Wednesday, May 11, 2011

Ah oui, je me souviens pourquoi je n'aimais pas les débuts de terrain.

Pour tous ceux qui se posent d'énigmatiques questions à propos de toutes ces photos de muffins et autres londonneries, oui, vous l'avez deviné: je suis à Londres. J'y travaille jusque fin juin dans le cadre de mon terrain (en d'autres mots, collecte de données pour ma thèse). 
Comment ça se passe? Me diriez-vous.
Et bien, pour le moment, c'est un peu l'enfer. Un peu comme pour tout nouveau terrain, c'est percer la carapace des institutions qui est le plus difficile. J'ai connu ça pour mon terrain sur l'Union européenne, je connais ça maintenant, et le plus gai c'est que j'ai encore deux autres terrains qui m'attendent dans les 12 prochains mois. 
En bref, pour vous résumer la chose. Le mec le plus important pour ma recherche, genre celui qui était responsable de tout et connait toutes les infos, n'a pas le temps de me parler (en tous cas pas "in the foreseeable future") (ce qui veut sans doute dire jamais, soyons réalistes). Je n'arrive pas à aller plus loin que le switchboard des ministères, "si vous n'avez pas de noms on ne peut pas vous transférer", mais en même temps, "on ne peut pas vous donner de noms". D'une manière générale, mes répondants me regardent de haut, parce que je viens d'une université belge dont ils n'ont jamais entendu parler, et la Belgique ils connaissent pour le chocolat et les bières, mais pas pour la recherche. Le sujet sur lequel je fais ma thèse est bien trop sensible, parce qu'ici la libre circulation des travailleurs c'est vu comme de l'immigration, et les gens ne me font pas confiance (oui bon je ne vais pas aller contacter des tabloïds non plus). Mes coups de fils se traduisent par "envoyez un email", mes emails se traduisent par un silence absolu, enfin bref: la carapace des institutions. Personne ne veut prendre la responsabilité d'être la faille dans le système, la personne qui me donne un nom, juste un nom, quelqu'un à contacter. Donc je suis à Londres dans le but spécifique de pouvoir parler à des gens sur place, mais depuis avril je n'ai pas obtenu une seule interview, donc je pourrais tout autant être en Belgique, l'effet serait le même (et me serait moins couteux).
Et pour couronner tout ça les bibliothèques ne sont pas plus aidantes. Il y a un livre qu'il faut absolument que je consulte et qui ne se trouve dans aucune université belge. Pleine d'optimisme, je constate qu'il se trouve à la LSE, et justement la LSE dans un acte de générosité a considéré mon statut d'ancien étudiant et m'a généreusement offert une carte de bibliothèque. Ceci dit, cette carte ne me laisse accéder qu'à la zone pour visiteurs (ah quelle blague, mais où se trouve mon livre à votre avis?). Bref. La British Library l'a aussi, et donc je suis joyeusement allée faire renouveler mon ancienne carte qui avait expiré depuis. Mais comme mon adresse a changé depuis ma première inscription en 2006, et que je n'ai pas de preuve d'adresse avec moi (hein non je n'ai pas une facture de mon assurance habitation sur moi, pourquoi?), il faut que j'aille (attention ce n'est pas une blague) à l'ambassade belge pour qu'ils impriment les infos qui se trouvent sur la puce de ma carte d'identité, et la traduisent, parce que bon la différence entre "adresse" et "address" c'est trop difficile. Donc finalement ça me coutera moins cher de demander un prêt interuniversitaire depuis la Belgique, malgré le fait que je me trouve à Londres. De nouveau, à quoi ça sert que je me sois déplacée jusqu'ici, je vous le demande.
Enfin bon sinon j'ai mon examen d'allemand dans deux semaines, über cool, je n'ai pas fait un seul exercice depuis le mois de novembre, ni étudié un mot de vocabulaire, et je me trouve bien dépourvue lorsque la bise fut venue. Mais avant mon examen d'allemand, il faut que je présente les résultats de mon terrain "Union européenne" devant l'école doctorale (hein? Quoi? Parce que j'ai des résultats? Heu si si j'ai des résultats, vous me prenez pour quoi, pour quelqu'un qui n'a pas de résultats ou quoi?), raison pour laquelle mon promoteur me demande de rentrer en Belgique, mais bonne blague! Ma bourse ne trouve pas ça une raison valable pour me rembourser mon billet, donc je vais devoir fouiller les arcanes de l'administration pour qu'elle me le rembourse quand même. Et en parlant d'administration, il a été porté à mon attention par mes étudiants mécontents qu'ils ne se sont pas fait payer pour les retranscriptions qu'ils ont faites en avril. Malgré le fait que tous les documents aient été envoyés aux départements compétents dans les délais impartis. Ô joie.
Puis si vous voulez tout savoir j'ai quinze piqures d'araignée dans le dos, traitreusement effectuées pendant mon sommeil, et dont la présence m'est rappelée à chaque fois que j'appuie mon dos sur une chaise. Ce qui n'est rien à côté de la big allergie au pollen que je suis en train de me taper, genre j'en suis à une consommation très régulière de deux paquets de mouchoirs par jour, et à force de me moucher non stop, j'ai comme une sensation de calvitie là où se trouvaient, auparavant, mes poils de moustache, et où se trouve à présent une bonne couche d'homéoplasmine.
Enfin voilà, comme ça vous savez. Rien qui ne puisse être résolu avec le temps, mais en attendant c'est quand même un peu pénible. Chaque terrain a ses semaines horribilis et il faut à chaque fois passer par là.
Mais on the other hand je suis quand même à Londres et ça c'est cool. Je revois plein de gens que je n'avais pas vus depuis perpette, et j'en rencontre de nouveaux. Je mange des sushis (tous les jours si je veux!), et j'habite dans un superbe quartier dans lequel j'ai toujours rêvé d'habiter, pas loin de Hampstead. Mes colocs sont wundersympas (je m'entraine pour mon examen, vous avez vu l'effort), ils aiment bien quand je ramène du stilton qui pue et sont comme moi des adeptes de la tisane et des pantoufles après 21h. Et le marteau piqueur, présent à chacune de mes colocations à Londres (je ne sais pas ce qu'ils ont les londoniens avec leurs routes mais franchement je me pose des questions), n'est là qu'à partir de 9 heures. Bon évidemment il leur manque des moules à muffins mais je sens que la situation ne va très vite être résolue lors de mon prochain passage dans ma cuisine en Belgique!

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