Friday, February 05, 2010

Le goût du matin

[Spoiler: si vous êtes un tout petit peu émotif, si vous êtes au bureau et dans la pleine expectative de rire un bon coup, je vous conseille de garder cette lecture pour plus tard. Enfin je dis ça, vous ne pourrez pas dire que je ne vous aurai pas prévenus.]
Hier, à ma session d'écriture créative, c'était à mon tour de sélectionner un exercice. En réalité ce n'était pas vraiment ce qui était prévu; l'exercice qui avait été sélectionné demandait de parler d'hôpitaux, et à mon arrivée il y a eu comme un silence. La session précédente m'avait vue pendue à mon téléphone en l'attente de nouvelles positives, et s'était terminée avec des horaires de visite. "Sybille, on n'avait pas pensé... On pourrait faire autre chose" me propose-t-on. Et on me laisse sélectionner un exercice sur une liste.
Il y en a un que j'aime bien, "Quel est le goût d'un matin?" Un thème sans émotion, qui peut être drôle. Nous commençons à écrire. Quel est le goût d'un matin? Instinctivement je pense à ma routine, aux sons des portes qui claquent dans la maison. Les uns après les autres, mes colocataires s'en vont travailler. Je mets les informations, regarde le ciel à travers mes rideaux et entre dans ma douche. D'habitude l'eau est toujours trop froide, l'eau chaude ayant été squattée par la salle de bain d'à côté. Mais pas aujourd'hui. Je descends prendre mon petit déjeuner, passe à côté d'une porte ouverte sur une chambre trop rangée. Quel est le goût d'un matin? Il a le goût de l'absence. Le goût du petit déjeuner que quelqu'un ne prendra pas.
Les autres écrivent, le regard concentré sur leur feuille, et je commence à enregistrer le moindre de leur mouvement, la moindre de leur respiration. Le sourire en coin de celui qui est satisfait de son texte, le regard perdu de celui qui cherche un mot. Le discret déplacement d'une main vers un verre d'eau. Des moments éphémères, que personne ne remarque, et faisant déjà partie du passé. Le goût des occasions manquées, des instants dont on n'a pas assez profité.
Mais le temps s'égrenne, il faut écrire. Je passe en revue mon catalogue papillaire des débuts de journée. Céréales, thé vert, dentifrice. Du café? Cela fait plus de deux ans que mes matins n'ont plus le goût du café, la seule bonne résolution de janvier que je sois parvenue à tenir. C'est parfait, je m'embarque dans la description d'un matin qui n'appartient pas à ma vie, d'un petit-déjeuner fait de potentialités et de peut-être. Car malgré tout de nouveaux matins vont succéder aux anciens, même si rien de tout cela ne faisait partie du plan initial. Et malgré tout, ces nouveaux matins peuvent avoir le goût de l'espoir, le goût d'une victoire sur ce qu'on n'avait pas vu venir.
[En partant du principe que la plupart des gens savent ce qui se passe. Sinon j'ai un email sur la sidebar. Désolée de si peu de gaieté, mais j'en écris beaucoup des textes comme ceux-là ces derniers jours, et je voulais au moins en partager un...]

5 comments:

Fix said...

Je choisis le 14 février 2008.

Strep said...

Un petit souvenir du goût du matin "caféïné" qui devrait t'enlever toutes envies : http://www.youtube.com/watch?v=o4XY5y1q_Fo

Bibil said...

Et bien écoute Fix, au grand risque de te décevoir, je me rends compte que j'ai arrêté d'écrire entre décembre 2007 et mai 2008... Mais si tu tiens absolument à avoir un 14 février, je peux te proposer celui de 2006 ou celui de 2009. L'un des deux contient un bon ragot, à toi de choisir correctement ton année...

Fix said...

Je prends 2006. Il parait que t'étais en Angleterre et y'a pas de post sur ton blog sur cette date-là!!

Line said...

Je pense souvent à ta colloc' depuis ton sms pour décommander notre souper...même si je ne la connais pas, tu te doutes que ce genre de situation me parle ... je sais que l'absence doit être difficile mais au moins il y a l'espoir et ça ça compte plus que tout!