Friday, December 02, 2011

Jane Austen, Persuasion

Je ne surprendrai personne en disant que je suis une admiratrice inconditionnelle de Jane Austen. J'ai tous ses livres (en deux exemplaires: une version avec commentaires historiques, et une version sans); j'ai tous les films qui ont été faits à partir de ses livres; j'ai même poussé le bouchon jusqu'à suivre un cours (!) sur Jane Austen; et il est très possible que mon fantasme ultime soit de donner le prénom d'une des héroïnes de Jane Austen à un de mes futurs enfants (ou à mon chien, si jamais la partie adverse refuse). 
Mais là où je vous surprendrai, c'est de vous dire que je n'ai lu "Persuasion" que maintenant. Pourquoi? Me demanderez-vous. Mais parce qu'alors même que j'étais en train de dévorer ses livres un à un et que la vie était merveilleuse, j'étais en même temps un peu triste, parce que je savais qu'il n'y avait que six romans à lire et qu'après cela tout serait terminé. Alors bon, ça m'a demandé un peu de self-control, mais j'ai gardé "Persuasion" pour plus tard.
Et plus tard, c'est maintenant.
Le synopsis.
Anne Elliot est la fille d'un baron anglais. A l'inverse de son père, qui est très fier du prestige de sa famille et assez imbu de lui-même, Anne est modeste, sage et calme. A l'âge de 19 ans, elle se fiance avec Frederik Wentworth, alors un jeune officier de marine pauvre et sans réputation, dont elle est folle amoureuse. Puis elle se fait persuader de rompre son engagement à cause du manque de prestige et de l'avenir incertain de son prétendant; Wentworth, atrocement vexé et déçu, s'en va en mer pour faire la guerre contre la Napoléon.
Huit ans plus tard, Anne a 27 ans. Elle aime toujours Wentworth, et à cause de cela, elle a décliné toutes les autres demandes qui lui ont été faites. Mais il est trop tard pour elle à présent: la beauté et la jeunesse l'ont désertée (ça fait un peu peur, ceci dit en passant, on se demande un peu quelles maladies couraient les rues à l'époque). Elle divise son temps entre la maison de son père où vit sa soeur aînée non-mariée, et la maison de sa soeur cadette, mariée, deux enfants. La situation est insatisfaisante où qu'elle se trouve: chez son père elle est invisible, sa soeur aînée prenant clairement toute l'attention; et chez sa soeur cadette elle est reléguée au rôle de gardienne d'enfants. 
C'est alors que la guerre se termine et Wentworth refait son apparition dans le voisinage. Il est à présent capitaine, a fait fortune et carrière dans la marine anglaise. Il a très clairement acquis le prestige nécessaire pour que le père d'Anne consente à l'alliance. Et d'ailleurs Wentworth ne fait pas grand secret du fait qu'il cherche à se marier. S'agirait-elle pour Anne d'une seconde chance? 
Seulement voilà, les temps ont changé, et il apparait clair que de leur relation, le Capitaine Wentworth ne retient que de l'amertume. Anne ne peut donc que le regarder se faire bombarder par toutes les jeunes filles "à marier" des environs, qui ont approximativement 18-20 ans. Parce qu'il est clair que pour Anne, on n'y songe plus.
Mais la situation n'est pas désespérée cependant, puisqu'au fil du roman des prétendants potentiels arrivent pour Anne. Il faut dire qu'à cet âge plus avancé certains hommes redeviennent célibataires. Non, non, pas les premiers divorces - mais les premiers veuvages (non mais sérieusement fallait pas tomber malade). Anne est indécise: faudrait-il qu'elle accomplisse un mariage de raison et qu'elle s'assure un avenir? Et si à la place elle pouvait fait renaître l'intérêt de Wentworth pour elle - mais à cet âge et avec ce physique déchu, comment l'en persuader?
Jane Austen, au moment de la rédaction, avait 40 ans, et était déjà malade. En lisant ce roman on peut très bien deviner ce que la vie avait été pour elle, en tant que vieille fille; ce que cela signifiait pour une femme de l'époque d'être seule à l'automne de sa vie. Ce roman est différent des autres, car il est beaucoup plus sombre. Il aborde des thèmes comme la tristesse, la vieillesse, la maladie, le deuil. On ne peut pas s'empêcher de se dire que le happy ending d'Anne Elliot est sans doute celui que Jane Austen désirait pour elle-même.
Et by the way, apparemment, la critique n'a pas du tout aimé "Persuasion" à cause de son manque de morale; apparemment il n'était pas de bon ton d'inciter les jeunes gens à se marier selon leur propre jugement.
Ah oui et faites-moi plaisir: si jamais vous le lisez, lisez-le en anglais. Ca n'a pas de sens autrement.

2 comments:

Un lecteur impatient. said...

C'est malin, tu racontes +/- la fin...

Bon, est-ce qu'il y aura un post spécial "6/12 - 11.00 AM" prochainement?

Bibil said...

La fin du roman est un peu attendue dès le début, en même temps... Le tout est de savoir comment on en arrive là! Surtout dans les moments où l'intrigue semble sans issue.
Sinon, je ne vais pas rompre le suspense et impunément dévoiler ce qui se passe le 6/12 à 11h, mais le fait que tu connaisses l'heure, lecteur impatient, me révèle en même temps ton identité.