Tuesday, August 09, 2011

London is burning

La première fois que je suis arrivée à Londres était en 2006. A ce moment-là, je vivais dans la périphérie au Nord-Ouest, zone tranquille; toute la zone à l'Ouest de Londres a toujours été très tranquille. En 2007 j'ai déménagé au Sud, quartier réputé chaud; je l'ai trouvé pauvre, certes, et chaud de façon localisée (ne visons pas Elephant and Castle ou Lambeth). Tous les jours je prenais le bus à travers ces quartiers pour me rendre dans le centre et voir la métamorphose progressive des bâtiments et des gens au fur et à mesure du trajet. La plupart de mes amis de l'époque habitaient également au Sud. La LSE avait des hall of residence à Borough, à Tower Hill et à Southwark. Esmé habitait Stockwell, Audrey habitait Brixton.
Brixton, vous devez en avoir beaucoup entendu parler ces derniers jours. A l'époque, le quartier avait une mauvaise réputation, mais Audrey insistait que l'endroit avait changé; et en allait lui rendre visite on ne pouvait qu'être d'accord avec elle: de superbes bâtiments de la Belle Epoque, petits appartements ou même petites maisons de maître où il fait bon vivre, vraiment un joli quartier. Et signe suprême de sa sécurité nouvelle, une multitude de chaines récemment ouvertes qui avaient jugé le quartier assez sûr pour s'y installer. C'est assez ironique de voir que ce sont ces chaines qui se trouvent maintenant les cibles des émeutiers. Plus là dessus plus loin.
Cet été, je suis allée vivre au Nord (on va dire, au Nord Nord, la partie bourgeoise, parce que bon on a beau dire que Tottenham est au Nord, je vous assure qu'on ne parle pas de la même chose), et je suis allée travailler à l'Est. Et en quatre ans l'Est était devenu the place to be. Tous mes nouveaux collègues y habitaient. J'y faisais de longues promenades et de mémorables sorties nocturnes. La cause? Sur le long terme, l'arrivée prochaine des jeux olympiques à Stratford, qui avaient mené à un énorme investissement dans le quartier et à une hausse de l'immobilier. Sur le court terme, l'ouverture d'un nouveau overground reliant les quartiers d'Hackney et Dalston au centre. Mais tout cela était encore très récent, tout était encore en construction, comme une promesse d'une nouvelle ville dans la ville. J'ai été frappée de voir que contrairement à Brixton, aucune chaine n'y avait encore mis le pied, on y achetait tout chez des vendeurs turcs locaux. Mais leur faillite prochaine était annoncée avec l'ouverture prochaine d'un Marc & Spencer, d'un Tesco, et d'un restaurant Jamie Oliver.
Et maintenant, en août 2011. Je suis à Bruxelles, mais j'ai les yeux rivés sur la propagation de la violence à Londres. Elle a commencé à Tottenham, au Nord-Est. Un jour après est descendue presque naturellement vers Dalston et Hackney, le long de la route principale qui relie Tottenham au centre de Londres. (Route que j'ai empruntée lorsque j'ai marché de Finsbury Park à Hackney). Pour l'instant elle stagne plus ou moins à Stratford. Puis un deuxième foyer a éclaté à Brixton, population similaire, mais qui se trouve très très loin, à son opposé géométrique, genre comptez une heure de trajet.
Petite carte pour illustrer mes dires, qui doivent vous sembler très hermétiques (oh ça va c'est mal fait mais c'est artisanal hein)
Mis à part retracer le parcours de la violence, les médias n'ont qu'un mot à la bouche: mais pourquoi font-ils cela? Certains y voient une opportunité prise par la racaille de Brixton de piller toutes ces chaines qui se sont installées là mais qui restent trop chères pour eux; ça peut expliquer certains comportements (la première cible ayant été la chaine Curry's, une sorte de combo entre Vandenborre et the Phone House, qui vendaient des iPhones; suivi par des branches de O2, un réseau de téléphone qui vendait... des iPhones). Mais je pense qu'il y a une insatisfaction plus large. Quand je suis arrivée en avril, il y avait un climat de frustration ambiante à cause des réductions budgétaires du gouvernement, notamment en ce qui concerne le financement des universités. Les manifestations n'avaient rien changé, il faut dire que la culture des grèves et de la syndicalisation est beaucoup moins développée en Angleterre que dans certains pays limitrophes. Il y avait une sorte de sensation désagréable que le gouvernement, dans sa volonté de limiter ses dépenses au strict essentiel, avait comme oublié d'investir dans l'avenir de sa jeunesse. C'est mon avis personnel, mais je pense que les émeutes n'ont plus rien à voir avec des émeutes raciales comme dans les années 1980s, et comme l'incident qui les a déclenchées pourrait laisser penser; ce sont des émeutes socio-économiques, une jeunesse frustrée face à un cout de la vie croissant et à des opportunités d'avenir de plus en plus maigres. D'accord, les classes socio-économiques les plus défavorisées sont souvent racialement définies. Mais en même temps je trouve cela assez révélateur que la première des cibles ait été des magasins vendant des iPhones; symboles d'un statut social plus élevé, pouvant être revendus facilement et chers.
L'évolution? Je crois que les émeutes vont entrer vers l'intérieur de Londres via la route reliant Dalston à Angel, puis Angel à King's Cross, ou pour le dire plus rapidement, le long de la Victoria line entre Tottenham Hale et le centre. Et puis à partir du Sud depuis Brixton, de l'autre côté de la Victoria line depuis Brixton vers le centre. Pas étonnant que la Victoria line soit temporairement fermée, on va dire. Mais j'espère en même temps que je me trompe et que cela va se calmer avant d'en arriver là...
Pour votre info, la Victoria Line est la ligne bleue claire reliant le Nord au Sud de Londres.

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