation 2] qui est maintenant au [Abréviation 5]. Et pour nos archives, je vous conseille d'envoyer une demande écrite au directeur du [Abréviation 6 - ah non, on est de retour sur l'Abréviation 2]. Et sinon, avez-vous déjà pensé à contacter le [Abréviation 7?]

... Wait a minute, j'ai fait des entretiens avec l'Abréviation 7, et c'est PAS DU TOUT comme ça qu'ils s'auto-prononçaient leur abréviation. Cela me trouble. Mais bon on s'en fout puisqu'à l'époque ils s'appelaient toujours Abréviation 8.

Bref.
Je fais des entretiens avec l'administration française.

Thursday, December 15, 2011

La Maison des Belges

J'ai emménagé dans la Maison des Belges début décembre (comme ça c'est dit, je romps le suspense et c'est mon droit). Ou, pour être politiquement correcte, je devrais dire la Maison des Etudiants Belges et Luxembourgeois, ou encore Fondation Biermans-Lapôtre. Elle est située dans la Cité Internationale Universitaire de Paris dans le 14e arrondissement. La "Cité U", plus grand campus universitaire d'Île-de-France, est née de l’ambition humaniste animant des mécènes et des acteurs publics durant l’entre-deux-guerres. En gros, c'est une espère d'énorme campus à l'américaine où les étudiants sont répartis par nationalité dans les maisons correspondantes (par ex. belges, espagnols, canadiens, etc); avec toutefois des possibilités d'échange (par ex. un Norvégien qui va chez les Belges) pour promouvoir la multiculturalité. Du coup chaque maison respecte le style architectural de son pays. C'est assez folklo.
Chez nous, les Belges, cela donne ceci.
Et chez les autres, ça donne... Ah mais vous ne le saurez pas aussi facilement. Parce que figurez-vous que j'ai un petit jeu pour vous, avec un batch de cannelés de Bordeaux homemade (j'ai pas dit qu'ils seront réussis) à la clé. Ou une invitation à manger du camembert rôti. Au choix. C'est la personne qui donnera le plus de bonnes réponses qui aura gagné.
Voici le jeu: à quelle nationalité correspond quelle maison? J'afficherai les bonnes réponses au fur et à mesure qu'elles apparaissent dans les commentaires. (Dans les commentaires. Ne spamez pas mon email). Il va de soi que les lecteurs ayant déjà vu les maisons en vrai sont exclus du concours, ce ne serait pas drôle sinon. Oui Manu c'est toi que je désigne. Je sais que c'est tentant. Mais non.
1. Fondation suisse, construite en 1933 par Le Corbusier (et c'est Isa qui l'a trouvé!)
2. La Fondation argentine, construite en 1928 (Bravo Isa).
3. Fondation danoise, 1932 (Bravo Isa, encore)
4. Maison des étudiants suédois, 1931 (décidément, Isa est en forme)
5. La Maison du Maroc, construite en 1953 (bravo à Dgé) (hé oui ça ne peut pas tout le temps être Isa).
6. Maison du Japon, 1929 (Give me an I!)
7. Collège d'Espagne, 1937 (Give me an S!)
8. Fondation Hellénique, 1932 (Give me an A!)
9. La Maison du Cambodge, 1958 (Isa! Isa! Isa! qui est donc la grande gagnante avec 8/9 maisons trouvées et 1 point bonus).
Autant vous prévenir tout de suite, je n'ai de copyright pour aucune de ces images.
Un point bonus à qui peut me dire lequel de ces bâtiments a été construit par Le Corbusier.
Bon, à part ça, j'ai l'impression de remonter dans le temps: la dernière fois que j'ai logé dans une résidence universitaire, c'était en 2007. Depuis, je suis définitivement passée de la catégorie 20-25 à 25-30, avec un quotidien et des préoccupations totalement différentes. Les étudiants de la Maison des Belges pensent examens, fêtes, ragots de la résidence (surtout quand ils impliquent des étudiants d'étages différents). Leur vision de l'avenir se limite pour l'instant à leur prochain blocus. Tout le monde sort avec tout le monde sans penser à la suite. Ils se lèvent après 9h, se plaignent quand ils ont 4h de cours qui se suivent, se plaignent que le resto universitaire (3€ le plat) est trop cher. Ils me demandent ce que je fais comme études. Leurs problèmes de gestion de temps viennent qu'ils dorment trop/font trop la fête/restent trop longtemps dans la cuisine/jouent à des jeux vidéos. Et le summum de l'achèvement culinaire, pour eux, c'est de rajouter des scampis dans leur sauce pour pâtes. Parfois j'ai un petit coup de vieux quand l'un deux me reconnait comme "celle qui leur a donné cours" ou comme "la grande soeur d'Alice" (qui elle même est plus âgée qu'eux, elle est pote avec leur grand frère/leur grande soeur). Bref. Je loge avec des étudiants. Mais c'est assez sympa, très rafraichissant, et définitivement plus cool que de loger seule. Je reconnais même en eux des tendances très prononcées chez certains de mes actuels colocs (mis à part qu'à la Maison des Belges ils font leur vaisselle parce que sinon elle disparait le lendemain).
Ah oui, et voici la vue depuis ma chambre.
 Comme ça vous savez.

Wednesday, December 14, 2011

Le pinard, c'est bonnard

Certains d'entre vous se souviendront sans doute de mes amis Audrey et Dan, couple franco-britannique que j'ai rencontré à Londres et qui habitent maintenant Bordeaux. En déménageant, ils m'avaient fait une invitation ouverte. Il faut toujours se méfier de ce genre d'invitations. Le trajet Bruxelles-Bordeaux c'est la galère. Mais dès le moment où je suis arrivée à Paris...
En clair, j'ai débarqué chez eux.
Alors, pour vous présenter un peu Audrey et Dan.
Oh, du nutella.
Audrey est bordelaise, elle travaille dans le vin, son expression favorite est "le pinard c'est bonnard"; elle appelle Dan "Petit Chou" et le chat "Petit Chat". Dan est anglais, il est prof d'anglais, et il a plein de bonnes choses anglaises dans les placards (quoique pour le cas de la Marmite, je soupçonne Audrey quand même). Ils ont des statues animées en bois de Jeff Soan, une collection de musique impressionnante, un service complet de tasses Edward Monkton, un canapé-lit très confortable et un livre de Jamie Oliver dédicacé. (Pour info, Jamie, quand il dédicace, il écrit juste Jamie xoxo) (en grand sur toute la page).
Gaspar et Myuki
Et ils ont deux chats, un mâle anglais et une femelle française. L'entente cordiale, apparemment, ce n'est pas trop leur truc. Ca ne peut pas marcher avec tout le monde.
Bon, et sinon concrètement, qu'avons-nous fait?
Des tasses Edward Monkton et un cannelé
Nous avons commencé en force avec un petit déjeuner tardif au cannelé de Bordeaux (forcément). Trois choses à dire sur ce cannelé: 1. C'est le seul gâteau que je connaisse qui soit réussi lorsqu'il est brûlé à l'extérieur et pas cuit à l'intérieur, 2. il possède une très haute teneur en rhum, et 3. C'est drôlement bon. Pourquoi on n'en a pas en Belgique, je me le demande. En tous cas c'est mon prochain challenge culinaire, et cela tombe bien parce qu'Audrey m'a offert les moules adéquats.
Ensuite, nous avons visité Bordeaux (quelle surprise, Bibil, dis donc!). C'est une très jolie ville anciennement connue pour ses bâtiments sombres, mais ayant été récemment nettoyée et étant du coup à présent connue pour ses bâtiments propres. Bordeaux, située dans le plus grand estuaire d'Europe, possède le meilleur vin d'Europe, la plus grande place d'Europe, et la plus grande rue piétonne d'Europe.
Shopping de Noël
Gamla Stan, à côté de ça, c'est du beaujolais nouveau.
En brocante nous avons trouvé moultes trésors, malheureusement pas le service à verres de Dgé mais bien ceci:
Prosit!
Un. Vinyl. de Yodel. Véritable. Le groupe s'appelle Prosit! (le point d'exclamation est important). Les amis, ces gens ont même un site web. Enfin, ce ne sont sans doute pas les mêmes Prosit!, mais je trouvais quand même cette découverte digne d'être partagée.
Puis Dan m'a fait découvrir cette merveille de cuisine française qu'est le camembert rôti au miel.
Camembert rôti au miel
Oh. My. God, je me pâme rien qu'à y penser. (Je teste ça chez moi avec qui veut, l'offre est lancée).
Le lendemain, nous sommes allés visiter Saint-Emilion, où nous avons découvert le véritable macaron de Saint-Emilion, ressemblant étrangement au véritable macaron de Beaumont en Belgique. Soit-disant à Saint-Emilion le macaron date de 1620. A Beaumont, on dit juste laconiquement "XVIIe siècle". Certaines légendes s'accordent à dire que le véritable macaron de Beaumont vient de France, mais apparemment ceci est un haut sujet de controverse dans lequel je ne vais pas me lancer.
Mais soit. Saint-Emilion a aussi du vin, beaucoup de vin.
Un petit bout de cave
Elle a aussi une église monolithe (et non monolithique), un saint fondateur qui sait transformer le pain en bois (alors ça, c'est utile), et un siège de la fécondité (multiples possibilités de blagues grivoises sur ce sujet).
Et voilà, c'était déjà fini! Le temps est trop court, et trop rapidement après j'échangeais le pinard bonnard contre le Picard bonnard.
(Grosse blague. Je n'ai pas de surgélateur).
De nostalgie, j'ai mangé un cannelé de Bordeaux le lendemain au bureau, mais ce n'était pas pareil.
Merci beaucoup Audrey & Dan pour cette hospitalité! Sans doute la plus grande hospitalité d'Europe, soit dit en passant.

Tuesday, December 13, 2011

Friday, December 09, 2011

Bon, et bien, bienvenue chez moi, hein.

C'est marrant, quand je suis dans ma nouvelle maison, je continue à faire attention à ne rien abîmer derrière moi et à tout laisser comme je l'ai trouvé, pour la prochaine fois où les "vrais" propriétaires passeront. Je continue à utiliser des précautions oratoires quand je veux parler de "ma" maison, "enfin je veux dire" celle pour laquelle je suis "en cours d'acquisition", etc etc. C'est une sorte de superstition, parce que je me suis tellement interdite de m'emballer avant de signer l'offre, puis le compromis, puis l'acte. J'ai un peu du mal à réaliser que c'est finalement caisse.
Parce que pour ceux qui n'auraient pas suivi, j'ai signé l'acte de vente ce mardi 6 décembre. Jour de la Saint Nicolas, de l'annonce de la composition de notre nouveau gouvernement (avec les mêmes personnes mais à d'autres postes), et de la confirmation de l'imminente disparition de nombreuses primes à la rénovation (ah? Ah... Ah! ... ...Ah.)

Cupcake de Saint Nicolas
Remerciements à Isa pour ce cupcake de circonstances.
L'acte en lui-même s'est très bien passé. En vingt minutes on avait expédié le texte, on l'avait signé, et les vendeurs me remettaient une farde énorme avec toutes les factures liées à la maison et un trousseau de huit clés (toutes pour la même porte). Une fois les vendeurs partis, Maître Strepy senior m'a félicitée pour mon acquisition, m'a donné quelques bons conseils, et s'est ensuite lancé dans une discussion juridico-technique avec mon père (juriste, lui aussi), sur des sujets de droit belge pas vraiment liés à l'acte de vente, et qui a duré plus longtemps que l'acte lui-même.
J'ai enchaîné sur un rendez-vous avec mon architecte qui me présentait son avant-projet. Et bien j'ai été méga impressionnée. L'architecte ne déplaçait pas la cage d'escalier (ce qui était le challenge initial du projet), mais malgré cette contrainte technique il avait quand même trouvé un moyen d'agrandir mon salon/salle à manger sans empiéter sur la cuisine. Assez brillant, je vous le montrerai à l'occasion. Il me proposait aussi d'étendre mes murs au niveau de ceux des voisins, et de créer par la même occasion une terrasse "pour une table de quatre" avec un joli jeu de fenêtres. Le seul désaccord était que je préférais qu'on construise des murs en brique par opposition aux murs en bois, et que je préférais ne pas remplacer ma chaudière, qui à ma grande surprise s'est avérée être relativement récente et en parfait état de fonctionnement. Bref. Chaud boulette sur l'avant-projet.

Oh! Le tiroir assorti à la salle de bain.
Oh! Le motif de la salle de bain, retrouvé dans un des tiroirs de la cuisine.
Puis fut venu le moment des festivités.
Après le Noël cacahouète, j'avoue que je n'avais pas la motivation de me lancer dans une big pendaison de crémaillère, d'autant plus qu'on arrive dans la période des fêtes et qu'on overdose déjà de célébrations multiples, puis que j'ai le cerveau assez monopolisé par mon terrain à Paris, et mon porte-monnaie par mes nouvelles obligations financières. 
En même temps, je ne pouvais pas laisser passer tout cela et retourner à mon terrain jusqu'au mois suivant sans au moins faire visiter la maison à quelques personnes. Ce n'était pas envisageable.
Et donc, le résultat a été que je n'ai pas vraiment fait d'invitation. J'ai juste proposé de façon disparate à tous ceux qui s'étaient enquis de l'état de mon acquisition de passer prendre un verre le soir de l'acte.
Oh. yeah.
Et si je vous disais que sur cette image, il y a deux murs qui vont être déplacés?
Et bien mine de rien, une fois qu'on avait ajouté des tables et des gens, la maison me semblait tout à coup beaucoup plus remplie. Quinze personnes, c'était assez proche de sa capacité maximale.
On a fait avec des moyens de fortune: des tables et des chaises pliantes, des nappes vintage choppées dans l'armoire au trésor de ma grand-mère (choisies exprès pour accentuer la déco années 50), des assiettes en carton et une livraison de pizzas pour palier à l'absence d'électroménager dans la cuisine.
Et puis bon, évidemment, pour parfaire le tout, quelques bouteilles de champagne apportées par les invités. Je ne sais pas si vous avez jamais tenté le mélange champagne-pizza, mais je dois dire que c'était plutôt sympa. 
Le buffet
Ceci n'est pas plus un buffet.
Ce qui était aussi sympa, c'étaient les voisins d'un peu partout qui sont venus me souhaiter la bienvenue et m'apporter des fleurs. Il faut dire qu'après un an d'inoccupation, la maison était soudainement devenue super vivante et que cela ne passait pas inaperçu dans le quartier.
Pizzas!
Oui, j'aime bien les pizzas avec des olives dedans, au cas où cela ne se saurait pas
Pendant la soirée, je n'arrêtais pas de me remémorer ma première visite de la maison, où j'avais immédiatement été submergée par une espèce de certitude que c'était la maison de ma vie et qu'il ne pouvait pas en être autrement. Parce que là, d'un seul coup, je me tenais exactement au même endroit avec mes amis, mes affaires et les clés en main... ... Et une espèce d'énorme panneau de l'agence immobilière collé à la vitre avec de la super glu, totalement indétachable. Tout cela s'est passé à moins de trois mois d'intervalle, quand on y pense. C'est juste génial.
Saucisse
(Merci à mon notaire super rapide et super efficace, d'ailleurs).
Et pour conclure, cette petite citation de Gaëlle, quand je lui ai fait remarquer que je trouvais les pizzas meilleures que d'habitude. Elle a répondu:
"Mais c'est parce que tu les manges chez toi".
Oh yeah. Chez moi, voyez-vous cela. Bibil is in da place.

Monday, December 05, 2011

Meet me at the Cupcake Cafe, Jenny Colgan

Si le titre ne vous en avait pas convaincu(e), la couverture ne vous laisse aucun doute: ce livre, c'est de la chick lit. Chic. J'adooore la chick lit.
"Meet me at the Cupcake Cafe", de Jenny Colgan, répond à tous les critères standardisés de la littérature du genre: une protagoniste à laquelle l'Anglaise moyenne peut s'identifier (à savoir très sympa, au physique anti-mannequin, sans le sou, qui aime la vie et avec un ou deux petites manies embarrassantes). Une situation de départ plus qu'insatisfaisante, avec un travail et un copain qui tous deux ne reconnaissent pas sa valeur. Elle a une super meilleure amie/coloc un peu excentrique et à l'amitié sans faille. Et elle a une passion: dans ce cas-ci la pâtisserie. Notre point de départ annonce aussi très clairement notre point d'arrivée, à savoir une situation idyllique dans laquelle tous les problèmes auront été résolus, où on aura la réponse au sens de la vie, et où bien entendu sera vécu le Grand Amour (en la personne d'une sorte de Mr Darcy rencontré assez tôt dans l'intrigue, mais comme la vie de la protagoniste c'est tellement le chaos, elle s'obstine à ne pas remarquer qu'il s'agit là de l'Homme de sa Vie - alors que bon même nous on l'a très bien compris).
Cette situation de départ plantée, arrive très rapidement un dénouement bouleversant (mais en même temps assez attendu parce qu'annoncé dans la quatrième): Issie, notre protagoniste à la muffinite aigüe, se fait virer de son boulot, larguer par son copain, et se retrouve de nouveau au point de départ à l'âge de 32 ans. Elle décide donc d'enfin poursuivre ses rêves: elle va lancer son propre cupcake café. 
Et c'est là que cela devient intéressant. Car qui n'a jamais rêvé de lancer son propre salon de thé? (Mais si c'est votre rêve, si vous pensez que ce n'est pas le cas c'est que vous êtes en déni, c'est tout). Et vous vous étiez imaginé cela comment, dites-moi? Un monde tout à fait idéaliste où vous porteriez un tablier à pois dans un salon de thé aux tons crèmes, roses et vert d'eau, avec des super fauteuils et plein d'espace et de lumière? Un endroit rien qu'à vous où vous seriez constamment entourée de farine, de sucre et de pâte à tarte que vous mélangeriez et goûteriez librement au cours de votre journée? Alors que se pressent continuellement des clients toujours sympas et vous achetant toute votre production parce qu'ils adorent tellement ce que vous cuisinez? Et en déco des livres et des Dala Horses et au menu des spécialités suédoises et des Cookies Merriman? (Bon d'accord, il se peut que j'ai déjà eu cette discussion auparavant avec une fidèle lectrice qui se reconnaitra).
Et bien ce livre est là pour vous démystifier. Il vous montre d'abord toutes les étapes par lesquelles est passée Issie: trouver l'endroit, obtenir un prêt, une licence, développer un business plan, un menu, le design des menus, faire des travaux, trouver les grossistes, et pour cela bien calculer quelles proportions seront nécessaires pour quoi, se spécialiser rapidos en café, trouver du personnel compétent, se conformer aux critères des 'food and safety inspectors' et 'fire inspectors', gérer la comptabilité et une paperasserie extraordinaire, se lever à 4h30 six jours par semaine, et tout ça dans un bon vieux contexte de crise économique. Et après avoir mis tant d'efforts dans son concept, on voit Issie ouvrir son salon de thé, et se rendre compte qu'il n'y a personne qui vient. Mais genre, personne, même pas ses propre potes. D'où le développement de multiples stratégies marketing, parfois foireuses, parfois moins foireuses, et l'arrivée de quelques horribles déceptions psychologiques. Le livre nous montre aussi que le monde de la pâtisserie n'est pas aussi rose qu'un cupcake à la framboise: des horaires impitoyables pour de très petites marges de bénéfices, une concurrence acharnée, une clientèle radine et/ou obsédée par son poids et/ou préférant aller au Starbucks. Au point où on est parfois, comme Issie, totalement écoeurée des cupcakes qu'elle cuisine matin après matin, toujours les mêmes, selon les mêmes recettes, répétés au final plus par la nécessité plus que par la passion de les faire. Après l'avoir lu, on réalise à quel point c'est un plan qu'il ne faut pas prendre à la légère. Et on a tout à coup beaucoup de sympathie pour les petits commerçants.
Mais cela reste de la chick lit avec tous ses critères de lecture: une feel-good atmosphère, un style d'écriture facile, de bons vieux clichés, des protagonistes qu'on aime ou du moins dont on rigole, une très prévisible happy ending, beaucoup d'humour et beaucoup d'amûr. Futile mais sans trop l'être. Assez enjoyable par ces temps de pluie. Et avec en bonus plein de recettes à l'intérieur.
En clair, je vous conseille de le lire si vous aimez la chick lit, si vous vous adonnez à la confection de pâtisseries à vos heures perdues, si quelque part dans vos rêves les plus fous ouvrir un salon de thé c'est votre kif, et si vous vous appelez Gwen. Ou alors si vous avez simplement envie d'avoir un livre rose avec des motifs de cupcakes dans votre bibliothèque.
(Attendez un petit peu si vous voulez le commander sur amazon.co.uk, d'ici quelques jours je suis prête à parier que la livraison va devenir gratuite pour les fêtes).

Friday, December 02, 2011

Jane Austen, Persuasion

Je ne surprendrai personne en disant que je suis une admiratrice inconditionnelle de Jane Austen. J'ai tous ses livres (en deux exemplaires: une version avec commentaires historiques, et une version sans); j'ai tous les films qui ont été faits à partir de ses livres; j'ai même poussé le bouchon jusqu'à suivre un cours (!) sur Jane Austen; et il est très possible que mon fantasme ultime soit de donner le prénom d'une des héroïnes de Jane Austen à un de mes futurs enfants (ou à mon chien, si jamais la partie adverse refuse). 
Mais là où je vous surprendrai, c'est de vous dire que je n'ai lu "Persuasion" que maintenant. Pourquoi? Me demanderez-vous. Mais parce qu'alors même que j'étais en train de dévorer ses livres un à un et que la vie était merveilleuse, j'étais en même temps un peu triste, parce que je savais qu'il n'y avait que six romans à lire et qu'après cela tout serait terminé. Alors bon, ça m'a demandé un peu de self-control, mais j'ai gardé "Persuasion" pour plus tard.
Et plus tard, c'est maintenant.
Le synopsis.
Anne Elliot est la fille d'un baron anglais. A l'inverse de son père, qui est très fier du prestige de sa famille et assez imbu de lui-même, Anne est modeste, sage et calme. A l'âge de 19 ans, elle se fiance avec Frederik Wentworth, alors un jeune officier de marine pauvre et sans réputation, dont elle est folle amoureuse. Puis elle se fait persuader de rompre son engagement à cause du manque de prestige et de l'avenir incertain de son prétendant; Wentworth, atrocement vexé et déçu, s'en va en mer pour faire la guerre contre la Napoléon.
Huit ans plus tard, Anne a 27 ans. Elle aime toujours Wentworth, et à cause de cela, elle a décliné toutes les autres demandes qui lui ont été faites. Mais il est trop tard pour elle à présent: la beauté et la jeunesse l'ont désertée (ça fait un peu peur, ceci dit en passant, on se demande un peu quelles maladies couraient les rues à l'époque). Elle divise son temps entre la maison de son père où vit sa soeur aînée non-mariée, et la maison de sa soeur cadette, mariée, deux enfants. La situation est insatisfaisante où qu'elle se trouve: chez son père elle est invisible, sa soeur aînée prenant clairement toute l'attention; et chez sa soeur cadette elle est reléguée au rôle de gardienne d'enfants. 
C'est alors que la guerre se termine et Wentworth refait son apparition dans le voisinage. Il est à présent capitaine, a fait fortune et carrière dans la marine anglaise. Il a très clairement acquis le prestige nécessaire pour que le père d'Anne consente à l'alliance. Et d'ailleurs Wentworth ne fait pas grand secret du fait qu'il cherche à se marier. S'agirait-elle pour Anne d'une seconde chance? 
Seulement voilà, les temps ont changé, et il apparait clair que de leur relation, le Capitaine Wentworth ne retient que de l'amertume. Anne ne peut donc que le regarder se faire bombarder par toutes les jeunes filles "à marier" des environs, qui ont approximativement 18-20 ans. Parce qu'il est clair que pour Anne, on n'y songe plus.
Mais la situation n'est pas désespérée cependant, puisqu'au fil du roman des prétendants potentiels arrivent pour Anne. Il faut dire qu'à cet âge plus avancé certains hommes redeviennent célibataires. Non, non, pas les premiers divorces - mais les premiers veuvages (non mais sérieusement fallait pas tomber malade). Anne est indécise: faudrait-il qu'elle accomplisse un mariage de raison et qu'elle s'assure un avenir? Et si à la place elle pouvait fait renaître l'intérêt de Wentworth pour elle - mais à cet âge et avec ce physique déchu, comment l'en persuader?
Jane Austen, au moment de la rédaction, avait 40 ans, et était déjà malade. En lisant ce roman on peut très bien deviner ce que la vie avait été pour elle, en tant que vieille fille; ce que cela signifiait pour une femme de l'époque d'être seule à l'automne de sa vie. Ce roman est différent des autres, car il est beaucoup plus sombre. Il aborde des thèmes comme la tristesse, la vieillesse, la maladie, le deuil. On ne peut pas s'empêcher de se dire que le happy ending d'Anne Elliot est sans doute celui que Jane Austen désirait pour elle-même.
Et by the way, apparemment, la critique n'a pas du tout aimé "Persuasion" à cause de son manque de morale; apparemment il n'était pas de bon ton d'inciter les jeunes gens à se marier selon leur propre jugement.
Ah oui et faites-moi plaisir: si jamais vous le lisez, lisez-le en anglais. Ca n'a pas de sens autrement.